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17 Octobre 2017 | 27, Tishri 5778 | Mise à jour le 17/10/2017 à 12h19

21 octobre 2017 - Chabbat Noah' : 18h34 - 19h35

Rubrique Judaïsme

Pessah, ou la centralité de l’alimentation

(DR)

Entre l’obligation de se débarrasser de son Hametz et celle de consommer de la Matsa, aucune autre fête n’accorde autant d’importance à la nourriture que celle de Pessah. Regards croisés des rabbins Jacky Milewski et Mevorah Zerbib, respectivement rabbins de la communauté de Montevideo (16e) et de Kedouchat Lévy (18e), sur cette spécificité.

A  Pessah, l’importance accordée à ce qui se mange – ou pas – apparaît dès l’appellation. « Le nom de la fête, tel qu’il est généralement écrit dans la prière ou dans la Torah est celui de ‘Hag Hamatsot’, la fête des Matsot. Et si l’on se réfère au nom de Pessah, celui-ci désigne également un sacrifice qui, à l’époque du Temple, devait être mangé », montre le rabbin Mevorah Zerbib. «Autrement dit, poursuit-il, la définition du nom de la fête est lié à celui de la nourriture. À la différence de la fête de Souccot, dont l’appellation est liée à un habitat (les cabanes) ou de la fête de Chavouot, dont le nom (qui signifie semaines) est lié au temps ». 

C’est aussi à travers le plateau de Pessah que l’on constate encore cette importance accordée à la nourriture. « Les aliments déposés sur le plateau du Seder correspondent à des symboles très forts. Du coup, l'aliment en tant qu'élément nutritionnel cède la place à l'aliment en tant que nourriture pour l'esprit. Leur ingestion correspond à l'intégration de leur représentation à notre personne. On nourrit son corps, on nourrit son âme juive », explique le rabbin Jacky Milewski. D’ailleurs, continue le rabbin Zerbib, « il est remarquable de constater que les mots Matsot et Mitsvot peuvent se confondre au niveau de leur orthographe. Lorsque dans la Paracha Bo (chap12, v.17) il est écrit Vous garderez les Matsot, les sages disent alors Vous garderez les Mitsvot. Entre Matsot et Mitsvot, il y a donc un lien intéressant, comme entre la nourriture et l’ordre ». 


« En hébreu, le mot sens se dit Ta’am, qui désigne également le goût »

Certes, les règles alimentaires – notamment celles relatives à la cacherout – ont une place essentielle dans le judaïsme. Le rabbin Milewski rappelle d’ailleurs que « l’histoire morale de l’Humanité débute avec la défense de consommer le fruit de l’arbre de la connaissance du bien et du mal ». « De même, ajoute-t-il aussi, Pessah qui célèbre la naissance du peuple juif, est marqué par un régime alimentaire spécifique. Ce régime, très strict, peut alors paraître paradoxal vu que Pessah célèbre la liberté. Mais c’est précisément cette restriction qui permet de mieux redéfinir la liberté. Liberté qui s’inscrit dans un cadre et qui se définit, dans la tradition juive, comme la possibilité offerte de faire le bien ».

C’est aussi à travers le goût que l’on se rappelle du passé. Marcel Proust le montre bien lorsque son personnage croque une madeleine qui lui rappelle son enfance. Mais d’un point de vue plus religieux, cette mémoire du goût a aussi un sens didactique. « A Pessah, on doit expliquer pourquoi on mange de la Matsa et du Maror, les herbes amères. Il s’agit de donner du sens à ce que nous mangeons. En hébreu, le mot sens se dit Ta’am, qui désigne également le goût. Les deux mots se confondent, leurs sens se rejoignent. Et d’ailleurs, à la fin du Seder, on ne doit rien manger d’autre après avoir mangé l’Afikoman, afin justement d’en garder le goût », analyse le rabbin de la communauté de Kedouchat Lévy.  

Un sens didactique, ainsi qu’une fonction éducative. Dans Ma Nichtana, les questions que posent les enfants au cours du Seder sont toutes liées à la nourriture (pourquoi mange-t-on de la Matsa, pourquoi goûte-t-on le Maror, pourquoi doit-on tremper deux fois et pourquoi mange-t-on accoudé). « Cela montre à quel point la nourriture peut être un vecteur pédagogique. C’est à travers l’intérêt qu’elle suscite qu’elle permet d’ancrer les traditions », conclut le rabbin Zerbib. 

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