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18 Novembre 2017 | 29, Heshvan 5778 | Mise à jour le 17/11/2017 à 12h11

25 novembre - Chabbat Vayétsé : 16h43 - 17h53

Rubrique Communauté

Les Juifs voleurs de poule? Les leçons d’une polémique

La DDPP des Hauts-de-Seine a démandé aux fermes du département de protéger leurs animaux à l’approche de l’Aïd et de Yom Kippour. (DR)

La Direction départementale de la protection des populations (DDPP) des Hauts-de-Seine a calmé le jeu en présentant ses regrets dans un communiqué, mais la communauté juive ne décolère pas d’avoir été stigmatisée et visée à tort par une lettre envoyée aux fermes pédagogiques du département leur demandant de protéger leurs animaux des risques de vols à l’approche des fêtes de l’Aïd et de Yom Kippour.

C’est une lettre envoyée presque machinalement par les services vétérinaires de la DDPP aux fermes pédagogiques du département depuis 2013 qui a été révélée par Le Parisien dans son édition du 22 août dernier. Cette lettre appelle les propriétaires à la « plus grande vigilance » et « de ne pas laisser divaguer les bêtes car des personnes mal intentionnées pourraient essayer de les capturer en vue de pratiquer des abattages clandestins ». Elle n’y fait pas référence, mais elle se fonde sur le démantèlement d’un trafic de moutons volés dans un campement Rom peu avant la période de l’Aïd en 2013. Mais les Juifs ? 

 Rapidement, c’est l’emballement sur les réseaux sociaux et la colère des présidents du Crif et du Consistoire. La communauté juive est à nouveau prise à partie dans un débat où elle n’a rien à faire et qui ne la concerne pas. Joël Mergui signe une tribune le vendredi 25 août dans Le Monde où il ne mâche pas ses mots. « J’ai été effaré de découvrir dans la presse du  22 août que j’étais soudainement et collectivement, avec tous mes coreligionnaires, un voleur de poules potentiel (…).   De préjugés en amalgames, la communauté juive – contre laquelle aucune plainte n’a même été émise – est stigmatisée et jetée en pâture à l’opprobre public pour des faits imaginaires ». 

 « Ni les  catholiques, ni les protestants pas davantage  les bouddhistes n’ont été associés à des pilleurs de fermes et des bouchers sanguinaires depuis 2013 que des vols de moutons ont été commis », écrit le président du Consistoire. « L’idée ne viendrait à personne de faire un tel rapprochement, alors pourquoi nous et pourquoi les poules ? Pourquoi les juifs doivent-ils systématiquement être invoqués, comparés, associés, amalgamés à toute déclaration négative non assumée en direction des musulmans ? ». Prenant acte de sa maladresse et voyant la polémique enfler, la Préfecture des Hauts-de-Seine diffuse le jeudi 24 août un communiqué assurant que « ce courrier (n’était) évidemment pas destiné à stigmatiser les différents rites religieux ». 

 Cette mise au point « a minima » pour Francis Kalifat n’empêche cependant pas la publication de la tribune. « Il m’a semblé qu’avec cette affaire, nous étions arrivés à une situation extrême où à force de vouloir tout comparer pour ne pas stigmatiser une communauté, on avait inventé avec ce vol de poules un objet de comparaison qui n’existe pas ! », explique aujourd’hui Joël Mergui. « A l’approche du jeûne de Yom Kippour, la fête du Grand Pardon, l’histoire d’un vol de poules imaginaire invitait trop à la dérision pour ne pas dénoncer sérieusement la recherche d’un pseudo-équilibre, instable et injuste, dont les juifs ne veulent plus jamais avoir à faire gratuitement les frais ». 

 La polémique éteinte, l’amertume demeure pour Francis Kalifat « Cette affaire nous oblige à ne plus rien laisser passer et à renforcer encore plus notre vigilance », explique le président du Crif. « J’ai dit au Préfet notre ras-le-bol d’être en permanence l’objet d’amalgames quand on veut traiter un sujet qui concerne l’Islam. On a tellement peur de se retrouver confrontés à des accusations d’islamophobie qu’on mêle le judaïsme. Cet amalgame permanent était fait jusqu’alors par les politiques et les journalistes, maintenant c’est l’autorité administrative. On ne peut pas sans arrêt, surtout quand c’est injustifié, à chaque fois qu’on veut soulever un problème ou évoquer une action commise par des musulmans dans une certaine pratique de l’Islam, mettre en parallèle la communauté juive ». 

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