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25 Juin 2017 | 1er, Tammuz 5777 | Mise à jour le 23/06/2017 à 12h34

1er juillet 2017 - Chabbat 'Houkat : 21h39 - 23h03

Rubrique Culture/Télé

Alexandra Laignel-Lavastine : « Etre vivant et debout »

Dans son dernier essai, la philosophe Alexandra Laignel-Lavastine exhorte Français et Européens à un réarmement intellectuel et moral face au djihadisme et à la montée de l’antisémitisme. Après le succès de « La Pensée égarée » (Grasset, 2015, prix de la Licra), elle vient de se voir décerner la Ménorah d’or du Bnai Brith, une distinction qui récompense, entre autres, le courage intellectuel.

Actualité Juive: Pourquoi serions-nous encore prêts à mourir ? Dur comme titre ! Ne craignez-vous pas de rebuter le lecteur ?

Alexandra Laignel-Lavastine : Non, car il s’agit de savoir ce qui nous tient debout et vivants. Or, être vivant, se conduire en mentsch, c’est avoir le courage de se demander pour quoi - pour quels idéaux et au nom de quel héritage - nous serions encore prêts à nous battre et, le cas échéant, à nous risquer nous-mêmes. Cette interrogation n’a rien de radical : elle est au contraire minimale s’agissant de se redresser face à un ennemi qui possède, lui, de la transcendance hideuse et mortifère à revendre.


A.J.: Vous invitez à nommer l’ennemi, mais encore faut-il assumer sa propre identité.

A.L.L. : Ou en tout cas une communauté de valeurs. Il faut savoir quel « sacré laïc » opposer à ceux qui nous tuent. J’entends par sacré laïc un certain nombre de valeurs universelles non-négociables dont on estime qu’elles nous engagent absolument et qu’elles ne se maintiennent qu’en vertu de notre éventuelle disponibilité à leur sacrifier quelque chose. C’est dans la société actuelle notre seule transcendance. Et il peut arriver que nous ayons plus de devoirs que de droits. Vladimir Jankelevitch soulignait qu’en certaines circonstances historiques, une vie qui n’est pas disposée à hisser ses « raisons de vivre » au-dessus de sa survie est « une vie de fourmi ou de ruminant ». Nous y sommes !


A.J.:  Vous vous définissez comme laïque, mais vous évoquez la Kedusha, la sainteté de la vie…

A.L.L. : Abba Kovner, le héros du ghetto de Wilno, avait cette phrase sublime : « Ce qui s’oppose à la vie, à la sainteté de la vie, ce n’est pas la mort. C’est son insignifiance, sa dégradation ». Les jeunes partizaners se sont battus car il existait à leurs yeux des principes plus essentiels que la vie brute et dont ils s’estimaient appelés à répondre personnellement. Que font les bobos parisiens ? Ils croient riposter, comme après la tuerie  du Bataclan, en s’invitant en terrasse pour trinquer au vivre et au vivre ensemble. Aux fous d’Allah voulant « tuer la vie », ils répliquent en leur signifiant que pour nous, la vie est tout. Mais ils ne comprennent pas que si la vie est tout, elle n’est rien, enfin plus grand-chose : elle s’avachit et se vide de sa substance. Ce contresens est d’autant plus terrible qu’il passe inaperçu et émane du parti des cools et des sympas. Ce qui ne le rend pas moins collabo.


A.J.: Vous invitez vos lecteurs à renouer avec la figure du combattant…

A.L.L. : En démocratie, le soldat est celui qui sait que si rien ne mérite d’être sacrifié à la vie de façon à la sanctifier, à l’ériger ainsi au rang de valeur vraiment suprême, alors nous sommes perdus. Voilà pourquoi Israël est un pays qui se tient debout tandis que les sociétés européennes tendent  à capituler. 


Alexandra Laignel-Lavastine, Pour quoi serions-nous encore prêts à mourir ? Pour un réarmement intellectuel et moral face au djihadisme, Cerf • 150 pages • 14 euros

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