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15 Décembre 2017 | 27, Kislev 5778 | Mise à jour le 14/12/2017 à 14h19

Rubrique Moyen-Orient/Monde

L'apprenti sorcier saoudien

Le prince héritier d’Arabie Saoudite,Mohammed Ben Salman.(Wikipedia)

Le prince héritier d'Arabie Saoudite a décidé de rebattre les cartes du Proche-Orient et de se dresser contre l'Iran. Avec quels risques pour Israël ?

Mohammed Ben Salman est en train d'imprimer sa marque sur l'Arabie Saoudite, bien au-delà des mesures ultra-médiatisées qu'il a annoncées en faveur des femmes de son pays. A l'intérieur, le jeune prince héritier a entrepris de purger la caste dirigeante de tout ce qui pourrait le freiner sur sa route vers le pouvoir, dont son père le roi Salman, âgé et malade, n'est plus que le détenteur en titre. A l'extérieur, il a décidé de se poser en adversaire déclaré de l'Iran. Du jamais vu dans le royaume arabe, où l'on a toujours privilégié le compromis discret et la manipulation en coulisses. 

A ce titre, le feuilleton rocambolesque entamé au début du mois par l'annonce de la démission du Premier ministre libanais ferait presque sourire, s'il n'avait des potentialités explosives. Saad Hariri a-t-il fui le Hezbollah ou est-il prisonnier de l'Arabie Saoudite ? Qu'il ait été délibéré ou dicté par le royaume saoudien, le départ de Beyrouth du chef du gouvernement sunnite bouleverse une nouvelle fois la donne libanaise, entraînant nécessairement des conséquences pour Israël. Le Premier ministre libanais, musulman sunnite et accessoirement ressortissant d'Arabie Saoudite, où il a vu le jour, a toujours été un pion de Riyad. L'arrangement passé en 2016 avait en apparence rendu la stabilité politique au Liban, où le pouvoir se partageait désormais entre un Premier ministre sunnite, une présence du Hezbollah chiite dans la coalition et un Président chrétien maronite, même si Michel Aoun est l'homme du Hezbollah. 

Alors quel intérêt pour Riyad d'exposer l'évidence d'un Liban sous la coupe iranienne ? Obliger le Hezbollah à assumer ouvertement son rôle de supplétif de l'Iran, quitte à déclencher un nouveau chaos politique dans le pays ? Obtenir un partage du pouvoir plus favorable aux sunnites ? Dans tous les cas de figure, cela implique une reprise de la violence. Difficile d'imaginer que l'éventualité n'ait pas traversé l'esprit de Ben Salman. Difficile aussi de croire que le prince héritier n'ait pas envisagé que le Hezbollah puisse retourner cette violence contre Israël, comme il le fait toujours quand il doit justifier sa légitimité auprès des Libanais, mais cette fois avec une possible implication de l'Iran, désormais installé en Syrie. 


Une possible implication de l’Iran, désormais installé en Syrie

L'Arabie Saoudite chercherait-elle une guerre par procuration contre l'Iran en opposant le Hezbollah et Israël, pour retirer ensuite les marrons du feu, comme le suggérait récemment l'ancien ambassadeur américain en Israël Dan Shapiro ? Le scénario doit être considéré. Hassan Nasrallah, le chef de l'organisation chiite, a d'ailleurs fait la même analyse dans son discours du 10 novembre. Quant aux dirigeants israéliens, ils se murent dans un silence prudent.

Que l'Arabie Saoudite ne soit pas hostile à un rapprochement avec Israël - déjà engagé sur fond de lutte commune contre la menace iranienne – ne signifie pas pour autant que son actuelle manœuvre sur la scène libanaise soit d'une quelconque manière coordonnée avec Israël. Bien au contraire. L'affaire Hariri a pris les responsables israéliens par surprise. Que le prince héritier Ben Salman ait le projet d'une normalisation future avec Israël comme moyen d'accroître son influence régionale est de l'ordre du possible. Mais le futur souverain saoudien reste aussi imprévisible que les coups de théâtre qui peuvent encore s'abattre sur la région. 

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