Default profile photo

19 Novembre 2017 | 1er, Kislev 5778 | Mise à jour le 17/11/2017 à 12h11

25 novembre - Chabbat Vayétsé : 16h43 - 17h53

Rubrique Régions

Carpentras : Fraternité et partage pour les 650 ans de la synagogue

Le petit fils d’Armand Lunel, Daniel Jessula, raconte l’histoire des juifs comtadins.

Les responsables de la plus vieille synagogue de France encore en activité ont inauguré officiellement le début des festivités du 650e anniversaire en présence d’élus, de dignitaires religieux et d’une foule de fidèles et d’amis de la communauté.

Ce rendez-vous avec l’histoire de la synagogue reflète la longue aventure des Juifs en Provence. Les Juifs arrivent en Provence dès le Ier siècle, leur présence est attestée par les textes au Xe siècle dans la basse vallée du Rhône, et au XIIIe siècle dans toutes les villes et plusieurs bourgs ruraux abritent des communautés juives. Malheureusement lors du règne de Philippe le Bel (1306), les juifs sont chassés du royaume de France et se réfugient en terre papale à Carpentras, Avignon, Cavaillon et L’Isle-sur-la-Sorgue. Avec l’indulgence de l’évêque Clément VI qui avait autorité sur le Comtat Venaissin, certains y ont été admis, mais furent parqués dans des carriero (ghetto en provençal) et opprimés par une législation sévère réglementant leurs droits. Ce qui ne les empêcha pas de continuer à pratiquer leur culte et de commencer les travaux pour la construction de la synagogue de Carpentras en 1367. Classée monument historique en 1924, elle devient propriété de la communauté juive et sert toujours de lieu de culte le chabbat et les jours de fêtes.
Lors de la cérémonie officielle du dimanche 28 juillet, le président de la synagogue, Meyer Benzécrit, a relaté les étapes de la construction et de la rénovation de la synagogue en remerciant les donateurs, la mairie, le département et la région pour leur contribution. Le grand rabbin de France, Haïm Korsia, a rappelé : « La synagogue, c’est un outil de transmission, une transmission vivante de l’enracinement du judaïsme dans le Comtat. » Et cité le Psaume 133 :
« Qu’il est agréable pour les frères de demeurer ensemble. » Khalid Belhadir représentant régional du conseil du culte musulman et le père Gabriel ont corroboré les paroles du grand rabbin en soulignant leur attachement aux valeurs de partage et d’humanité. « Il faut garder sa spécificité et échanger avec l’autre tout en restant soi-même », a affirmé le grand rabbin Ohana de Marseille. Plusieurs autres personnalités locales ont évoqué l'enracinement des juifs dans la région.
 Daniel Jessula, porte-parole des familles juives comtadines et petit-fils d’Armand Lunel - auteur de la pièce de théâtre et du livret d’« Esther de Carpentras » mis en musique par Darius Milhaud qui sera joué du 13 au 30 juillet dans ce lieu de culte exceptionnel – a lu des extraits d'un livre de son grand-père (1) : « Nous sommes au milieu des lambris cannelés et des dorures d’une salle d’apparat de style Louis XVI, profusion de lustres, de lampes en argent, en bronze, en cristal, en tôle vernissée accrochées à la voûte qui, peinte en bleue et parsemée d’étoiles, imite le firmament. » Il a encouragé les fidèles à s’investir pour les futures rénovations et à perpétuer cette belle histoire judéo-comtadine. Des travaux gigantesques sont prévus pour un montant de plus d’un million d’euros et la contribution de tous sera encore une fois nécessaire. Pour clore cette journée festive, deux jeunes chanteurs israéliens ont donné un concert de chants traditionnels très apprécié.

(1)   « Histoire des Juifs du Languedoc, de la Provence et des États Français du Pape », Armand Lunel. Albin Michel 1975.

Powered by Edreams Factory