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15 Décembre 2017 | 27, Kislev 5778 | Mise à jour le 14/12/2017 à 14h19

Rubrique Moyen-Orient/Monde

Comment Macron cherche à peser dans la crise libanaise

Au cours du week-end dernier, le président français s’est entretenu par téléphone avec plusieurs dirigeants étrangers, notamment les présidents américain et égyptien, Donald Trump et Abdel Fattah Al Sissi.

Après avoir reçu Saad Hariri samedi, le président français espère jouer les médiateurs entre Saoudiens et Iraniens.

« Le premier coup d’Etat diplomatique au Moyen-Orient » d’Emmanuel Macron : à l’instar du site Libnanews, les médias libanais ont salué la réception à Paris de Saad Hariri, samedi 18 novembre. En accueillant le premier ministre libanais, qui a présenté sa démission dans des conditions troubles, le 4 novembre, depuis Riyad, le chef d’Etat français réalise une percée dans un dossier explosif qui réactive les clivages interconfessionnels sunnites-chiites aussi bien au Liban qu’à l’échelle de la région. La médiation française vise à éviter une escalade entre Saoudiens et Iraniens, et leurs alliés respectifs, dont la principale victime serait le Pays du Cèdre. Elle offre également l’occasion à la diplomatie macronienne de reprendre la main alors que les dernières initiatives françaises dans la région, notamment en vue de la mise en place d’un « groupe de contacts » pour trouver une sortie de crise en Syrie, n’ont pas rencontré le succès escompté. 
« Ahlan wa sahlan » ! Bienvenue à Paris », lançait Emmanuel Macron, sur Twitter, au moment de recevoir son hôte. Depuis le début de la crise, l’ancienne puissance mandataire active ses réseaux pour faire redescendre la tension. Il faut dire que le président de la République ne manque pas de spécialistes du Pays du Cèdre dans son entourage. Si la nomination à la tête de la Direction de la Sécurité extérieure (DGSE) de Bernard Emié, ancien ambassadeur au Liban sous Jacques Chirac, avait été relevée par les observateurs en juin dernier, c’est un autre homme de l’ombre que l’on retrouve particulièrement à la manœuvre ces derniers jours. Emmanuel Macron s’appuie sur les conseils avisés d’Aurélien Lechevallier, numéro 2 de la cellule diplomatique de l’Elysée et dont il est proche depuis leurs études communes à l’ENA. Directeur de l’Institut français au Liban de 2010 à 2013, M. Lechevallier s’est envolé pour le Liban, début novembre, pour prendre le pouls des différents acteurs de la mosaïque communautaire locale.

Un « deal » avec Riyad ?

La rumeur d’un « deal » entre Français et Saoudiens a circulé tout au long du week-end. Paris aurait convaincu Riyad de laisser Saad Hariri quitter son territoire – où il aurait été retenu selon ses partisans – mais pas sans garantie : le maintien dans la monarchie des deux plus jeunes enfants du chef du gouvernement libanais, Loulwa (16 ans) et Abdelaziz (12 ans). « Il a laissé deux de ses enfants à Riyad parce que leur père et leur mère ont pensé qu’il était préférable de laisser deux enfants à Riyad », a démenti un officiel français répondant à la presse, sous condition d’anonymat.
Des discussions intenses ont été menées à Riyad, à l’occasion du déplacement du chef de la diplomatie française, Jean-Yves Le Drian, le 16 novembre. Accompagné de son chef de cabinet et ancien ambassadeur à Beyrouth, Emmanuel Bonne (2015-2017), l’ancien ministre de François Hollande a rencontré sur place le prince héritier Mohammed Ben Salmane dont il était l’invité, à l’occasion du forum sur la jeunesse et l’innovation organisé par la fondation philanthropique du prince héritier d’Arabie Saoudite. Pour « MBS », attendu à Paris début 2018, l’initiative française permettait de sortir par le haut, au moins temporairement, d’une crise qui n’en est pas pour autant terminée. « La France a montré encore une fois la grandeur de son rôle dans la monde et la région. Elle prouve son attachement au Liban et à sa stabilité », a déclaré, depuis Paris, le Premier ministre libanais, après avoir remercié M. Macron pour « son amitié infaillible ».

De retour au Liban mardi soir après une escale en Egypte et à Chypre, Saad Hariri a annoncé mercredi 21 novembre sa décision de suspendre sa démission, après une entrevue avec le président maronite, Michel Aoun. 

« J’ai discuté avec de ma décision avec le président de la République [Michel Aoun, chrétien proche du Hezbollah, NDR] qui m’a enjoint d’attendre avant de la présenter […] pour permettre davantage de consultations », a déclaré M. Hariri. « J’ai accepté cette requête ».

Un voyage en Iran sur les rails

Au cours du week-end dernier, le président français s’est entretenu par téléphone avec plusieurs dirigeants étrangers, notamment les présidents américain et égyptien, Donald Trump et Abdel Fattah Al Sissi. Une conversation téléphonique s’est également tenue, dimanche, avec Binyamin Netanyahou. Le Premier ministre israélien, qui se rendra dans la capitale début décembre, a été informé par le chef d’Etat français « des discussions qu’il mène sur la crise au Liban », a indiqué le bureau du premier ministre israélien. De son côté, les services de la Présidence de la République publiaient un communiqué, mardi, dans lequel étaient fait mention des entretiens avec M. Netanyahou mais aussi le président iranien, Hassan Rohani, dans une association assez inédite en matière de communication française. Au cours de ses échanges, M. Macron « a rappelé la nécessité de préserver la stabilité et la souveraineté du Liban et de soutenir la politique libanaise de dissociation des conflits régionaux ». 

Se présentant comme un « facilitateur », M. Macron estime avoir une carte à jouer du fait de ses bonnes relations avec les différentes parties prenantes. Sa proximité traditionnelle avec le Liban et l’Arabie Saoudite n’empêche pas la diplomatie française de poursuivre son dialogue avec les Iraniens.
La mise en garde de Jean-Yves Le Drian, à Riyad, contre « la prétention hégémonique » de l’Iran au Moyen-Orient a été cependant peu appréciée par la République chiite. « En quoi cela regarde Macron ? Qui est-il pour s’ingérer dans ces affaires ? »,  a tancé le conseiller du guide suprême Ali Khamenei, Ali Akbar Velayati, dans une déclaration à la télévision d’Etat. Inquiet des développements du programme balistique iranien, l’Elysée cherche néanmoins à sauver l’accord sur le nucléaire signé en juillet 2015 (JCPOA), en dépit des pressions américaines. Et cette posture est encouragée par  les espoirs de contrats mirifiques pour les entreprises françaises en Iran. Selon L’Opinion, Emmanuel Macron prévoirait même de se rendre à Téhéran au début de l’année 2018, une première depuis la visite de Valéry Giscard d’Estaing en 1976.

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