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17 Décembre 2018 | 9, Tevet 5779 | Mise à jour le 17/12/2018 à 17h07

Rubrique France/Politique

Meyer Habib : « L’UNESCO est devenue une officine antisioniste »

Crédit : (MEYER HABIB)

Satisfait des retraits américain et israélien, le vice-président de la commission des affaires étrangères de l’Assemblée nationale appelle désormais la France à quitter ce « théâtre de l’absurde ».

Actualité Juive : Vous vous êtes félicité de la « décision forte et morale des Etats-Unis et d’Israël » de quitter l’Unesco. Ce choix était-il devenu, selon vous, inévitable ? 

Meyer Habib : Ouvrons les yeux, cela fait des années que l’Unesco a trahi sa vocation de servir la paix par la promotion de la culture. Quelques exemples. En 1995, l'institution refuse de mentionner la Shoah dans une résolution sur la Seconde Guerre mondiale malgré les demandes d’Israël. En 2010, elle décrète que le Caveau des Patriarches à Hébron et le Tombeau de Rachel à Bethlehem font partie du patrimoine culturel musulman. En janvier 2014, l'Unesco annule au dernier moment une exposition sur la présence historique juive en Israël depuis l’Antiquité et va jusqu’à rebaptiser, en avril 2016, le Mur occidental « Al Buraq »… Ce serait juste grotesque si ce djihad culturel n’était pas en réalité l’expression d’une véritable haine du Juif. L’Unesco est devenue une officine antisioniste qui pratique l’escroquerie intellectuelle pour déraciner un peuple vieux de 3500 ans et priver Israël de sa légitimité. 

Face à ces dérives, Donald Trump a fait preuve de clarté morale et d’un immense courage politique. Et les Israéliens ont eu raison de suivre cette voie. Il est aujourd’hui de bon ton, surtout en France parmi les élites bien pensantes, d’attaquer en permanence le président des Etats-Unis. Pour ma part, non seulement je ne le dénonce pas, mais le félicite de cette décision, intellectuellement cohérente et respectueuse de l’Histoire. Il suffit d’ouvrir le livre le plus ancien de la Civilisation pour comprendre que les obsessions anti-israéliennes de l’Unesco sont un tissu de mensonges. 


A.J.: Binyamin Netanyahou a demandé au ministre israélien des Affaires étrangères de « préparer le retrait » d’Israël de l’Unesco. Cette formule indique-t-elle selon vous la possibilité d’une sortie de crise?

M.H. : Le week-end dernier, je me suis entretenu au téléphone avec le Premier ministre israélien d’une diversité de sujets, notamment la prochaine visite de Valérie Pécresse en Israël, que j’accompagnerai, mais aussi du retrait de l’Unesco et de l’élection d’Audrey Azoulay. Je ne peux dire si la décision israélienne est définitive mais je crois que Binyamin Netanyahou a parfaitement résumé la position de l’Etat hébreu sur l’institution en parlant de « théâtre de l’absurde ».


A.J.: Vous appelez également la France à se retirer à son tour de l’Unesco.

M.H. : Oui, en effet, j’aurais aimé que notre pays en fasse de même, mais je ne me fais guère d’illusion. Quelle que soit sa position sur le conflit israélo-palestinien, la France, pays des Lumières, s’honorerait à refuser pareilles compromissions avec des entreprises de falsification de l’Histoire. 

Je l’ai dit en plein hémicycle à Manuel Valls après que la France eut voté en avril 2016 une résolution islamisant le Mont du Temple et le Kotel, les deux sites les plus sacrés du judaïsme. Plus qu’une erreur, c’est un déshonneur. Je l’avais interpellé : « Comment la patrie des droits de l’homme peut-elle se fourvoyer dans une entreprise négationniste, dont le seul objet est de délégitimer Israël ? » Hélas, quelques mois plus tard la France s’est abstenue de façon scandaleuse sur une résolution analogue, position tout aussi immorale...


« Donald Trump a fait preuve de clarté morale et d’un immense courage politique »

 

A.J.: Comment jugez-vous l’élection d’Audrey Azoulay à la direction générale de l’institution ? 

M.H. : En tant que député français mais aussi en tant qu’humaniste et démocrate, je me réjouis de l’élection d’Audrey Azoulay, qui n’était pas favorite à l’issue du premier tour contre le candidat qatari. Mais cette heureuse surprise suffira-t-elle à enrayer la dérive négationniste de l’institution ? Je ne le crois pas. J’ai bien connu Irina Bokova, dernière titulaire de la fonction. C’est une femme droite mais, malgré sa bonne volonté, elle n’a pu empêcher l’instrumentalisation de l’Unesco par une majorité automatique d’Etats antisionistes, toujours prompts à nier l’évidence historique, à savoir les liens plurimillénaires qui unissent le peuple juif à la Terre d’Israël. Même si j’entretiens depuis des années d’excellentes relations personnelles avec le Président de la République, Emmanuel Macron, je ne jugerai que sur les actes, pas les paroles. 


A.J.: Avez-vous déjà eu l’occasion d’échanger avec l’ancienne ministre de la Culture de François Hollande ?

M.H. : Oui, à plusieurs reprises. Je lui avais notamment écrit une longue lettre pour faire part de mon trouble, fin mai 2016, après qu’elle n’eut pas reçu son homologue israélienne, Miri Regev, en déplacement au Festival de Cannes, ni même visité le premier pavillon israélien. En réponse, elle m’avait écrit son attachement au développement des échanges culturels franco-israéliens et argué de « simples soucis d’agenda ministériel ».

Je crois, par ailleurs, que le fait que Mme Azoulay n’était pas seulement la candidate de la France mais aussi d’origine juive a joué en sa faveur dans un contexte de retraits américain et israélien en réaction au biais antisioniste de l’Unesco. Certains espèrent peut-être sauver l’institution, hélas largement discréditée et dont la pérennité est sérieusement compromise par le retrait du premier contributeur au budget, les Etats-Unis. 

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