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11 Décembre 2017 | 23, Kislev 5778 | Mise à jour le 10/12/2017 à 13h04

16 décembre - Chabbat Mikets : 16h36 - 17h49

Rubrique Judaïsme

Plus haut que la Téchouva

(DR)

Yom Kippour et les jours qui précèdent sont marqués par le concept de Téchouva, de retour à D.ieu. Mais la croyance populaire assimile ce concept à celui de la faute : quand j’ai transgressé la volonté de D.ieu, j’ai l’obligation de réparer cette dérive et de reprendre la voie droite. Il en est ainsi toute l’année et l’on pourrait penser que Yom Kippour obéit à cette règle quasi mécanique. Toutefois, le Rambam (Maimonide) va venir nuancer cette démarche et nous expliquer que Yom Kippour est bien plus qu’une réparation de la faute.

Pour comprendre la particularité de ce grand jour, reprenons le texte du Rambam (1). Dans ses Lois de la Téchouva (le repentir), il nous précise deux détails étonnants qui vont bousculer notre perception de ce jour. D’une part, il écrit que Yom Kippour est un jour favorable au repentir puis il ajoute que ce jour est un jour de repentir pour tous. Comment devons-nous comprendre ces deux détails et leur articulation ?


Un temps favorable

Tout au long de l’année, l’obligation de faire Téchouva s’impose aussitôt que l’on commet une faute. Cette obligation ne dépend pas d’un temps particulier mais de la situation de l’homme qui s’est éloigné de D.ieu par un mauvais comportement. Cependant, s’il ne commet aucune faute, aucune obligation de Téchouva n’existe ! Durant Yom Kippour, c’est différent. Il existe effectivement une obligation de faire Téchouva mais qui n’est pas liée à l’homme lui-même. C’est le jour de Yom Kippour qui crée cette obligation car comme l’écrit le Rambam, c’est un temps favorable pour le repentir. S’il en est ainsi, pourquoi celui qui n’a pas fauté serait-il concerné par Yom Kippour ?


Toujours plus haut

La réponse nous renvoie à la spécificité de Yom Kippour. Le repentir que D.ieu attend de nous durant ce jour saint ne dépend pas de la faute ou de sa gravité. Il est une invitation à changer parce qu’en ce jour une force d’En haut nous est donnée pour revenir vers D.ieu avec une plus grande ferveur. Et pour celui qui n’a pas fauté (ou qui a réparé ses fautes), Kippour est un appel divin pour qu’il aille encore plus haut que son degré de Téchouva précédent. Cette idée de progression constante se retrouve encore dans un autre texte étonnant du Rambam (2) qui ajoute : « …les fautes que l’on reconnaît verbalement ce Yom Kippour devront être mentionnées, le prochain Yom Kippour bien qu’il s’en soit repenti ». Contrairement à ce que l’on aurait pu penser, Yom Kippour n’est pas la conclusion définitive de la Téchouva ! Même après l’instauration de ce jour, notre travail personnel n’est pas achevé : chacun doit affiner sa personnalité à un degré bien plus élevé que celui qu’il avait atteint, le précédent Yom Kippour, car la réparation d’une faute devient une faute par rapport au niveau potentiel et prochain qu’il peut atteindre. Prenons l’exemple d’un homme qui ne prononce jamais de bénédiction avant de manger le moindre aliment. Puis au détour d’une réflexion ou d’une conversation, il décide, durant Yom Kippour, de ne plus jamais consommer un aliment sans bénir D.ieu au préalable. Il s’agit là, sans conteste, d’un véritable repentir. Mais il peut toujours faire mieux ! S’il décide, par exemple, plus tard, de ne plus manger ou boire debout, comme le suggèrent le Talmud et les Décisionnaires, sa bénédiction aura une autre dimension. Dès lors, on comprend que par rapport au passé, ce Yom Kippour a créé une Téchouva mais que ce même Yom Kippour a besoin d’une autre Téchouva, en regard du prochain Kippour, si l’on tient compte de ce « mieux » potentiel. C’est ce qui explique une loi rapportée, une fois encore par le Rambam, selon laquelle les vêtements du Cohen gadol n’étaient plus utilisés le Kippour suivant (3). Puisque chaque Yom Kippour était une élévation par rapport au précédent, il fallait changer ses vêtements et en mettre de nouveaux  qui inauguraient une nouvelle proximité avec D.ieu. 


Notes

(1) Michné Thora, Lois de la Téchouva, chap. 2, parag.6 et 7

(2) Parag. 8(3) Lois des objets du Temple, chap. 8, parag. 5

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