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29 Mai 2017 | 4, Sivan 5777 | Mise à jour le 29/05/2017 à 15h58

Chabbat Nasso : 21h28 - 22h52

Rubrique Judaïsme

Parachath Vaykra : Un autre sacrifice

(DR)

A propos du concept de sacrifice, thème central de notre paracha, le Talmud (1) nous enseigne une donnée névralgique qui sous-tend ce concept : que l’offrande soit importante ou modeste, ce qui compte c’est de diriger son cœur vers le Ciel ! Tant que le Temple n’est pas reconstruit, on ne peut pas offrir de sacrifice mais l’idée de sacrifice, au sein de l’identité juive, existe toujours et pour que le cœur atteigne le Ciel, il faut d’abord remettre quelques idées en place.

Le rituel du sacrifice, tel qu’il se déroulait au sein du Temple, consistait à se rapprocher de D.ieu, après s’en être éloigné par la faute. Et comme tous les commentateurs le font remarquer, ce désir de proximité (retrouvée) avec D.ieu devait être animé d’un élan d’authenticité. Aujourd’hui, nous ne pouvons pas encore accomplir ce rituel mais sa correspondance morale existe toujours. Comment se dessine-t-elle, au sein du judaïsme ?


A l’encontre de sa nature

L’équivalent moral d’un sacrifice, aujourd’hui, est le don de soi (Messirouth néfech) un mouvement intérieur qui entraîne l’homme à dépasser sa personnalité et à  prendre à chaque instant un nouveau départ. Comme l’homme qui après avoir fauté, devait recréer une nouvelle relation avec D.ieu par l’entremise de son sacrifice. Plus précisément, c’est la capacité d’annuler son Moi pour accomplir la volonté du Créateur, d’aller à l’encontre de ses volontés, de ses désirs et de sa nature pour se soumettre aux ordres de D.ieu. Il ne s’agit pas de donner sa vie pour le judaïsme, comme ce fut le cas dans les siècles précédents. Le don de soi peut être accompli dans des situations simples de la vie quotidienne : quand on détourne son visage d’un spectacle qu’il nous est interdit de regarder ou quand on s’éloigne d’une conversation où la médisance prend une part importante. C’est parfois un effort considérable puisqu’il est contraire à une tendance naturelle mais c’est un vrai sacrifice de soi !


Pour un idéal

Mais un autre texte du Talmud (2) nous invite à aller plus loin, avec une question d’actualité. Comme on le sait, l’Histoire est parsemée de nombreux exemples nous décrivant des hommes qui donnèrent leur vie pour un idéal. Et les commentateurs du Talmud de s’interroger si ces exemples répondent à la définition du don de soi tel que le conçoit le judaïsme. Leur réponse viendra ajouter un second paramètre à notre définition. Le don de soi est authentique quand aucune motivation ne vient justifier un acte. Lorsqu’un Juif détourne ses yeux d’un spectacle interdit ou fuit la médisance, il le fait uniquement parce que D.ieu l’a interdit. Non seulement, il va à l’encontre de sa nature mais il s’engage sur une voie dont il ne tire aucun profit. Mais si un homme se suicide en tuant d’autres hommes pour la gloire de son idéal ou pour faire avancer sa cause, il n’y a aucun don de soi. Dans ce cas, l’homme ne met pas son Moi de côté. Il le valorise. On comprend à présent les mots du Talmud qui nous demande, lors d’un sacrifice, de diriger notre cœur vers le Ciel : en s’approchant de D.ieu, on ne doit chercher aucun profit. Ni spirituel, ni matériel. Notre engagement doit nous porter au-delà de notre Moi. Vers D.ieu et rien d’autre. 


Notes

(1) Fin du Traité Ména’hoth, cité par Rachi, verset 17 du premier chap. de Vaykra

(2) Traité Sanhédrine, p.74b.

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