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11 Décembre 2017 | 23, Kislev 5778 | Mise à jour le 11/12/2017 à 18h56

16 décembre - Chabbat Mikets : 16h36 - 17h49

Rubrique Israël

Israël vigilant sur son front Nord

Le général Amir Eschel (Flash90.)

Au lendemain de la prestigieuse Conférence d’Herzliya, consacrée aux défis stratégiques de l’Etat hébreu, Actualité juive se penche sur l’état des menaces en cours, alors que l’accélération du tempo dans la guerre syrienne pourrait profiter à l’Iran et ses alliés.

Curieux télescopage. Alors que l’élite politique, militaire et universitaire israélienne se retrouvait, en fin de semaine dernière, dans la cité balnéaire d’Herzliya pour évoquer l’horizon stratégique de l’Etat hébreu, la situation s’embrasait soudainement sur le front nord. Télescopage doublé d’un paradoxe : si les risques d’accrochage concentrent l’attention des médias et ravivent les inquiétudes des habitants des terres septentrionales du pays, la situation générale offre en même temps à Jérusalem des opportunités géopolitiques inédites. 

Depuis sa première édition en décembre 2000, sous l’égide du Centre interdisciplinaire d’Herzliya (IDC), la Conférence reflète l’état du débat stratégique israélien. Des invités de marque s’y succèdent, Nicolas Sarkozy en 2015, l’ex-émissaire du Quartet au Proche-Orient cette année, l’ancien premier ministre anglais Tony Blair. Mais la « Keness Herzliya » peut également servir de plateforme au lancement de dynamique diplomatique, comme en 2003, lorsque le premier ministre d’alors, Ariel Sharon, y lança son initiative de désengagement unilatéral de la bande de Gaza. L’opération se matérialisa un an et demi plus tard, à l’été 2005. 

Que retenir de cette 17e édition, organisée du 20 au 22 juin ? L’appel solennel du ministre Likoud des transports et des investissements, Israël Katz, à ouvrir des relations diplomatiques entre Israël et l’Arabie Saoudite, un rapprochement encouragé par l’administration de Donald Trump ? « Il pourrait y avoir une excellente coopération en matière d’intelligence », nuance l’ancien chef du Mossad, Tamir Pardo (2011-2016). Mais « aucun changement majeur » ne pourrait aboutir sans avancée sur « le problème palestinien ». L’optimisme n’était pourtant pas au rendez-vous dans ce dossier. « Nous voulons la paix, mais parfois certaines situations sont des problèmes insolubles, et il faut vivre avec elles », a lâché le ministre de l’Éducation, Naftali Benett, patron du parti sioniste-religieux Habayit Hayéoudi. Pour le chef du Parti travailliste, Its’hak Herzog, qui remet dans les prochains jours son mandat en jeu, « Netanyahou n’est pas capable de conclure un accord de paix avec les Palestiniens ». 

A rebours de ces perspectives, semble-t-il, lointaines, l’actualité a donné à d’autres débats un retentissement plus net. Les troupes d’Hassan Nasrallah ont renforcé leur force de frappe militaire et stockeraient désormais 150 000 missiles. Le partage d’expériences avec les Pasdaran iraniens et les conseillers russes présents en Syrie a dopé leur savoir-faire, notamment en matière d’opérations offensives. Et Jérusalem s’inquiète des efforts libano-iraniens pour accélérer le développement d’une industrie d’armement au Liban. « Durant la dernière année, l’Iran a travaillé à la mise en place d’installations de production indépendantes d’armes au Liban et au Yémen. Nous ne pouvons pas rester indifférents à cela », a commenté, le 21 juin, le chef du renseignement militaire israélien, le général Herzl Halevi. Les chaînes de production tourneraient à plein régime : missiles sol-air, missiles antitank, drones.


Postes d’observation


Révélées en mars par le journal koweïtien Al Jarida, ces activités répondraient à la volonté iranienne d’échapper aux frappes aériennes israéliennes contre les convois d’armes acheminées en direction du Hezbollah, via le sol syrien. Toujours par mesure de précaution, ces usines auraient été enfouies à plus de 500 mètres sous terre pour compliquer la donne des chasseurs à l’étoile de David. A défaut de réagir – au moins provisoirement – manu militari, Israël a prévenu l’Iran, via des émissaires européens, qu’il ne « tolérerait pas » cette situation, selon le quotidien Haaretz. L’ambassadeur israélien aux Nations unies, Danny Danon, a également informé la semaine dernière les membres du Conseil de sécurité (CSONU) de la mise en place, par le Hezbollah, de poste d’observations à la frontière libano-israélienne, sous la couverture d’une organisation environnementale, « Green Without Borders » (« Verts sans frontières »). « Ce que la force aérienne a pu faire […] au cours des 34 jours de la guerre du Liban, nous pouvons aujourd’hui le faire en 48 à 60 heures », a menacé  le général Amir Eschel, commandant en chef d’une armée de l’air israélienne dont la prééminence fut critiquée aux lendemains de la deuxième guerre du Liban, en 2006. 


Guerre improbable à court terme


Israël voit dans ce trompe-l’œil pseudo-écologique une nouvelle preuve de l’inefficacité de la FINUL. Les soldats de la force intérimaire des Nations unies au Liban ont pour tâche de faire respecter la résolution 1701, voté le 11 août 2006, qui interdit au Hezbollah de se déployer au sud du fleuve Litani, au Sud-Liban. Or les militaires israéliens, et plus récemment l’ambassadrice américaine aux Nations unies, Nikki Haley, en visite en Israël début juin, ont pu constater les allées et venues des troupes chiites dans la zone. « Le Hezbollah viole de façon flagrante la résolution 1701 du CSONU », a dénoncé le général Halevi, en exposant des photographies des lieux.

L’évaluation israélienne à l’heure actuelle écarte l’hypothèse d’un nouveau « round » de conflit avec le Hezbollah. L’engagement aux côtés de Bachar el Assad en Syrie grève encore considérablement les effectifs de l’organisation qui ne pourrait pas mener deux fronts parallèlement. A cela s’ajoute le maintien de la dissuasion permise par la guerre de 2006. Mais le parfum de la guerre ne s’est pas complètement dissipé.

« L’ennemi israélien doit savoir que s’il déclare une guerre contre la Syrie ou le Liban, des dizaines de milliers de combattants du monde arabe et islamique seront partenaires dans cette guerre », a assuré Hassan Nasrallah, le 23 juin, à l’occasion de la « Journée de Jérusalem »


Menaces de Nasrallah


L’évolution du rapport de forces dans la guerre syrienne pourrait à terme redistribuer certaines cartes. Le déclin de l’Etat islamique en Syrie se traduit actuellement par une bataille de tous les instants entre les différentes parties prenantes (alliés d’Assad, milices islamistes, Etats-Unis, Turquie) pour préparer l’après-Daech et renforcer ses positions (voir ci-contre). Déchargé du poids de son soutien au régime alaouite, Hassan Nasrallah pourrait décider de réchauffer la frontière Nord. Et l’antécédent de 2006, tout comme celui de l’été 2015 à Gaza, témoigne de la rapidité avec laquelle une situation supposée maîtrisée peut brusquement se dégrader.

Un des éléments déclencheurs envisagés par Tsahal serait la conquête d’un village israélien frontalier par un commando chiite. Scène apocalyptique qui contraindrait, sans hésitation, le gouvernement israélien à une intervention militaire massive. 

Pour parer à cette éventualité, Israël doit engager le mois prochain la construction de deux murs de protection courant sur la frontière libanaise, dans le cadre d’une démarche engagée en 2015. Aucun travaux n’avaient en effet été entrepris depuis le retrait israélien du Liban, en 2000, derrière la « Ligne bleue ».  La vétusté de certaines parties de la démarcation mettait aussi en péril certaines communautés israéliennes. Le futur tronçon, haut de 7 mètres, s’étendra, à l’ouest, de Rosh Hanikra à Hanita, et, à l’est, de Metula – particulièrement fragile en cas d’attaque ou de tirs de snipers- à Misgat Am. L’un des objectifs opérationnels israéliens consiste à transformer les zones les plus menacées (kibboutz d’Hanita, Avivim, Shlomi) en une falaise si escarpée qu’elle rendrait très délicate la possibilité d’une infiltration ennemie. 

« Paix impossible, guerre improbable », prédisait Raymond Aron, en 1948, au sujet de la guerre froide. La fameuse formule pourrait ne pas s’appliquer éternellement en Galilée. 

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