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11 Décembre 2017 | 23, Kislev 5778 | Mise à jour le 10/12/2017 à 13h04

16 décembre - Chabbat Mikets : 16h36 - 17h49

Rubrique Moyen-Orient/Monde

L’Amérique de Trump face au terrorisme

(Wikipedia)

L’attentat de New York a mis en lumière les facettes du danger djihadiste sur le sol américain.

« Celui qui répond avant d’écouter fait voir qu’il est insensé et digne de confusion », assure le roi Salomon dans le Livre des Proverbes. Une mise en garde à laquelle est visiblement peu sensible Donald Trump. Pour qualifier l’assaillant qui a tué, le 31 octobre, huit personnes et blessé onze autres sur une piste cyclable du sud de Manhattan, le président américain a d’abord évoqué, sur Twitter une « personne malade et déséquilibrée ». Puis, une heure plus tard, avec une légèreté dont il est coutumier, il a repris à son compte l’option terroriste suivie par les enquêteurs. « Nous ne devons pas permettre à l’Etat islamique de revenir ou d’entrer dans notre pays après les avoir vaincus au Moyen-Orient et ailleurs. Assez! », commentait M. Trump. 

Sa première mesure post-attentat ? L’annonce d’un renforcement des contrôles migratoires. Le fait que l’Ouzbékistan, d’où est arrivé Sayfullo Saipov en 2010, ne compte pas parmi les Etats ciblées depuis le début de son mandat par les décrets anti-migratoires du président républicain, tous retoqués par la justice, passerait presque pour un détail au regard de l’erreur globale d’analyse de la nature « locale » du terrorisme qui touche le territoire américain, selon le chercheur au Washington Institute, Matthew Levitt.  « D’après un rapport de mars 2017 du Département de la sécurité intérieure, la plupart des extrémistes violents nés à l’étranger et installés aux Etats-Unis se sont radicalisés plusieurs années après leur entrée aux Etats-Unis », estime-t-il dans une note récente. 

A la différence de la fusillade dans une église baptiste du Texas (vingt-six morts), le 5 novembre, dont l’origine serait un différend familial, l’enquête sur le premier attentat meurtrier à New York depuis 2001 démontre le processus de radicalisation islamiste du terroriste. L’origine du plan remonterait à un an. Le modus operandi (une attaque à la voiture-bélier), le choix d’une cible aussi symbolique que Manhattan, à proximité du World Trade Center, et le matériel de propagande djihadiste retrouvé dans les téléphones inscrivent l’action dans la lignée des opérations terroristes de basse intensité privilégiées par l’Etat islamique pour semer la terreur, en dépit de moyens opérationnels très limités. Décimée en Syrie et en Irak, l’organisation d’Abou Bakr Al Baghdadi a reconnu dans la foulée le terroriste comme un de ses « soldats », d’après le centre américain spécialisé SITE. Le drame n’aura pas eu pourtant raison des célébrations d’Halloween, confirmant ainsi la résilience psychologique des Américains qui sont de plus en plus nombreux néanmoins à défendre, à titre individuel, une « résistance armée » face à la terreur, selon Annick Cizel. 


Processus de radicalisation

Maître de conférences à l’université Sorbonne-Nouvelle Paris 3, elle voit dans la lutte contre le terrorisme « le seul intangible » de la diplomatie souvent chaotique de Donald Trump, depuis l’élection du 8 novembre 2016. « Il s’agit pour l’administration Trump, au-delà de son président, de mettre en pratique une politique de coalition régionale sans leadership américain visible mais avec une participation sur le terrain néanmoins renforcée. L’offensive contre Daech en Irak et en Syrie montre un interventionnisme des forces spéciales doublé d’un appui aérien tangible qui nie définitivement les velléités d’isolationnisme prétendues pendant la campagne », analyse pour Actualité juive la spécialiste de politique étrangère américaine. « Dans le même temps cependant, on note une volonté d’impliquer certains acteurs régionaux, telle l’Arabie Saoudite, à la fois dans l’action et dans la diplomatie de gestion des crises au Moyen-Orient ». 

Erigée au rang de priorité absolue, la politique antiterroriste de l’administration républicaine ne se singulariserait pas en fait de celle menée par Barack Obama, en matière de lutte contre Daech ou Al Qaïda. Pour Marc Hecker, contributeur d’une étude de l’Institut français de relations internationales consacrée à l’an un de la présidence Trump, la rupture porterait plutôt « dans des prises de position face à des acteurs étatiques », en particulier le Qatar et l’Iran.

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