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24 Octobre 2017 | 4, Heshvan 5778 | Mise à jour le 23/10/2017 à 19h07

28 Octobre - Chabbat Lekh Lekha : 18h21 - 19h23

Rubrique Culture/Télé

Naomi Ragen : « Dans ce livre, je parle du prix que l'artiste religieux doit payer »

Rencontre avec l’auteure israélienne qui, à travers tous ses romans, traque comme nul autre les travers de l’univers orthodoxe auquel elle reste néanmoins attachée.

Actualité Juive : Pointer les défauts d’un univers que vous connaissez parfaitement et que vous affectionnez, telle  est le fil conducteur que l’on retrouve dans chacun de vos romans.  Dans celui-ci toutefois, vous semblez porter un regard plus dur sur le milieu orthodoxe fermé. Votre regard aurait-il changé ?

Naomi Ragen: Chaque histoire, comme chaque vie, a sa propre vérité. L'histoire que je raconte dans « Les soeurs Weiss » est une histoire somme toute courante du milieu ultra-orthodoxe. Celle de l’enfant qui interroge quant aux pratiques en vigueur dans son milieu et qui, semblant vouloir le réformer, s’en retrouve rejeté.

Les Haredim eux-mêmes portent la critique dans leurs propres publications. Un article de la revue Mishpacha était consacré à ce sujet. J'espère que mon livre deviendra un récit de mise en garde à toutes ces familles et leur enseignera à traiter ces enfants avec amour. Quand j'ai commencé à écrire, je vivais une vie ultra-orthodoxe dans le milieu Haredi. Mais beaucoup de choses que j'ai vues de mes propres yeux ne correspondaient pas à ce que l’on m'avait enseigné de la vie religieuse. J'ai choisi de dire la vérité que j'ai vue.

 

A.J.: Certaines des décisions majeures que doivent prendre les personnages de votre roman sont prises par le rabbin de la communauté. Les sentiments passent alors au second plan, y compris ceux des parents envers leurs enfants. Comment définiriez-vous les relations et les sentiments qui lient les parents aux enfants dans le milieu ultra-orthodoxe ?

N.R. : Je ne suis pas d'accord. La plupart des décisions prises dans ce roman proviennent des personnages eux-mêmes. Ils ne choisissent pas toujours judicieusement, ce qui porte à conséquences. Le rabbin qui est consulté au début du l’histoire est le conseiller spirituel des parents, et par conséquent, sa parole fait force de loi. Ces derniers mettent leur amour et leurs sentiments parentaux à l'écart en croyant que le rabbin est plus sage et que ce qu'il suggère sera le mieux. C'est une erreur. Personne n'est infaillible, pas même un rabbin. Mais je ne blâme pas les parents. C’est comme lorsque l’on consulte un médecin pour un enfant malade. Même si le traitement est pénible, on fait confiance à son médecin. Il en va de même pour un rabbin. Les dirigeants religieux ont une énorme responsabilité lorsqu'ils donnent des conseils et peuvent causer d'énormes dommages. Je dirais aux parents: obtenez toujours un deuxième avis, d'un autre médecin et d'un autre rabbin. Vous ne pouvez jamais faire confiance à une seule autorité. Vous devez d'abord vous déterminer selon votre propre compréhension. Les médecins font des erreurs, tout comme les rabbins.

 

A.J. : La passion de Rose pour la photographie est incompréhensible pour sa famille et son univers. Pensez-vous que l’on ne peut pas appartenir à un milieu religieux tel celui que vous décrivez et développer une passion artistique ?

N.R. : Je suis une preuve vivante qu'un artiste peut faire partie de la communauté religieuse. Mais dans ce livre, je parle du prix que l'artiste religieux doit payer. J’ai écrit ce livre pour pouvoir notamment examiner le rôle de l'artiste dans la communauté religieuse. L'inspiration originale de ce livre provient d'un volume d'écrits d'écrivains du 19e siècle en hébreu. À cette époque, toutes les femmes qui écrivaient en hébreu provenaient de familles orthodoxes. Elles ont payé cher leur désir d’expression artistique. Certaines n’ont pu rester dans leur communauté. J’ai regardé également un excellent documentaire sur une jeune fille qui voulait être photographe et qui a été expulsée de sa famille haredi et qui a tenté de se suicider. Cette histoire a eu un énorme effet sur moi, comme mon livre le montre.

  

A.J.: Dans ce roman, comme dans vos précédents, on perçoit une quête du «juste milieu », en matière de pratique du judaïsme…. Est-ce effectivement la voie qui, 

selon vous, permet le meilleur épanouissement possible ?

N.R. : Je ne suis pas la seule à le penser. Maimonide en parlait déjà. Prenez le chemin du milieu dans la religion et dans toutes les choses. Ceci est non seulement vrai dans le judaïsme, mais dans toutes les religions. Pas besoin de revenir sur ce que nous voyons aujourd'hui parmi les Musulmans et ce à quoi le fanatisme mène. Le monde entier est mis en danger lorsque les gens interprètent les enseignements religieux de la manière la plus extrême possible. Si vous aimez vraiment Dieu, vous devez aimer la bonté et la charité, le pardon et la tolérance, car c'est là la voie de notre Torah.


448 pages. Éditions Yodéa. 22 euros

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