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16 Décembre 2017 | 28, Kislev 5778 | Mise à jour le 14/12/2017 à 14h19

Rubrique Culture/Télé

Ariel Goldmann : Le Festival des Cultures juives, nous propose de rêver !

(Crédit : Alain Azria)

Le billet de la semaine par Ariel Goldmann, Président du FSJU / AUJF et de la Fondation du Judaïsme Français.

Il serait logique que mon billet porte sur le résultat de cette bien étonnante élection présidentielle qui a vu, après quelques frayeurs, la victoire sans conteste d’Emmanuel Macron. 

Mais ce n’est pas dans l’analyse politique que je souhaite vous entraîner, plutôt dans une réflexion, philosophique, sur le rêve et le peuple juif. 

Depuis un an, se prépare le Festival des Cultures juives que pilote le FSJU avec d’une quinzaine d’associations culturelles juives et des dizaines de partenaires nationaux : théâtres, salles de spectacles, mairies, etc.

Le thème de ce festival est choisi d’un mois de juin sur l’autre ; son organisation nécessitant un an de préparation intensive.  En juin 2016 donc, les organisateurs se sont mis d’accord pour accorder au « rêve » toute sa place et c’est une affiche colorée, gourmande et joyeuse que vous allez découvrir sur les murs de Paris, où le verbe REVONS, occupe la place centrale. 

La menace terroriste plus présente que jamais, les attentats toujours vivants dans nos mémoires endolories, l’extrême droite au deuxième tour de l’élection présidentielle française qui se banalise en dépit pourtant d’un programme clairement annoncé…et pour n’évoquer que la communauté juive avec une remise en cause assumée de la circoncision, de l’abatage rituel, du port de la kippa, de la loi punissant les propos racistes et antisémites….et le Festival des Cultures juives, nous propose de rêver ! Inconscience ? Déni ?  

J’ai alors pensé à la dissertation de philosophie d’un de mes enfants à qui on demandait : « Quand avons-nous le droit de rêver ? » 

L’histoire du peuple juif est pour beaucoup faite de déconvenues, de malheurs, de migrations, d’espoirs. Les épreuves furent, sont nombreuses mais jamais elles ne parvinrent à étouffer le rêve qui est le moteur de la réalisation juive.


« Les épreuves furent nombreuses mais jamais elles ne parvinrent à étouffer le rêve qui est le moteur de la réalisation juive. »

Oui, le rêve est dans notre ADN.  Quelles que soient les circonstances. Il est là, fenêtre ouverte sur un autre possible, sans limite, sans entrave.  

Ecrivant ces mots, je pense à Jacob, le patriarche qui, fuyant Esaü s’en va vers Haran et s’arrête en route pour dormir. « Prenant une des pierres de l'endroit, il la mit sous sa tête et s'allongea. Et il rêva qu'il y avait une échelle reposant sur la terre et dont l'autre extrémité atteignait le ciel…. » Mille fois je me suis imaginé cette échelle qui relie la Terre au Ciel et jusqu’à aujourd’hui, elle m’habite.

Chacun de nous a son histoire et chacun de nous a ses rêves. La France ne s’est pas interdit de rêver en portant à sa tête Emmanuel Macron : un homme jeune, peu connu finalement mais qui a combattu avec une très grande dignité les assauts incessants de ses rivaux d’extrême droite, défendant nos valeurs républicaines, notre mémoire, notre histoire. 

Il fait rêver aujourd’hui toute une partie de notre jeunesse et lui permet de se réapproprier son avenir. Mais il faut rester prudent car tous les rêves politiques ne transforment pas un désert en un magnifique pays où coulent le lait et le miel. 

Le 13e Festival des Cultures juives aura lieu du 6 au 26 juin 2017. Pour marquer le 50e anniversaire de la Réunification de Jérusalem, il s’ouvrira au Centre Rachi, par le vernissage d’une exposition de photos inédites du Kotel, prises le 6 juin 1967 par le célèbre journaliste de guerre Jacques Heripret -qui sera présent- Il accueillera le       7 juin, au Trianon l’immense Michel Legrand, vibrant des influences arméniennes, héritage de ses grands parents. Que dire du concert d’Esther Bejerano, l’une des dernières survivantes de l’orchestre des femmes d’Auschwitz qui, a 93 ans, rappe parce que c’est ainsi qu’elle veut témoigner aujourd’hui.

Sans le rêve pas d’Espéranto, né dans l’esprit d’un médecin juif polonais qui voulait que tous les hommes se comprennent, pas de kibboutz, pas de cinéma américain. Sans le rêve pas d’écrivain, pas de peintre, pas de musique, pas de création.                                           

 « Il y a toujours un rêve qui veille » écrivait Louis Aragon dans « Les yeux d'Elsa ». Réveillons-le ensemble. 

www.festivaldesculturesjuives.org

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