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24 Octobre 2017 | 4, Heshvan 5778 | Mise à jour le 23/10/2017 à 19h07

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Rubrique Communauté

Les intellectuels juifs à l’ombre de la Shoah

(DR)

C’est un paradoxe : alors que le renouveau de la pensée juive s’est développé à la Libération en réponse aux questionnements engendrés par la tentative d’extermination du judaïsme européen (et d’Afrique du Nord), la Shoah ne fut que rarement une source d’investigation pour les intellectuels qui en furent les animateurs.

La Shoah a été un référent historique majeur pour les intellectuels juifs de langue française dans l’après-guerre. D’Auschwitz, meurtrissure de l’histoire, se développa véritablement cette figure illustrée dans l’École de pensée juive de Paris au sein de deux expériences prégnantes — le Colloque des intellectuels juifs de langue française et l’École Gilbert Bloch d’Orsay —, pourtant apparues au moment de l’affaire Dreyfus. Paradoxalement, cette expérience ne fut pensable et audible qu’en raison du bouleversement occasionné par la tentative de destruction des juifs d’Europe et d’Afrique du Nord.

Il n’a pas existé de conscience juive contemporaine sans la Shoah et c’est ainsi que la tentative d’extermination du peuple juif a toujours apparu en filigrane des réflexions des penseurs de l’École de Paris. Et pourtant, elle n’a jamais constitué le thème générique d’une rencontre au Colloque des intellectuels juifs de langue française. A contrario de la question d’Israël. 

La pensée d’André Neher qui s’échafaude au lendemain de la Libération prenait ainsi totalement en compte ces deux événements qui marquèrent les Juifs au mitan du XXe siècle : la Shoah et la renaissance de l’État d’Israël. Cet intellectuel qui consacra les vingt années post-bellum à contribuer à la reconstruction de ce que les nazis et leurs alliés avaient tenté de détruire : Israël — son peuple et son identité — s’engagea dans une réflexion sur l’échec de la modernité incarnée par Auschwitz.


« Les témoins de l’abjection humaine »

L’incrédule Wladimir Rabinovitch dit Rabi, rappelait que les Juifs avaient été « la balayure du monde » et donc « les témoins de l’abjection humaine ».

Des survivants en ont tiré la conclusion selon laquelle s’imposait le « Plus jamais ça », notamment parce qu’il existait un lieu « quelque part sur la terre [pour] retrouver toutes nos prérogatives de peuple » ainsi que le formula l’immortel Alain Finkielkraut. Quant à Éliane Amado Lévy-Valensi dont on perçoit l’écho d’Auschwitz dans toute son œuvre, elle le formulait autrement : « L’espérance d’Israël a défié les siècles. Elle a opposé aux granits de l’Histoire, aux pierres tombales qui jalonnent l’Histoire, l’efflorescence toujours nouvelle de ses fleurs précaires, de ses fruits miraculeux. »

Ainsi, pour les penseurs juifs, les leçons à tirer de la catastrophe incarnée par la Shoah associée à l’espérance suscitée par la renaissance de l’État d’Israël furent des questions ontologiques qui permirent la création d’un renouvellement de l’expérience spirituelle juive. Il fallait marteler que la pensée juive, que les génocidaires avaient tenté d’éradiquer en même temps que les individus de confession mosaïque, était digne de l’Occident. Elle devait renaître plus flamboyante que jamais. La priorité des intellectuels juifs n’était donc pas d’y consacrer un colloque, mais de raisonner en regard de cette catastrophe qui servit de déclencheur à un courant de pensée inattendu en France. Ce qui ne fut pas le cas dans d’autres pays européens particulièrement touchés par les exactions nazies. 

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