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16 Décembre 2017 | 28, Kislev 5778 | Mise à jour le 14/12/2017 à 14h19

Rubrique Judaïsme

Parachat Vayétsé : Deux sœurs, deux destins

Elles sont au cœur de notre paracha mais leur discrétion peut nous faire oublier qu’elles incarnent, autant que Yaakov, des idées fondamentales du judaïsme. Il s’agit de Ra’hel et Léa, les deux épouses de Yaakov dont les personnalités respectives nous rappellent des concepts déterminants de la vie juive.

Pour comprendre ce qui va suivre, il faut garder en tête l’idée que les personnages bibliques ne sont pas seulement des « acteurs historiques ». Chacun d’entre eux véhicule aussi des concepts philosophiques et spirituels à travers leurs actes ou leurs paroles mais pas comme un homme politique ou un philosophe qui auraient des idées sur tel ou tel problème. C’est bien plus que cela. Dans la Thora, la pensée d’un individu est unie avec son corps et sa physionomie. Ainsi, il sera possible de comprendre une idée avec un détail de sa personne physique. L’idée ne viendra pas se rajouter à l’individu : elle sera partie intégrante de sa personne. Et c’est ce nous allons voir aujourd’hui.

Au-delà du sens simple
Lorsque la Thora nous décrit qui étaient Léa et Ra’hel, les filles de Lavane, l’oncle de Yaakov, elle nous donne deux détails physiques de leur personnalité : « Les yeux de Léa étaient ternes alors que Ra’hel était belle par les traits et l’éclat de son visage » (1). Rachi remarque cette précision au sujet de Léa et nous dit que Léa avait les yeux ternes parce qu’elle pleurait, pensant qu’elle était destinée à son cousin Essav. Au-delà du sens simple, que vient nous apprendre le texte ? La Tradition, à travers de nombreux ouvrages, nous enseigne qu’il existe deux types de service de D.ieu : celui des Tsaddikim, des Justes, et celui des Baalé Téchouva, ceux qui s’éloignent de la faute. Et c’est cette dualité qui se retrouve ici. Ra’hel est présentée comme une femme belle, allusion au service de D.ieu du Tsaddik, absent de toute trace de faute. Léa, en revanche, renvoie à l’idée de Baal Téchouva qui pleure sur son passé (2). Il est d’ailleurs remarquable de retrouver cette distinction chez leurs enfants : les enfants de Ra’hel sont Yossef et Biniamine dont les territoires respectifs accueilleront le Michkane de Shilo et le Temple de Jérusalem, lieux donc, d’une grande sainteté. Quant aux enfants de Léa, leur vie sera marquée par le repentir (la Téchouva) pour la faute de la vente de Yossef.

Un lien essentiel

Toutes ces précisions, importantes pour comprendre la profondeur du texte, nous permettrons de clarifier deux situations parfois mal perçues. La préférence de Yaakov pour Ra’hel est souvent appréhendée dans une perspective « romanesque » : Yaakov le grand Tsaddik, décrit aussi comme un homme « beau », est séduit par la beauté de Ra’hel. Bien évidemment, on ne peut réduire cette proximité à une évocation strictement physique. Yaakov s’attache à Ra’hel car tous deux souscrivent au même service de D.ieu où la pureté intérieure se traduit par une beauté physique. Tous deux sont des Justes liés spirituellement dont la beauté physique n’est qu’une conséquence très lointaine et très secondaire de ce lien. Un autre verset mérite une clarification. Yaakov épousa Ra’hel et Léa et un verset (3) précise que Yaakov aima plus Ra’hel que Léa. Là aussi, il ne faut pas se méprendre. Il ne s’agit pas d’amour primaire entre un homme et une femme. Yaakov aimait Ra’hel parce qu’encore une fois, lui et elle appartenaient au même registre spirituel. Retenons de cette réflexion qu’il faut toujours s’efforcer d’approfondir un texte si l’on veut le comprendre dans sa dimension profonde. Sans pour autant négliger l’étude de Rachi qui bien souvent, comme ici, contient en elle une transcendance exceptionnelle.

Notes
(1)  Parachath Vayétsé, chap. 29, verset 17
(2) Léa n’a pas commis de faute mais elle symbolise un degré où l’on passe du bien au mieux, donc de la transformation
d’une étape élevée à une étape plus élevée, ce qui est aussi une forme de Téchouva.
(3) Parachath Vayétsé, chap. 29, verset 30

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