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15 Décembre 2017 | 27, Kislev 5778 | Mise à jour le 14/12/2017 à 14h19

Rubrique Judaïsme

Parachat Vaychlah : Une mission authentique

(Illustration : Gustave Doré)

A la lecture des versets nous décrivant la création du monde, D.ieu donne à l’homme le but qui lui est assigné : «…Fructifiez, et multipliez. Puis remplissez la terre et faites-en la conquête (1). Quatre ordres qui trouvent leur expression au tout début de notre paracha avec les mots « Yaakov envoya » (Vaychla’h Yaakov) : le Juif est envoyé sur terre pour changer le monde et notamment ses forces hostiles à la sainteté, symbolisées par Essav (Esaü) le frère de Yaakov.

Les quatre ordres donnés au premier homme peuvent se lire sur un plan spirituel : tout d’abord faire des fruits, c'est-à-dire faire en sorte que des hommes éloignés de toute spiritualité puissent être touchés par le judaïsme que nous les invitons à découvrir. Ils seront nos fruits. Mais il ne faut pas s’arrêter là. Il faut multiplier cette démarche auprès de nombreux Juifs, c’est-à-dire ne pas se contenter d’une action minime. Quant à l’ordre de remplir la terre, il évoque l’idée que les valeurs du judaïsme doivent être diffusées même au-delà de notre environnement immédiat, au point d’imprégner le monde entier. Enfin, faire la conquête de la terre, signifie, au-delà d’une simple diffusion, convaincre le monde entier que les valeurs de la Tradition juive véhiculent en elles, des directives capables d’apporter le Bien à l’humanité.


Faire corps avec le Créateur


Cette mission confiée à chaque Juif peut se décliner sur deux niveaux. D.ieu nous envoie dans ce monde et nous diffusons le judaïsme. Mais on ne sent pas chez l’envoyé (le Juif) qu’il est envoyé par D.ieu. Il accomplit sa mission parce qu’il a été créé pour cela et se contente, en fait, de faire ce que D.ieu lui demande. Mais le Juif touché par cet émissaire ne voit chez lui que la conformité à une mission qui lui a été confiée. Sans plus. Parce que la mission confiée par D.ieu accomplie d’une manière authentique va plus loin : l’envoyé est tellement investi dans sa mission qu’il fait littéralement corps avec celui qui l’envoie (D.ieu). On verra alors chez lui la Présence de D.ieu sur son visage, dans ses paroles et ses faits et gestes.


Refus du compromis


Ajoutons deux paramètres pour comprendre et assumer la mission divine confiée à chaque Juif par le Créateur. D’aucuns pensent que le monde qui s’impose à nous doit nous contraindre à faire des compromis avec notre judaïsme : modifier la Thora et se soumettre aux codes du monde faciliteraient peut-être la réussite de notre mission ? Notre paracha vient nous enseigner le contraire. Après plus de trente-cinq ans de séparation, Yaakov va rencontrer son frère Essav. Ce dernier veut le tuer alors que Yaakov veut apaiser son frère, voire l’intégrer dans le monde de la sainteté. Ici, par crainte ou par la recherche d’un compromis, Yaakov aurait pu renoncer à son judaïsme. Non seulement, il ne prendra pas cette voie, mais il affichera son intégrité dans un message qu’il adresse à son frère : « Chez Lavane, chez qui j’ai séjourné vingt ans, je suis resté fidèle à la Thora sans jamais abdiquer l’enseignement de mes Pères». C’est dans cet esprit que D.ieu envoie chacun d’entre nous dans ce monde. Et comme le texte le prouvera, Essav, au final, sera «dévitalisé » devant son frère: sa haine aura disparu, transformant sa volonté belliqueuse en empathie pour son frère. Et c’est là, l’explication du second paramètre : avec toute mission confiée au Juif, D.ieu donne la force de la réussir. A condition d’assumer pleinement la raison d’être de notre descente sur terre. 


Note

  1. Béréchith, chap. 1, verset 28
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