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24 Avril 2019 | 19, Nisan 5779 | Mise à jour le 17/04/2019 à 17h44

Rubrique France/Politique

Anne Fulda : « Macron s’est toujours senti différent »

"Emmanuel Macron a toujours apprécié de se confronter à ses adversaires. Les joutes oratoires lui plaisent" (Crédit : Bruno Klein)

Dans « Emmanuel Macron, un jeune homme si parfait » (Plon, 288 p., 15,90 euros), Anne Fulda retrace le parcours du candidat d’En Marche !, au gré des confidences de ses parents, de ses « parrains » et même du grand rabbin de France. Une plongée intime et captivante au rythme de l’ascension inouïe du favori du second tour de la présidentielle. Rencontre.

Actualité Juive : Emmanuel Macron éprouve, selon vous, le besoin permanent de plaire, de séduire, de convaincre, y compris ses adversaires les plus acharnés. Faut-il y voir la raison de sa décision de débattre à la télévision avec Marine Le Pen ?

Anne Fulda : Emmanuel Macron a vécu le 21 avril 2002 au Nigéria, où il effectuait un stage dans le cadre de ses études à l’ENA. Ce qui l’a alors le plus marqué, c’est de voir Jacques Chirac incapable de tirer les leçons de la recomposition politique qu’impliquaient les résultats du premier tour. A côté de cela, Emmanuel Macron a toujours apprécié de se confronter à ses adversaires. Les joutes oratoires lui plaisent. C’est peut-être une trace de sa relation avec le philosophe Paul Ricoeur, favorable à un corps-à-corps avec les idées et qui avait choisi « d’aller discuter avec ceux qui nient [la Shoah] pour en déconstruire la pensée ». Enfant, Emmanuel Macron avait demandé à repasser le concours du conservatoire de piano d’Amiens avec la professeure qui, l’année précédente, l’avait recalé. Il y a chez lui ce goût pour la confrontation.

 

A.J.: A sa naissance, un aumônier aurait expliqué aux parents du jeune Emmanuel la signification de son prénom en hébreu, littéralement « Dieu avec nous ». « Macron, depuis qu’il est enfant, a toujours été l’élu », écrivez-vous dans le prologue. Comment ce sentiment a-t-il affecté sa trajectoire politique ?

A.F. : Je pense qu’il s’est toujours senti différent. Emmanuel Macron a toujours été celui que l’on admirait, celui devant lequel tout le monde se pâmait lorsqu’il était jeune. A l’école, à Amiens, ses professeurs le donnaient en exemple aux autres élèves. Ses débuts comme lycéen, à Paris, à Henri IV ont été plus difficiles mais il a vite repris le dessus. Il y a probablement, profondément ancrée en lui, une soif intangible d’être reconnu, admiré, aimé. C’est quelque chose d’assez commun chez les hommes politiques, si ce n’est qu’Emmanuel Macron a eu à ses côtés des référents féminins, sa grand-mère d’abord puis sa femme, Brigitte, qui l’ont encouragé dans son ascension. 

 

A.J.: Dans une interview au Journal du dimanche, il a reconnu une « dimension christique » dans sa démarche politique. Quelle place tient la religion dans sa vie ?

A.F. : Sa famille n’est pas du tout religieuse. Mais il a demandé à être baptisé, à l’âge de 12 ans, alors qu’il suivait sa scolarité, chez les Jésuites, à la Providence, à Amiens. Une période mystique suivra à l’adolescence. Aujourd’hui, avec Brigitte, la religion reste présente, mais de manière distanciée.




"Le grand rabbin de France est un interlocuteur régulier d’Emmanuel Macron"

A.J.: Parmi ses « pères » qui ont contribué à son ascension, on trouve  Jacques Attali. Comment qualifieriez-vous la relation entre les deux hommes ?

A.F.  : Emmanuel Macron s’est appuyé sur celui dont il admire l’intelligence hors norme, les « connections synaptiques qui n’existent pas chez tout le monde ». Mais il a dû être heurté par certaines déclarations de Jacques Attali, qui m’a confié que le candidat d’En Marche ! était, selon lui, sa « créature ». Il est vrai qu’il a accéléré son ascension, en le nommant  rapporteur général adjoint de la « commission Attali » pour la libération de la croissance française (2007-2008). C’est à ce moment qu’il se constitue un carnet d’adresses en or massif. Mais Jacques Attali n’est pas le seul « père » d’Emmanuel Macron ; d’autres l’ont aidé, comme Jean-Pierre Jouyet qui a beaucoup plaidé pour que François Hollande le prenne à ses côtés.

 

A.J.: Il a eu parfois des mots durs à l’encontre de son ancien protégé…

A.F.  : Jacques Attali s’est en effet inquiété pendant la campagne du « vide » du programme et du narcissisme qui semblait emporter Emmanuel Macron. Depuis, il a un peu adouci ses propos. Mais leurs relations sont compliquées. Jacques Attali a été l’un des premiers à dire qu’Emmanuel Macron pourrait devenir président de la République. Mais il a été sincèrement déçu de voir son poulain se laisser emporter par une espèce d’enivrement médiatique, une griserie people. Il a eu l’impression que l’intelligence qu’il avait discernée chez lui était un peu gâchée. Peut-être qu’Emmanuel Macron réalise, d’une certaine manière, ce que Jacques Attali n’a pas mené au bout : devenir le «prince» après avoir été conseiller du prince.

 

A.J.: Dans les dernières pages du livre, le grand rabbin de France, Haïm Korsia, vous lance : « En fait, Macron, c’est Bonaparte ». Que voulait-il dire par là ?

A.F.  : C’est Bonaparte en ce sens que Macron incarne le nouveau monde, le renouvellement après la défaite de tous ceux qui incarnaient l’ancien système. Il y a chez lui cette jeunesse, cet esprit de conquête très bonapartiste. J’ajouterai le parallèle avec Joséphine, l’épouse plus âgée et très influente de Napoléon. Haïm Korsia voit également dans le slogan du mouvement de Macron, En Marche !, une référence à la statue de Giacometti, « L’homme qui marche » mais aussi à la posture d’Abraham. Le grand rabbin est un interlocuteur régulier d’Emmanuel Macron. Il lui a présenté d’autres responsables religieux, ils échangent sur la société civile. Il l’a même invité à la synagogue, lors de l’office du Kippour. Le candidat à la présidentielle y a tenu une réflexion sur le prophète Jonas…

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