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25 Juillet 2017 | 2, Av 5777 | Mise à jour le 25/07/2017 à 17h24

29 juillet 2017 - Chabbat Devarim (Chabbat 'Hazon) : 21h16 - 22h31

Rubrique France/Politique

Le cas de conscience du Vel d'Hiv

Hommes, femmes et enfants en attente de déportation au Vélodrome d’Hiver (DR)

La « rafle du Vel d'Hiv », dont on marque cette semaine le 75e anniversaire, n'était pas une rafle au sens technique du terme : il s'agissait d'une arrestation sur fiches, au domicile des personnes visées.

Certes, 8 160 d'entre elles furent envoyées au Vélodrome d'Hiver : il s'agissait des femmes accompagnées d'enfants, mais près de 5 000 autres, adultes sans enfants, furent conduits directement dans les camps de Drancy, Pithiviers et Beaune-la-Rolande. On comprend donc que l'expression utilisée initialement pour désigner cette opération policière était « la Grande Rafle », jusqu'à ce que paraisse en 1967, à l'occasion du cinquantenaire de l'événement, un livre signé par Claude Lévy et Paul Tillard chez Robert Laffont et intitulé « La grande rafle du Vel d'Hiv ».
Pour la première fois, en France, des femmes, des enfants, des personnes âgées furent arrêtés et livrés à l'occupant. La plupart des personnes arrêtées étaient des étrangers, mais ce n'était pas le cas d'une partie des enfants nés en France également arrêtés. En vertu des accords conclus entre Carl Oberg et René Bousquet au début du mois, la police française fut chargée des arrestations. Le régime de Vichy porte la responsabilité d'avoir participé à la mise à mort de milliers d'étrangers juifs parfaitement innocents. Certes, en juillet 1942, l'information sur les gazages de masse organisés à l'est de l'Europe n'avait pas encore transpiré vers les cercles du pouvoir. Mais on en savait assez, dans ces milieux, sur les massacres déjà perpétrés et sur la logique criminelle des nazis pour ne pas pouvoir s'exonérer de cette responsabilité. A vrai dire, c'est lorsque la rafle géante des Juifs étrangers de zone non-occupée fut organisée à la fin du mois d'août par le même gouvernement que l'information était, cette fois, bien arrivée.

Les SS de Paris ont été furieux de ne se voir livrer « que » 13 152 juifs

Dans le contexte du mois de juillet, les policiers ordinaires ne possédaient aucune information sur ce qui arriverait « après ». Mais leur intuition et leur discernement ont permis à des milliers de gardiens de la paix de réagir avec humanité, avant et pendant la rafle, là où leur hiérarchie était engluée dans les compromissions. Le nombre prévu d'arrestations était de 22 000 et les SS de Paris ont été furieux de ne se voir livrer
« que » 13 152 juifs : dès les premières heures, ils envoient un télégramme à leurs supérieurs à Berlin pour se plaindre de la coopération insuffisante des policiers français sur le terrain. Les Juifs qui se trouvaient alors à Paris et qui ont survécu à la guerre racontent tous comment quelqu'un dans leur entourage a été prévenu par un policier dans les jours qui ont précédé la rafle. Celle-ci a été en effet déplacée in extremis, pour des raisons symboliques évidentes, du 14 au 16 juillet, et ce décalage a permis de faire circuler l'information. Certaines femmes ainsi prévenues ont voulu croire que seuls les hommes étaient visés et ne se sont pas mises à l'abri, ce qui explique la surreprésentation des femmes arrêtées. On sera attentif au fait que la hiérarchie de la Préfecture de police décida pour toutes les rafles suivantes que les policiers ne seraient pas prévenus à l'avance de leur mission : ils seraient consignés la veille au soir dans les commissariats, recevraient au dernier moment, une par une, les fiches concernant les personnes à arrêter, et ces opérations mêleraient, délibérément, des policiers qui ne se connaissaient pas entre eux, ce qui rendait plus difficile une désobéissance éventuelle.

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