Default profile photo

24 Octobre 2017 | 4, Heshvan 5778 | Mise à jour le 23/10/2017 à 19h07

28 Octobre - Chabbat Lekh Lekha : 18h21 - 19h23

Rubrique Judaïsme

Pirké Avot Chap. 4 : Le vrai juge

(Flash90.)

Quand l’homme jette un regard sur son passé et qu’il constate avec amertume que ce temps est parsemé de failles, d’erreurs et de fautes, il acceptera, résigné, que le Juge suprême le sanctionne. Car pourrait-il échapper à la vigilance de Celui qui voit tout et entend tout ? Mais l’amertume sera sans doute plus grande quand il constatera que le Juge n’est pas D.ieu…mais lui-même !

Ala fin du quatrième chapitre des Pirké Avoth, la dernière Michna annonce que c’est « …malgré toi que tu seras amené à rendre compte de tes actions devant le Roi des rois ». On aurait pu se contenter de ce texte mais, comme dans de nombreux cas, un problème de traduction nous interpelle. Effectivement, un bilan de notre vie devra être présenté devant D.ieu mais pour « bilan », les mots de la Michna évoquent l’expression bien connue « Dine vé’hechbone » qui signifie « Un jugement et un compte ». Or ce n’est que lorsque le compte est établi que l’on donne un jugement ! Comment comprendre cette inversion qui place le jugement avant le compte ? Dans le Livre de Job (1) il est écrit qu’un Juif est une partie de D.ieu. Dès lors, juger ou condamner un Juif, c’est comme porter atteinte à D.ieu, un acte que même le Tribunal des anges les plus hauts ne pourrait faire ! C’est pourquoi, on confiera le jugement au Juif lui-même. Comment cela ? Après qu’un homme a commis une faute, le Ciel lui présente une scène au cours de laquelle un autre homme commet le même forfait que celui que lui-même  a commis. Il s’empresse alors de condamner celui qui vient d’accomplir une faute. Mais en réalité puisque les deux fautes sont identiques, en portant son jugement sur ce qu’il a vu, c’est sur lui-même qu’il porte un jugement ! A partir de là, l’agencement de la Michna devient clair : il y a d’abord jugement (qu’il a tranché) puis ensuite le compte, c'est-à-dire ce qu’on lui expliquera pour justifier le jugement. La prudence s’impose donc, avant de porter le moindre jugement sur quiconque, qu’il soit grand ou petit. Non par réflexe moral, mais simplement parce que l’on ne connaît pas les circonstances qui ont amené cet homme à trébucher. Une autre Michna (2) des Pirké Avoth proclame, en effet, « …ne juge pas ton prochain jusqu’à ce que tu atteignes sa place… ». « Sa place » est à comprendre ici comme l’origine de son âme, la place, le lieu d’où il est issu et qui l’a amené à fauter. Et comme personne n’est en mesure de comprendre l’origine de l’âme de son prochain, nous sommes dans l’impossibilité de porter un jugement. 


Notes

(1)  Chap. 31, verset 2

(2) Chap. 2, Michna 4 

Powered by Edreams Factory