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23 Octobre 2017 | 3, Heshvan 5778 | Mise à jour le 18/10/2017 à 16h53

Rubrique Moyen-Orient/Monde

Arabie Saoudite : La révolution du volant

Au Moyen-Orient, les révolutions sans armes ni violence sont si rares que celle-ci a fait l'effet d'une bombe. Les femmes du royaume saoudien sont désormais autorisées à prendre le volant. Dans les faits, il leur faudra attendre jusqu'en juillet 2018. Qu'importe : après 27 ans de revendications féministes, c'est un véritable coup de tonnerre. Pourquoi maintenant ? Tour d'horizon des principales motivations des dirigeants saoudiens.

1° Parce que cette interdiction avait un coût exorbitant


6,7 milliards de dollars, soit 6% du produit intérieur brut. C’est le coût estimé du système mis en place par les autorités saoudiennes pour empêcher jusqu’ici les femmes de prendre la route. Près d’un million et demi de chauffeurs étrangers proposaient leurs services, accentuant du même coup le déficit de la balance commerciale. Une fuite des capitaux à laquelle veut mettre fin Mohammed Ben Salmane. Le jeune et fougueux prince héritier saoudien, surnommé « MBS », entend faire entrer le royaume dans le XXIe siècle avec son projet « Vision 2030 ». Objectif : diversifier l’économie saoudienne trop dépendante des hydrocarbures dont le cours connaît une baisse tendancielle. 

« L’ancien modèle de pouvoir consistait à s’appuyer sur le pétrole et les clercs », analyse dans une note du think tank britannique Chatam House, Jane Kinninmont. « Le prince Mohammed essaie de bâtir un nouveau modèle basé sur le nationalisme, le développement économique et le sentiment que la famille des Saoud assure la sécurité et la stabilité absentes dans tant d’autres Etats arabes », analyse Mme Kinninmont. Cette profonde transformation économique et sociale implique une meilleure intégration des femmes dans le marché du travail, rendue délicate par les obstacles à leur mobilité. Seuls 22% des Saoudiennes exercent aujourd’hui une activité professionnelle. Dynamisation du taux d’emploi national, coup de fouet au pouvoir d’achat, soutien aux ventes de véhicules ; les économistes appellent cela un cercle vertueux. 


2° Parce qu’un vent de réforme souffle sur le royaume


Tout un symbole. Le premier long métrage officiel produit par l’Arabie Saoudite, « Wadjda », narrait la quête d’une jeune fille saoudienne pour s’offrir un vélo. Présenté aux Oscars 2014 dans la catégorie meilleur film en langue étrangère, le film d’Haifaa al-Mansour brossait en creux une société saoudienne sclérosée par le conservatisme patriarcal et rigoriste. Ce sont ces équilibres politiques que pourraient venir perturber la révolution du volant décidée par « MBS ». Pour le chercheur au Washington Institute, Simon Henderson, « cette mesure réduit davantage l’autorité des clercs conservateurs qui disposent d’un statut institutionnalisé mais de plus en plus menacé ». Signe avant-coureur de leur perte d’influence, plusieurs représentants religieux ont été arrêtés le mois dernier, officiellement pour avoir marqué peu d’enthousiasme devant la politique de mise au ban du Qatar. 

Mais l’arrivée des femmes sur les routes pourraient également secouer la sphère intime. « Elle érode également la structure sociale traditionnelle dans laquelle le leadership de la famille est tenu par les hommes âgés », poursuit le chercheur. 

Quelques points devront néanmoins être éclaircis : les femmes devront-elles bénéficier d’une autorisation préalable de leur époux ou père ? Des femmes seront-elles engagées par les forces de l’ordre pour les contrôler en cas d’infraction au code de la route ?


3° Parce qu’il faut améliorer l’image du pays


Le décret royal du 26 septembre intervient après l’autorisation inédite accordée aux femmes, deux jours plus tôt, d’assister au stade Roi-Fahd de Ryad, aux cérémonies célébrant la 87e fête nationale saoudienne. La concomitance des deux événements ne doit rien au hasard. Elle correspond à la volonté du pouvoir d’envoyer des signaux à l’international, alors que la cour saoudienne connaît des résultats très mitigés dans sa guerre au Yémen et ne parvient pas à faire céder le Qatar. Six ans après le lancement du mouvement #Women2Drive, très suivi sur les réseaux sociaux mais sévèrement réprimé par la police saoudienne, les femmes servent aujourd’hui de symbole de la volonté d’ouverture du nouveau pouvoir. Reste à mesurer le poids des résistances aux changements.

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