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19 Novembre 2017 | 1er, Kislev 5778 | Mise à jour le 17/11/2017 à 12h11

25 novembre - Chabbat Vayétsé : 16h43 - 17h53

Rubrique Culture/Télé

Olivier Guez : « Mon livre est le récit d’une longue agonie » (Prix Renaudot 2017)

« La Disparition de Josef Mengele », paru chez Grasset, raconte la vie de celui que l’on surnomme le médecin de la mort. Avec une écriture clinique, froide, l’écrivain Olivier Guez décrit ses trente années de cavale en Amérique du Sud.

Actualité Juive : Tout au long du livre, Josef Mengele est appelé « Gregor », le prénom qu’il a emprunté durant la deuxième partie de sa vie en Amérique latine. Pourquoi ce choix ? Cela a-t-il un lien avec le célèbre personnage de Kafka dans « La Métamorphose »?

Olivier Guez : J’ai voulu assumer ce changement d’identité. Cela met en perspective cette espèce de schizophrénie du fugitif qu’il est, lui qui croit pouvoir s’inventer une nouvelle vie à Buenos Aires. Je voulais que la narration soit fidèle à la réalité : c’est un moyen très simple de montrer la précarité de l’identité lorsqu’on est en cavale. Le fait que Grégor s’appelle comme le personnage de Kafka dans « La Métamorphose » est une excellente remarque que je me suis faite après la sortie de l’ouvrage. D’autant que dans l’une des premières scènes du livre, un cafard jaillit par hasard d’une bouche d’aération, mais tout cela était véritablement inconscient. Mengele n’a pas pu faire ce rapprochement non plus, car il ne pouvait pas avoir lu Kafka à cette époque. Il a pris  le nom de l’homme qui se transforme en cafard et c’est un heureux hasard car Mengele incarne aussi cette transformation. Au fur et à mesure que se déploie sa vie, il montre ce qu’il peut y avoir de plus médiocre et de plus petit.


A.J.: Votre livre se déploie dans une écriture clinique. Pour raconter la vie de Mengele, vous avez échappé à la révolte, au dégoût, à tout ce que peut inspirer un tel personnage... 

O. G. : Ce ton était pour moi le seul possible. L’histoire de Mengele n’a aucunement besoin d’être surlignée, chacun sait que l’ancien médecin tortionnaire d’Auschwitz est le symbole de la monstruosité nazie. Pour raconter son parcours, je voulais quelque chose de sec, d’âpre, car les faits se suffisent à eux-mêmes. Le lecteur est suffisamment intelligent pour ressentir les choses, il n’a pas besoin qu’on le prenne par la main. Raconter cette histoire de façon clinique a été le fruit d’une longue réflexion et c’est à mon sens beaucoup plus fort de le faire ainsi. Je n’ai pas voulu me mettre en scène, faire part de mes sentiments, je voulais mettre de la distance et aller droit au but. Il faut se protéger de Mengele, c’est un être nocif et vertigineux avec lequel il a fallu que je passe trois ans pour écrire ce livre. Il n’était pas question de devenir sa marionnette. Il a fallu réfléchir à savoir comment au contraire, devenir le marionnettiste de cet homme. Il se trouve que son histoire permettait cette distance, parce que les faits se suffisent, la fin de sa vie est terrible. C’est le récit d’une longue agonie.



« Il faut se protéger de Mengele, c’est un être nocif et vertigineux »

A.J.: Votre livre se présente sur la couverture comme un « roman » et vous racontez la vie d’un personnage historique. Quelle est la part de vérité et la part de fiction dans ce livre ?

O. G. : Ce livre n’est pas un roman historique, dans le sens où le roman historique peut, s’il n’est pas maîtrisé, devenir une sorte de bal masqué. Or dans mon livre, il y a assez peu de description. Il y a des verbes, des actions qui s’enchaînent. Il n’y a pas de dialogue car je ne voulais pas donner vie aux personnages. Tout est fondé à la manière de la non-fiction novel, comme dans « De sang-froid » de Truman Capote. C’est un personnage historique, en l’occurrence Mengele, qui est utilisé comme objet littéraire.   Il y a quelques éléments de fiction, mais ils sont sans importance. Aucune vérité historique n’a été déformée dans ce livre. L’Allemagne, l’Amérique du Sud, l’après-guerre, sont des thèmes sur lesquels je travaille depuis une dizaine d’années, comme par exemple lors du dernier film que j’ai co-écrit, « Fritz Bauer ».


Olivier Guez, « La Disparition de Josef Mengele »,  Grasset, 240 pages, 18.50 euros

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