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23 Octobre 2017 | 3, Heshvan 5778 | Mise à jour le 18/10/2017 à 16h53

Rubrique Judaïsme

Raphaël Cohen et Ouriel Elbilia : « Il s’agit d’un moment exceptionnel qu’ils ne retrouveront pas ailleurs »

Les hazanim sont des piliers de l'existence juive qu'on entend beaucoup chanter mais dont on écoute insuffisamment les réflexions. Nous avons interrogé deux prestigieux hazanim à propos de leur mission en général et plus particulièrement à Roch Hachana. Ouriel Elbilia est hazan de la communauté Emet vesimha (17e arrondissement), concertiste et très investi dans l'étude. Raphaël Cohen, directeur de l'école Sinaï est lui aussi concertiste, il officie comme hazan et est rabbin au Vesinet, dans les Yvelines. Animateur du chœur juif de France et de l'Association pour la promotion de l'art cantorial (APAC)

Actualité Juive : Quelle est la mission du hazan ?   

Raphaël Cohen : Le rôle du hazan c'est de conduire les membres de la communauté à la prière personnelle mais on ne doit pas se reposer sur lui. Le hazan conduit l'assemblée et suscite la prière ; il ne doit surtout pas se substituer à la prière des fidèles. Si les fidèles se contentent d'écouter le hazan passivement comme au spectacle, le hazan passe à côté de sa mission. Chacun a le devoir de faire sa prière avec l'aide du hazan, qui met sa voix, dont Hachem lui a fait cadeau, au service des fidèles. Le chant est la plume de l'âme. Il peut guérir bien des souffrances. Je recommande à tous les Juifs d'entrer dans la musique et la liturgie juives.   

Ouriel Elbilia : La hazanout est belle lorsqu'elle a du relief et de la profondeur. Il ne s'agit pas simplement de produire de belles notes mais de faire ressentir une compréhension intime des textes. On n'est pas là pour faire le show ; on est là pour susciter une vibration positive chez l'auditoire. D'où l'importance, pour un hazan, d'étudier la Torah. Un hazan est le chaliah tsibour de la communauté mais c'est encore mieux s'il peut être en même temps un chef d'orchestre et faire entrer tout le kahal dans la prière et les chants.


A.J.: Quelle est la particularité de l'office de Roch Hachana :   

Raphaël Cohen : Ce que j'ai dit précédemment sur la mission du hazan est encore plus vrai pour Roch Hachana. Il faut profiter de ce moment-là pour susciter un réveil chez les gens qui ne viennent pas prier très régulièrement. On voit souvent des gens    endormis pendant les offices de Roch Hachana et de Kippour. Comment éviter que les gens s'ennuient ? D'une part il est important d'aider les gens à suivre, certaines synagogues ont fait des grands efforts dans ce sens. Le hazan a par ailleurs le devoir de nourrir l'âme des fidèles avec de l'émotion, de l'harmonie et de la concentration. Nous avons la responsabilité de faire ressentir à ceux qui viennent rarement qu'il s'agit d'un moment exceptionnel qu'ils ne retrouveront pas ailleurs.  


Ouriel Elbilia : « Le chant est la plume de l’âme, Il peut guérir bien des souffrances »


Ouriel Elbilia :  La prière est longue à Roch Hachana ; il faut donc veiller encore davantage à ce que le kahal ne s'ennuie pas et soit acteur de la tefila. Il y a une dignité particulière lors de ces journées. Cela demande au hazan une préparation spirituelle dès le mois d'eloul pour que la prière soit pleine de sincérité et d'un ressenti communicatif. Je félicite les juifs qui ne sont pas des habitués des synagogues et qui s'y rendront pour les fêtes. Si je peux me permettre une remarque halakhique, j'invite tous les fidèles à garder un certain sérieux dans la synagogue et à ne pas se laisser aller à des bavardages incessants. Un beth haknesset est un lieu qui demande une certaine retenue. C'est un point important.

 

A.J.: Pour vous, quels sont les moments forts de la tefila de Roch Hachana : 

Raphaël Cohen : Pour moi les moments les plus beaux sont ceux où j'entends toute la communauté chanter, où il y a une kavana, une implication partagée. Et c'est chaque fois différent ! Il arrive que des moments qui peuvent sembler secondaires soient les plus intenses. Et parfois on peut chanter un passage essentiel avec justesse et rien ne se passe. Un hazan doit sans cesse chercher à s'améliorer. 

Ouriel Elbilia :  Le début de la hazara de la amida et le « hayom arat olam » (pendant le moussaf, avant le chofar) sont des moments particulièrement forts qui dégagent une grande ferveur. Plus globalement, à Roch Hachana la gravité et la joie coexistent ; parvenir à concilier ces deux choses est un grand défi pour les hazanim et pour tous les Juifs. C'est loin d'être facile.

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