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13 Décembre 2017 | 25, Kislev 5778 | Mise à jour le 12/12/2017 à 17h23

16 décembre - Chabbat Mikets : 16h36 - 17h49

Rubrique Judaïsme

Mikael Journo : Ce n'est pas moi ,c'est l'autre !

(DR)

Les pespectives de la semaine par Mikael Journo, Rabbin de Chasseloup laubat, Secrétaire général de l'association des rabbins français, Aumônier général des hôpitaux de France.

Quotidiennement nous sommes confrontés à des situations de déni . Un enfant commet une bêtise, nie l'avoir commise en prétextant qu'il n'était pas présent et que ce n'est pas lui .
 Il inventera  toutes les raisons possibles et imaginables pour ne pas assumer ce que d'autres l'auront vu faire .
 Reconnaître sa faute est parfois bien difficile même si celle-ci est véniel .
Suite au décès de l'un des membres d'un couple, le conjoint refuse sa disparition et vit comme si l'autre était     toujours vivant.
Ainsi, il peut lui préparer son petit-déjeuner, faire des repas pour deux, etc.
Ce type de situation, parfois pathologique, constitue un refus de percevoir la réalité, cette dernière devient insupportable à vivre.
Une autre face du déni de la réalité c'est celle qui nie la souffrance de ceux qui ont été des victimes et leur conteste leur histoire personnelle ou collective, leur vécu, leur souffrance et leur statut.
Cette démarche cruelle, inhumaine et honteuse que l'on retrouve dans le cadre des génocides concerne des individus que la haine pousse à chercher dans la vérité des points de détails erronés qu’ils utilisent pour remettre en cause des faits historiques avérés.
Ce type d'imposteurs ajoutent au malheur des victimes, la violence de ne pas reconnaître ce qu'ils ont subi.
Ces situations de faussaires de l'histoire sont à l'oeuvre concernant la Shoah, le génocide arménien ou celui  des Tutsi. Si on peut comprendre, voire trouver des excuses au déni de celui ou celle qui a commis une faute il n’en est pas de même pour ceux dont la haine est le seul moteur. Dans le judaïsme on trouve de nombreuses manifestations de déni. Il existe en particulier deux exemples dont la Thora et les sages d'Israël se font à profusion l'écho.
Le premier exemple (Genèse 3,9) fait suite à la consommation par Adam et Eve du fruit défendu.
L’Eternel D. appela l'homme et lui dit « AYÉKA où es-tu ? » et Rashi  de commenter " D.  savait où il se trouvait  mais c'était pour engager la conversation avec lui afin qu'il ne s'effraie pas au point de ne pas pouvoir répondre au cas ou D.  lui aurait annoncé immédiatement sa punition" et Rashi de poursuivre ; « Il en sera de même avec Cain (qui après avoir assassiné son frère Abel), D. demande « hé hévél -où est Abel ton frère" ? » Ces différentes entrées en dialogue du divin  avec ses interlocuteurs s'expliquent par la volonté de leur donner  la possibilité de s'amender, de reconnaître leur faute et d'éviter qu’ils ne s'installent  dans une posture de déni.
La question de D. nous interroge aussi sur la possibilité pour un homme d'être pris en faute, d'assumer sans crainte la faute commise ;il faut beaucoup de courage d'une part de prendre conscience d'une faute ou du mal commis et en plus l'assumer .Il faut pour cela une capacité de clairvoyance d'un très haut niveau .
Ce qui est plus gênant c'est que Adam refuse d'endosser sa part dans  la faute  et  rejette  la responsabilité sur les autres c'est-à-dire dans l'ordre : D.ieu ,de lui avoir donné pour épouse Eve (Tal.A.Z 5b) et celle-ci de l'avoir incité à consommer le fruit interdit. Tous sont donc coupables sauf lui !
 Eve de la même façon s'en exonère en accusant le serpent !
Concernant Cain, il  répond à la question divine en ces termes  :"Je ne sais pas .Suis-je le gardien de mon frère ?" en d'autres termes selon Rashi, Cain s'enferme dans une posture de déni, s'imaginant qu'il peut tromper D. en affirmant qu'il ne sait rien, qu'il ne sait pas où se trouve  son frère.
Il va plus loin : « Suis-je le gardien de mon frère ? », se comprend, selon le Midrach Tanhouma 9, « c'est à toi D. qu'il convenait de protéger mon frère, pourquoi ne l'as -tu pas protégé ?».
On le voit à travers ces deux exemples bibliques, l'homme a souvent tendance à vouloir occulter la vérité  en refusant toute responsabilité personnelle pour se protéger.
Il peut s'il le veut ,s'améliorer  et se bonifier par la pratique sincère  des Mitsvot et l'étude approfondie de la Thora .

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