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15 Décembre 2017 | 27, Kislev 5778 | Mise à jour le 14/12/2017 à 14h19

Rubrique Culture/Télé

Mireille Hadas-Lebel : « Hérode demeure le nom maudit »

En Israël, l’archéologie doit beaucoup au règne d’Hérode, méconnu du public français. Mireille Hadas-Lebel lui redonne vie dans un livre passionnant.

Actualité Juive : Vos livres sont peuplés de figures de l’Antiquité…

Mireille Hadas-Lebel : Ma double formation, grecque et hébraïque, m’a permis de repérer des auteurs qui méritaient d’être connus d’un plus large public, comme Flavius Josèphe ou Philon d’Alexandrie. Flavius Josèphe est une source inestimable pour nous qui nous intéressons à cette période cruciale du premier siècle où l’on sent bien que le destin du peuple juif s’est joué. Le règne d’Hérode a également déterminé les événements du siècle suivant, relatés par Flavius Josèphe…


A.J.: Hérode, roi célèbre autant que méconnu…

M.H.L. J’ai l’impression que le nom d’Hérode est beaucoup plus connu en milieu chrétien. Il figure dans le Nouveau Testament où apparaît un autre Hérode avec lequel il est confondu, bien qu’ils ne fussent pas de la même génération. Hérode demeure le nom maudit de celui qui a ordonné le « massacre des Innocents ». Il n’est en revanche cité que de façon infime dans le Talmud et seules quelques légendes furtives y font référence. Il n’y a au fond qu’à travers l’archéologie que son nom réapparaît. On commence à réaliser que les vestiges du Temple que nous voyons sont ceux de l’époque d’Hérode. Mais pour beaucoup de juifs de la diaspora, ce nom ne signifie rien et je pense montrer qu’il représente un tournant de notre histoire. Un journaliste a dit que j’en avais fait un roi shakespearien…


A.J.: Sa vie donne en effet le sentiment d’être au cœur d’une tragédie. Il est étonnant qu’elle n’ait pas été plus souvent une source d’inspiration…

M.H.L Shakespeare a choisi un aspect d’Hérode, transposé dans Othello : la jalousie, la passion… Beaucoup d’auteurs ont parlé d’Hérode mais ils n’ont laissé que des œuvres mineures. 


A.J.: Etait-il un roi juif ? 

M.H.L. Son rival Antigonos l’a traité de demi-juif, pour contester sa légitimité.   Hérode est en principe intégralement juif dans la mesure où il fait partie de la troisième génération depuis la conversion de son ancêtre. Reste que lorsqu’il se rend à Rome, il ne donne pas l’impression de respecter la cacherout. Pire, lors de la construction de Césarée, il bâtit un temple païen. Pour lui, la politique est prioritaire. C’est, comme je l’explique, un roi-client.


A.J.: Vous soulignez sa volonté d’être un leader « ouvert, cosmopolite, apte à accueillir les innovations de son temps ». Un Emmanuel Macron de l’Antiquité ?

M.H.L. La comparaison s’arrête là. Espérons que nous n’aurons pas un tyran sanguinaire !



« On commence à réaliser que les vestiges du Temple que nous voyons sont ceux de l’époque d’Hérode. »


A.J.: Des qualificatifs relevés- dictateur, violent, rancunier, manipulateur, emporté, jaloux- ne rendent en       effet pas Hérode très fréquentable…

M.H.L. Il le fut pour les Romains envers lesquels il était presque servile. Mais dans sa propre famille, c’était un être inquiétant, manipulateur et aussi manipulé. J’évoque le livre de psycho-histoire qui lui a été consacré et dans lequel il est déclaré paranoïaque. Il a éprouvé une douleur épouvantable après avoir condamné sa femme Mariamme et peut-être par la suite a-t-il contracté une méningite. Il est sorti de ces épreuves à moitié fou…

 

A.J.: Est-ce par défi qu’il fut un inlassable bâtisseur ?

M.H.L. Le port de Césarée, construit sur une côte rectiligne, en est un exemple. Comme autre défi à la nature, Massada est édifiant : construire un palais d’un tel raffinement en plein désert et sur une pointe rocheuse ! Sans oublier l’Hérodion, colline artificielle aux portes de Jérusalem…


A.J.: Est-ce pour être le nouveau Salomon qu’il a fait reconstruire le Temple de Jérusalem ?

 M.H.L. Sans doute avait-il cet objectif. Et puis, il voulait une construction grandiose dont on parlerait à l’étranger.


A.J.: Le récit du règne d’Hérode sur la Judée nous ramène forcément au lien entre le peuple juif et Jérusalem, récemment nié…  

M.H.L. On aurait aimé le voir ici incarné par un personnage plus recommandable. Il n’empêche qu’il n’a pas inventé l’emplacement du Temple qu’il a voulu reconstruire plus beau et plus grand que celui qui existait déjà à Jérusalem. Jérusalem était déjà la Ville Sainte des Juifs et la capitale du royaume d’Hérode…


Mireille Hadas Lebel, Hérode, Fayard, 368 p, 22 euros

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