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16 Décembre 2017 | 28, Kislev 5778 | Mise à jour le 14/12/2017 à 14h19

Rubrique France/Politique

Samuel Sandler : « J'ai appris des choses terrifiantes pendant le procès »

Capture d’Ecran BFMTV

De sa voix posée et avec la même dignité qui n'a cessé de l'accompagner depuis la perte de son fils et de deux de ses petits-enfants dans l'attentat contre l'école Ozar Hatorah de Toulouse en 2012, Samuel Sandler livre le bilan de cinq semaines d'un procès historique.

Actualité Juive : A quoi avez-vous pensé au moment où le président de la cour d’assises a rendu son verdict jeudi dernier ? 

Samuel Sandler : Je ne suis pas un habitué des cours d’assises. C’était la première fois. Au fur et à mesure de la présentation des attendus relatifs à l'association de malfaiteurs terroriste criminelle, auxquels le président répondait par l’affirmative, j’étais assez satisfait. J'ai été d'autant plus étonné de voir, au bout du réquisitoire, que la complicité d’assassinats n’avait pas été retenue. J’en ai été troublé. J’aurais préféré la perpétuité parce que je n’avais pas l’ombre d’un doute qu’il a été le maître à penser de son frère, comme l'ont confirmé au procès les témoignages de professionnels des renseignements intérieurs.


A.J.: Vous félicitez-vous du pourvoi en appel ? 

S.S. : En la matière, je me fie à mes conseils qui en sont satisfaits. Depuis le début, mon souhait était qu’au 2 novembre au soir, on n’entende plus parler de cette famille, comme un déchet sur lequel on tirerait la chasse d’eau. Mais je sais, en même temps, que ce mois d’audience a permis de parler de mon fils Jonathan, de mes deux petits-fils, Arié et Gabriel. Peut-être aussi qu’un nouveau procès me permettra de continuer à parler d’eux. Ma crainte a toujours été que les victimes tombent dans l’oubli au lendemain du verdict. 


A.J.: Qu’attendiez-vous de ce procès ? 

S.S. : Quand j’ai accordé mes premières interviews avant le procès, je disais que, dans un Etat de droit, même les pires criminels avaient le droit d’être défendus. Mais en même temps, leur accorder un procès, c’était leur accorder une étincelle d’humanité, ce que j’ai toujours refusé de faire. Jamais le frère et la mère de l’assassin n’ont exprimé le moindre regret. Jamais. Pendant le procès, j’ai appris des choses terrifiantes. J’ai entendu un témoin exposer qu’à Ozar Hatorah « c’était une exécution de 21 secondes ». Un autre que le tueur obéissait à des ordres. Et puis, je ne savais pas que mon fils Jonathan s’était interposé pour protéger ses enfants. Ce sont les enfants que le terroriste visait. Tout cela, je l’ai découvert. Ca m’a fait assez mal. 



« Une execution de 21 secondes »


A.J.: Vous étiez-vous préparé à la rencontre physique avec les membres de la famille Merah ?

S.S. : J’avais indiqué, lorsque les parties civiles avaient été reçues en amont du procès, que je ne souhaitais pas être présent quand la mère [Zoulikha Aziri, NDR] serait auditionnée. Le matin déjà, cela avait été une épreuve de voir le frère, de suivre son arrivée dans la salle, son regard méprisant. Mais je ne savais pas que la mère allait être entendue le 18 octobre. Quand je l’ai vue arriver, c’est sorti du fond de moi. Je l’ai insultée. C’était insoutenable. Je suis également parti avant la fin de l’audition d’Abdelghani, l’autre frère du prévenu, pour éviter qu’il vienne me serrer la main. 


A.J.: Avez-vous été blessé par certains mots prononcés par l’avocat Eric Dupont-Moretti au cours du procès ? 

S.S. : Non, pas blessé. Il a voulu faire des effets plus qu’autre chose. Je lui reproche une maladresse lorsqu’il a parlé de la mère [« C’est la mère d’un accusé et d’un mort », avait déclaré l’avocat pendant l’audition, NDR]. Il est venu me voir par la suite pour me dire que son témoignage n’avait aucun intérêt car elle mentait comme un arracheur de dent. 


A.J.: Pensez-vous déjà à l’après-procès ? 

S.S. : Ma belle-fille a fondé un kollel à Jérusalem à la mémoire de mon fils Jonathan et de ses deux fils. Un square a été créé à Jérusalem par ma sœur et la municipalité, un autre à Versailles. Après Sarcelles, une plaque sera bientôt posée dans le collège Georges Brassens, dans le 19e arrondissement de Paris. C’est une manière de perpétuer leur mémoire. J’espère que d’autres squares verront le jour. Un square, c’est là où jouent les enfants. C’est l’avenir. 

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