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19 Novembre 2017 | 1er, Kislev 5778 | Mise à jour le 17/11/2017 à 12h11

25 novembre - Chabbat Vayétsé : 16h43 - 17h53

Rubrique Judaïsme

Parachat Noah : Après la Shoah

L'arche de Noé. Tableau d'Edward Hicks (1846).

A propos du déluge et de ses conséquences, Rachi (1) nous rapporte un commentaire étonnant. A l’issue d’un an de confinement dans l’Arche (2), les animaux ne voulurent pas en sortir. Noa’h fut alors contraint de les forcer à quitter l’Arche ! Quel besoin Rachi avait-il de nous préciser ce détail qui ne présente qu’un intérêt lointain pour l’étudiant du texte biblique ?

Il est une tradition, transmise par de grands Maîtres du judaïsme (3), selon laquelle le commentaire de Rachi est bien plus qu’une lecture simple du texte biblique. Il renferme en lui une approche profonde des versets de la Thora. Là aussi, il nous faudra comprendre l’attitude des animaux qui, de prime abord, est loin d’intéresser la morale humaine. Mais en vertu du principe rapporté plus haut, une idée profonde se dissimule derrière les mots de Rachi.


Un monde idéal


Allons plus loin : même Noa’h ne voulut pas sortir de l’Arche ! C’est D.ieu qui lui en intima l’ordre ! Et c’est donc sous la contrainte qui la quitta. Pour comprendre le sens de cette contrainte, il faut reprendre un commentaire du Admour hazakène (4) qui explique qu’il régnait dans l’Arche une situation de paix semblable à celle qui règnera dans les temps messianiques. Comme le prophète Yéchaya (Isaïe) l’annonce « Alors le loup habitera avec la brebis et le tigre reposera avec le chevreau… » (5). Dans l’Arche, bien que tous les animaux étaient réunis, aucun d’entre eux ne chercha à porter atteinte physiquement à l’autre. Il s’opéra alors un changement dans la nature même des animaux. On comprend, dès lors, que personne ne voulut sortir car tous ressentirent comme un avant-goût de l’ère messianique durant laquelle règnera une paix universelle au sein de la création. Bien plus, envisager une sortie était comme une descente de niveau, de la paix à la guerre puisque les animaux allaient redevenir cruels comme ils l’étaient avant qu’ils ne rentrent dans l’Arche. Toutefois, d’un autre côté, si D.ieu exigea que tous les occupants de l’Arche sortent, cela ne pouvait être que pour le Bien !


Un monde idéal


Ce Bien peut se lire dans le verset qui décrit la sortie de l’Arche : les hommes et les animaux devaient sortir pour fructifier et se répandre sur la terre. De cette sortie, nous pouvons tirer deux enseignements : après le déluge qui a frappé notre peuple, durant la Seconde guerre mondiale, le désespoir n’est pas de mise, il faut s’employer à reconstruire le peuple juif et lui donner le courage de continuer son histoire. C’est là aujourd’hui, depuis plus d’un demi-siècle, la première urgence concrète. A la suite de cela (et peut-être aussi, en même temps), il faut agir spirituellement : quand le déluge frappe le monde, on ne peut rester enfermé dans son monde, confortablement installé, loin du tumulte. Il faut ouvrir la porte de notre Arche personnelle et s’inquiéter de savoir si des Juifs ont besoin de retrouver le chemin qui peut les conduire vers D.ieu. 


Notes

(1)  Béréchith, chap. 8, verset 17

(2) Exactement un an et dix jours, comme l’explique Rachi (Chap. 8, verset 14)

(3) Tels que Rabbi Yéchaya Horowitz (le Chéla hakadoch) et le Admour hazakène

(4) L’un des grands Maîtres de la ’Hassidouth

(5) Isaïe, chap. 11, verset 6

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