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11 Décembre 2017 | 23, Kislev 5778 | Mise à jour le 10/12/2017 à 13h04

16 décembre - Chabbat Mikets : 16h36 - 17h49

Rubrique Israël

Israël face à la nouvelle donne syrienne

(Flash90.)

Le gouvernement Netanyahou peine à ralentir le renforcement des intérêts iraniens en Syrie.

L’avenir de la Syrie et son corolaire, l’expansion iranienne en Méditerranée, font figure aujourd’hui de priorité stratégique de l’Etat d’Israël, coiffant même peut-être l’épineuse question du programme nucléaire de Téhéran. Dernier signe de cette évolution, le projet du ministre de la Défense, Avigdor Lieberman, de solliciter une rallonge budgétaire de 4,8 milliards de shekels (1,16 milliard d’euros) sur trois ans. 

« La région a connu des infléchissements spectaculaires qui nous ont conduits à réclamer un budget additionnel », a affirmé M. Lieberman, confronté à l’opposition du ministre des Finances, Moshé Kahlon (Koulanou), indisposé à remettre en cause le compromis signé aux forceps en 2015. L’accord avait assuré à l’armée la mise en place d’un plan quinquennal (« Guideon ») en échange d’un gel des dépenses supplémentaires. Mais c’était sans compter sur les « nouvelles menaces ».

Comme semble désuète la « prophétie » de l’ancien ministre Ehoud Barak annonçant, en décembre 2011, que « la famille Assad […] disparaîtra en l’espace de quelques semaines ». Au prix de plusieurs centaines de milliers de morts et de disparus, Bachar El Assad contrôle toujours Damas,

Certes les capacités de nuisance à l’égard de son voisin israélien demeurent limitées, selon l’historien militaire Pierre Razoux.

« Il faudra plusieurs années avant que l’armée syrienne ne redevienne une menace militaire potentielle pour Israël. Le pouvoir syrien est fragilisé et épuisé », analyse pour Actualité juive le chercheur dont l’étude sur « La guerre Iran-Irak » vient d’être réédité chez Perrin. « Le risque pointé par certains responsables sécuritaires israéliens est plutôt celui de transfert d’armements sophistiqués de l’armée syrienne soit à des milices chiites soit au Hezbollah. »

   Les Israéliens sont particulièrement préoccupés par le désintérêt relatif américain de ce dossier et les gages russes accordés à l’Iran. Un entretien téléphonique s’est tenu le 21 novembre entre Binyamin Netanyahou et Vladimir Poutine qui estime la présence au sol de l’Iran et de ses alliés indispensable pour assurer la pérennité du pouvoir de leur allié Assad, reçu la veille à Sotchi pour souligner sa dépendance. Deux jours plus tard, le président iranien Hassan Rohani, accompagné de son homologue turc Recep Tayyip Erdogan, était reçu en grande pompe par le chef d’Etat russe. 


Les Israéliens sont particulièrement préoccupés par le désintérêt relatif américain de ce dossier


C’est à l’aune de cette coopération, non dénuée toutefois de divergences, qu’il faut lire la déclaration du chef de la diplomatie russe, Serguei Lavrov, le 15 novembre, estimant « légitime » la présence pro-iranienne en Syrie que les Russes ne chercheraient pas à remettre en cause. La sortie a été interprétée dans les milieux sécuritaires israéliens comme une confirmation des difficultés posées par l’accord tripartite signé début novembre par les Etats-Unis, la Russie et la Jordanie. Celui-ci prévoyait que les troupes étrangères en Syrie méridionale (experts iraniens, miliciens chiites, Hezbollah) pourraient être autorisées à stationner entre 7 et 20 kilomètres de la frontière israélienne. Une situation intolérable pour le gouvernement Netanyahou qui tablait sur un retrait à 40, voire 60 kilomètres derrière la ligne de démarcation et qui a indiqué ne pas être engagé par ce texte. 

Si pour M. Lieberman « il n’y a pas de force militaire iranienne sur le sol syrien mais seulement quelques conseillers et experts iraniens », l’établissement d’une base militaire iranienne, à moins de cinquante kilomètres du Golan, serait perçu comme un casus belli pour Jérusalem. Selon la chaîne israélienne Hadashot, Binyamin Netanyahou aurait récemment menacé Bachar El Assad, via un tiers, de sortir de sa politique de non-intervention dans le conflit syrien si le régime alaouite appelait les Iraniens à maintenir leur présence dans le pays à l’issue de la guerre. Des discussions sont en cours entre Damas et Téhéran, notamment en vue de la location pour cinquante ans d’une base navale en Méditerranée et de l’établissement de bases militaires en Syrie. Le président syrien hésiterait néanmoins à satisfaire aux desiderata iraniens, affirme le Times of Israel, inquiet de la réaction en chaîne qui résulterait de cet accord côté israélien. « Il semble que le temps soit venu où Israël, s’il veut stopper l’influence et la consolidation iranienne en Syrie, devra devenir plus activement engagé dans le bourbier syrien », estime les chercheurs Udi Dekel et Zvi Magen dans une note de l’Institut de recherche en sécurité nationale (INSS), basé à Tel-Aviv. 

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