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23 Octobre 2017 | 3, Heshvan 5778 | Mise à jour le 18/10/2017 à 16h53

Rubrique Israël

Hélène Le Gal : « Pour Israël, le grand gagnant de la guerre sera l’Iran »

Crédit : ELODIE SAUVAGE/AMBASSADE DE FRANCE EN ISRAEL

De passage à Paris, la diplomate française estime que seule la reconstruction politique de la Syrie permettra d’éviter la domination « de telle ou telle puissance étrangère ».

Actualité Juive : Israël procède ces jours-ci à un exercice militaire de grande ampleur à sa frontière Nord. Dans le même temps, l’armée de l’air israélienne aurait très vraisemblablement mené un raid contre un site militaire syrien à Mesyaf. Les conditions sont-elles réunies pour que la situation dérape entre Israël et le Hezbollah ? 

S. E. Hélène Le Gal : Israël estime aujourd’hui que les choses sont en train de s’accélérer en Syrie. Nos interlocuteurs israéliens considèrent que le mouvement Daesh sera vaincu dans les prochains mois. Le grand gagnant de cette guerre en Syrie sera l’Iran et ses alliés, notamment le Hezbollah. Israël alerte la communauté internationale contre cette expansion régionale de l’Iran, en Syrie, en Irak, au Liban, au Yémen. 


A.J.: Le raid israélien serait autrement dit une mise en garde ? 

H. L. G. : Israël souhaite que la communauté internationale soit consciente de ce qu’elle présente comme la menace iranienne dans la région. Plusieurs déclarations ont récemment été faites sur le sujet par des responsables israéliens. Des contacts ont été pris avec plusieurs pays. Pour Israël, on assiste aujourd’hui à une reconfiguration des équilibres régionaux en faveur de l’Iran.  


A.J.: La France partage-t-elle cette lecture ? 

H. L. G. : La première priorité de la France est la lutte militaire contre Daech à laquelle nos forces armées ont contribué. Mais vient dans un second temps la question politique de l’avenir de la Syrie. C’est pour cette raison que le président Macron a proposé la création d’un groupe de contact autour du P5, les membres permanents du Conseil de sécurité, pour discuter de l’après-Daech. L’objectif est d’éviter la domination de telle ou telle puissance étrangère pour favoriser une évolution des choses qui soit dirigée par les Syriens eux-mêmes. Dans ce cadre, la France prend en compte l’analyse israélienne, qui ne se confond pas néanmoins avec la nôtre. 


A.J.: Dans quelle mesure Israël sera-t-il associé à ces discussions sur l’avenir du pays ? 

H. L. G. : Aussi bien la France que les autres pays du P5 ont des contacts réguliers avec Israël. C’est le cas des Etats-Unis et des Russes qui sont présents sur le terrain. Des mécanismes sont ainsi en place entre Israël et la Russie pour éviter des accrochages. 


A.J.: L’Iran est-elle un acteur incontournable pour la France ? 

H. L. G. : L’Iran est effectivement un acteur incontournable dans la région. La France discute avec tous les Etats. Nous avons développé un dialogue avec l’Iran, à travers des visites et des échanges approfondis.


A.J.: L’ONU a renouvelé fin août le mandat de la FINUL au Sud-Liban. Joue-t-elle un rôle décisif dans la stabilisation de la zone ?  

H. L. G. : La FINUL est très utile. Tous les acteurs partagent cette vision, que ce soit le Liban ou Israël. Des mécanismes au sein de la FINUL permettent notamment la délimitation de la « Ligne bleue » entre ces deux Etats. 


A.J.: Israël et les Etats-Unis dénoncent néanmoins le renforcement du Hezbollah au sud du fleuve Litani, sous les yeux de la FINUL. Et la Russie a menacé d’opposer son veto à une version du texte onusien qui mentionnait l’action de la milice chiite. 

H. L. G. : Je constate que tous les Etats ont voté en faveur de la résolution, aussi bien les Etats-Unis que la Russie. Cela signifie que ce texte correspondait à ce qui faisait consensus au sein du Conseil de Sécurité. De plus, ce n’est pas la FINUL en tant que telle mais le renforcement de l’armée libanaise qui permettra la diminution de la présence du Hezbollah au Sud-Liban. C’est bien la reconstitution d’un Etat libanais qui fonctionne, et en particulier d’une armée libanaise qui reprenne pied sur l’ensemble du territoire libanais, qui permettra la diminution de l’empreinte militaire du Hezbollah dans cette zone. La FINUL ne peut se substituer à l’Etat libanais. 


« La première priorité de la France est la lutte militaire contre Daech »


A.J.: Emmanuel Macron se rendra en Israël au printemps prochain dans le cadre d’une tournée dans la région. Est-ce le signe de sa volonté de s’engager dans la relance du processus de paix israélo-palestinien ? 

H. L. G. : C’est en tout cas le signe de son intérêt pour Israël. Le président a annoncé un déplacement en Israël, mais aussi au Liban, en Jordanie et dans les territoires palestiniens. Plusieurs sujets devraient être à l’ordre du jour : les évolutions régionales, le processus de paix israélo-palestinien, les relations bilatérales entre la France et Israël. Celles-ci s’étendent à l’économie et à l’innovation, dans la foulée de la récente visite de Bruno Le Maire et de Mounir Mahjoubi. Mais seront également abordées la communauté française en Israël ou encore la saison croisée culturelle en 2018 qui réunira les deux pays. 


A.J.: La France portera-t-elle une initiative diplomatique, dans la continuité de la Conférence de Paris organisée l’an dernier par François Hollande et Jean-Marc Ayrault ? 

H. L. G. : Les paramètres de la paix entre Israéliens et Palestiniens restent les mêmes. La France rappelle à chaque occasion son soutien à la solution des deux Etats. Au moment de l’organisation des deux conférences à Paris, aucune initiative n’était sur la table. John Kerry avait annoncé en 2014 qu’il avait échoué. Aujourd’hui, une initiative américaine existe, portée par Jared Kushner et Jason Greenblatt. La situation est différente.

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