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25 Juillet 2017 | 2, Av 5777 | Mise à jour le 25/07/2017 à 17h24

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Rubrique France/Politique

Simone Veil, une judéité « imprescriptible »

Simone Veil à la synagogue de la Victoire (JACK GUEZ.)

Incarnation du franco-judaïsme, Simone Veil a affronté l’antisémitisme à plusieurs périodes de sa vie.

Elle a représenté avec dignité les juifs de France », dit d’elle l’ancien président du Conseil constitutionnel Jean-Louis Debré, sur le plateau de LCI. Il faut se méfier de la tentation de réduire la vie d’engagements de Simone Veil à la dimension juive de son identité. Une judéité pour autant « imprescriptible » à ses yeux, nourrie par le « souvenir sans cesse présent, obsédant même, des six millions de juifs exterminés pour la seule raison qu’ils étaient juifs »

« Mes parents ne s’étaient pas mariés religieusement et mon frère n’était pas circoncis. Dans la famille, personne n’allait à la synagogue et j’ignorais même ce qu’était Kippour », raconte Simone Veil devant la caméra de David Teboul, dans un documentaire en 2004 (Simone Veil, une histoire française). Sans être religieuse à proprement parler, l’éducation des parents Jacob, « Juifs de culture », fournit néanmoins des repères, qui puisent selon leur fille, dans les sources juives : le goût du savoir et de la culture pour le père, André ; « la tolérance, le respect des droits de chacun et de toutes les identités, la solidarité », pour la mère Yvonne, née Steinmetz.

Mais c’est d’abord dans le regard de l’autre que tout commence, en la matière, pour la jeune Simone. Dans son autobiographie à succès « Une vie » (Stock, 2007), elle fixe comme premier jalon de sa découverte du judaïsme un épisode intervenu dans un jardin d’enfants. « Je devais avoir quatre ou cinq ans et une petite fille m’avait dit : « Toi tu es juive et ta mère brûlera en enfer ! ». J’étais rentrée à la maison en larmes ». Nous sommes au début des années 1930. L’antisémitisme s’installe dans le paysage social et politique européen pour conduire à la Shoah (voir p. 13). 


« Four crématoire »

 Novembre 1974. La diplômée de Sciences Po (promotion 1948), nommée ministre de la Santé par Valéry Giscard d’Estaing, élu quelques mois plus tôt, défend au Parlement le projet de loi relatif à l’interruption volontaire de grossesse. Alors que, dans une certaine discrétion, le grand rabbin Ernest Guggenheim expose devant les parlementaires la diversité des décisions sur le sujet, l’Eglise catholique tempête, des élus dérapent. Le député RPR des Alpes-Maritimes, Jacques Médecin, évoque une entreprise de « barbarie » digne du « nazisme en Allemagne ». Son homologue de la Manche, Jean-Marie Daillet (Réformateurs démocrates sociaux) pousse plus loin l’analogie. « On est allé […] jusqu’à déclarer tout bonnement qu’un embryon humain était un agresseur. Eh bien ! ces agresseurs, vous accepterez, madame, de les voir, comme cela se passe ailleurs, jetés au four crématoire ou remplir des poubelles ». Certains parlementaires, tel René de la Combe, montent au créneau pour proclamer leur « indignation ». Un épisode « odieux » et « scandaleux », selon Simone Veil (Les hommes aussi s’en souviennent. Une loi pour l’Histoire, Stock, 2004). Des courriers antisémites lui sont adressés, des croix gammées apparaissent dans l’ascenseur de son immeuble. Quelques années plus tard, la médiatisation des thèses négationnistes par Darquier de Pellepoix, dans une fameuse interview à L’Express en 1978, conduit la ministre à dénoncer les tentatives de « banalisation des racistes, des nazis, de leur figure de proue ». 


Antisémitisme à gauche

Incarnation du « franco-judaïsme patriote sourcilleux », selon l’historien Pierre Birnbaum, la présidente du Parlement européen (1979-1982) manifestera toujours une affection sincère à l’égard d’Israël, conservant néanmoins une certaine prudence sur le conflit israélo-palestinien. « Parce que nous sommes juifs, on accorde à nos propos une signification particulière, souvent mal ressentie par les Israéliens eux-mêmes », analysera-t-elle dans la revue Politique étrangère, en 1988. 

Simone Veil s’inquiétait au crépuscule de sa vie de la « montée de l’islamisme radical », relevait la « prolifération » de l’antisémitisme à gauche en rapport avec Israël. Mais elle réfutait les comparaisons avec les années 1930. « Dans la société française, s’il y a une discrimination à l’égard des Juifs, je dirais que c’est plutôt une discrimination positive », expliquait-elle en 2005 au Canadian Jewish News.

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