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11 Décembre 2017 | 23, Kislev 5778 | Mise à jour le 10/12/2017 à 13h04

16 décembre - Chabbat Mikets : 16h36 - 17h49

Rubrique Moyen-Orient/Monde

Analyse. Israël-Hezbollah: les premiers sillons de la « troisième guerre du Liban »

A droite, le chef du commandement du Hezbollah en Syrie du sud, Munir Ali Naim Shati.

Le renforcement militaire du Hezbollah et l’évolution de la situation régionale rendent de plus en probable l’hypothèse d’un nouveau conflit armé avec le Hezbollah à moyen terme. Mercredi soir, l'aviation israzélienne israélienne a frappé un dépôt d'armes de la milice chiite en Syrie, au sud de la ville de Homs.

Jusqu’ici, tout va bien. Mais pour combien de temps encore ? Entre Israël et le Hezbollah ces derniers temps, chaque semaine offre son lot d’invectives, de menaces voilées, d’informations divulguées. Autant de signaux qui, par effet cumulatif, disent quelque chose d’une situation au bord de la rupture. Les deux rivaux se regardent toujours en chiens de faïence mais, à mesure que la guerre en Syrie prend, avec la défaite de l’Etat islamique, un tour définitif en faveur du régime d’Assad et de ses alliés, les étincelles pourraient finir par basculer dans une déflagration d’un tout autre ordre. 

L’état-major israélien estime que les dernières opérations contre le Hezbollah (2006) et le Hamas (2009, 2012, 2014) ont résulté d’une appréciation erronée des intentions adverses, ouvrant la porte à un enchaînement de mauvaises décisions. Le scénario demeure opératoire. C’est l’un des enseignements du rapport publié, la semaine dernière, par le High Level Military Group, un think tank composé de responsables militaires, spécialisé dans le suivi des organisations para-étatiques de nature terroriste. « Le timing d’un tel conflit sera probablement déterminé par un mauvais calcul ainsi que sur la base d’une décision prise en Iran et au Liban », peut-on lire dans cette étude intitulée « L’armée terroriste du Hezbollah : comment empêcher une troisième guerre du Liban » (en anglais).

Dans une stratégie classique de dissuasion, les autorités israéliennes ont récemment mis en garde, de manière insistante, le mouvement chiite d’ouvrir les hostilités, onze ans après la « guerre des trente-trois jours ». La plus spectaculaire opération de communication s’est tenue le 25 octobre avec la publication par Tsahal du portrait du chef du commandement du Hezbollah en Syrie méridional. Munir Ali Naim Shati, « wanted » ? Au regard de la préoccupation israélienne devant l’investissement du plateau du Golan par des milices pro-iraniennes, la diffusion de l’image a tôt fait d’être interprétée en ce sens par les commentateurs. La veille déjà, le ministre de la Défense israélien, Avigdor Lieberman, accusait le Hezbollah d’être à l’origine des quatre tirs d’obus ayant atterri dans le nord du Golan, le week-end précédent. Une analyse toutefois contestée… par l’état-major de Tsahal pour qui les tirs avaient une origine accidentelle. Dans la même veine, le ministre de l’Education, Naftali Bennett (Foyer juif), menaçait, il y a peu, de destruction les infrastructures civiles libanaises en cas de guerre. « Si le Hezbollah fait partie du gouvernement au Liban, et si des milliers et des milliers de missiles sont cachés dans des maisons, alors le Liban est impliqué », martelait-il. Une telle position marquerait une rupture avec le distinguo opéré par l’armée israélienne en 2006, et qu’a semblé confirmer M. Lieberman, à l’occasion d’une cérémonie pour les soldats pendant la fête de Souccot. « En ce qui concerne le front libanais, nous ne pouvons plus dorénavant parler du Hezbollah seulement. Nous parlons du Hezbollah et de l’armée libanaise, c’est regrettable mais c’est la réalité ».


25 000 combattants

Quelles sont les intentions du Hezbollah ? « Le Hezbollah ne souhaite pas voir de conflit éclater actuellement, étant donné qu’il cherche encore à consolider ses avoirs en Syrie et à poursuivre ses entraînements au Liban », note le rapport. « Cependant, ses actions et sa propagande suggèrent qu’ils envisagent avec certitude de se battre avec Israël à un moment donné ». Le chef du mouvement, Hassan Nasrallah, a menacé, début octobre, les Israéliens du « prix très élevé » qu’ils paieraient « pour ces politiques stupides » du gouvernement de Binyamin Netanyahou. A l’évidence, le mouvement se prépare au prochain round avec Israël. Selon le général anglais Richard Dannat, membre du High Level Military Group, le Hezbollah ne peut plus être classé aujourd’hui dans la catégorie des organisations de type guérilla, mais doit être pensé, à peu de choses près, comme « une force militaire standard, avec une chaîne de commandement clair et une instrastructure ». On estime ses forces combattantes à 25 000 hommes, dont certains ont bénéficié d’une formation auprès de cadres iraniens membres des Gardiens de la révolution. Selon le Jerusalem Post, l’Iran verserait chaque année  800 millions de dollars au mouvement chiite. De quoi étoffer son arsenal : 100 000 roquettes dont quelques centaines ont une portée dépassant les 250 kilomètres, des armes anti-tanks perfectionnées, des véhicules blindés ou encore des lunettes à vision nocturne. Pendant l’été, le général Amir Eshel révélait qu’une centaine de frappes avaient été menées par l’aviation israélienne depuis 2012 afin d’éviter l’acquisition de matériels stratégiques par le Hezbollah. Mercredi soir 1e novembre, une frappe israélienne a bombardé un dépôt d'armes de la milice chiite en Syrie, au sud de la ville de Homs. A l’évidence, la « troisième guerre du Liban » aura un coût humain plus élevé qu’en 2006, notamment pour la population civile. 

Appelant les Etats-Unis et l’Union européenne à renforcer leur pression sur Hassan Nasrallah, les auteurs du rapport ont dû se féliciter du vote, le 25 octobre, par la Chambre des représentants américains de trois amendements visant le Hezbollah. Outre l’élargissement des sanctions financières aux personnes physiques ou morales liées au mouvement, les parlementaires appellent la Maison Blanche à exiger du Conseil de sécurité de l’ONU des sanctions internationales contre le Hezbollah et à l’UE de classer l’organisation, dans son ensemble, comme terroriste. Un statut prévu par la législation américaine depuis 1997. 

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