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11 Décembre 2017 | 23, Kislev 5778 | Mise à jour le 10/12/2017 à 13h04

16 décembre - Chabbat Mikets : 16h36 - 17h49

Rubrique Culture/Télé

Eliette Abecassis : « Le mythe du Golem amène une réflexion sur la technique »

Eliette Abecassis vient de publier « A l’ombre du Golem » chez Flammarion, un roman graphique illustré magnifiquement par Benjamin Lacombe, qui revisite la légende d’un des plus vieux mythes juifs. L’auteure s’attache à nous montrer l’incroyable modernité de ce texte qui date du 16e siècle.

Actualité Juive : Au travers des yeux d’une petite fille, Zelmira, vous racontez le mythe du Golem. Pouvez-vous nous rappeler l'histoire de cette créature mythique ?
 Eliette Abecassis :
Le Golem est une créature d’argile, créée au 16e siècle par le Maharal de Prague, pour protéger les juifs des pogroms qui survenaient fréquemment dans le Ghetto et plus largement dans le monde ashkénaze. Cet éminent talmudiste qui était aussi un grand scientifique, réfléchissait au meilleur moyen de protéger sa communauté religieuse contre les bouffées antisémites de l’époque, ce qui l’a amené à créer cette machine mythique, d’une force surhumaine. Le Maharal la contrôlait, il s’en servait à des fins purement défensives. Avec le temps, le Golem devint de plus en plus intelligent au point de devenir incontrôlable et de se retourner contre son créateur. Le savant n’a alors plus eu d’autre choix que celui de le débrancher, de le désactiver et de le faire retourner à son état premier : la matière inerte. Le Golem est un mythe fondateur. C’est l’ancêtre du super-héros tel que Superman, X-Men, Frankenstein et de toutes ces créatures qui illustrent la relation entre l’homme et la machine. C’est la machine créée par l’homme pour qu’elle soit à son service et qui finit par le rendre esclave : le mythe du Golem est en cela éminemment actuel.

A.J.: Justement, dans l’épilogue, vous expliquez que le Golem peut être pensé comme une métaphore de la technique. En quoi ce mythe pose-t-il cette question ?
 E. A. :
Nous vivons à une époque où la technologie que nous avons créée est en train de nous déposséder de notre vie. Elle s’immisce dans tous les instants de notre quotidien, dans notre intimité, au point que le premier et le dernier geste de la journée, chez un nombre croissant d’individus consiste à consulter son téléphone. Les gens ont de plus en plus de mal à vivre sans leur portable. Cette addiction est individuelle mais s’entretient aussi de façon collective depuis l’avènement des réseaux sociaux. C’est un thème important, actuel, en particulier pour la jeunesse, car les enfants sont nés avec les smartphones. Il devient de plus en plus difficile pour eux de jouer, de lire, d’avoir une conversation ou de regarder un film sans consulter leur téléphone. Leur attention peine à se fixer plusieurs heures sur un objet, elle s’interrompt sans cesse. Les machines prennent peu à peu le contrôle de nos esprits. C’est sur ce risque que le mythe du Golem peut nous faire réfléchir. D’autant que cette progression de la technique n’est pas prête de s’atténuer avec le développement de l’intelligence artificielle ou du transhumanisme.  La machine a désormais ce pouvoir de se retourner contre l’Homme. Or c’est précisément les enseignements du Golem.
 
A.J.: L’autre modernité du mythe du Golem, c’est aussi la question de l’antijudaïsme…
 E. A. :
Oui l’antisémitisme était présent hier, comme il l’est aujourd’hui : c’est toujours le symptôme d’un problème plus général de rapport à l'autre. Ces époques voient advenir une révolution sociale qui désigne les juifs comme bouc émissaire : la situation des juifs est un indicateur des maladies d’une société. Le mythe du Golem a lieu dans la Prague de l’empereur Rodolphe avec les savants, les alchimistes, le monde et l'époque qui sont les siens, mais les mêmes questions se posent aujourd’hui pour les juifs, à savoir comment se défendre. Une question à laquelle il est encore difficile de répondre.
 Aujourd'hui et depuis le meurtre d’Ilan Halimi, la terrible tuerie de Toulouse, puis l’Hyper Cacher, on sent cet antisémitisme populaire réapparaître sous sa forme sanguinaire.
 A la Renaissance comme au Moyen-Age, les bouffées de haine avaient souvent pour origine des sermons de moines chrétiens qui fanatisaient la population et qui accusaient les juifs d’avoir tué le Christ. On peut établir une analogie avec l’information, la presse, le JT qui montrent Israël sous un aspect partial et négatif et fanatisent les foules. Or l’antisionisme est la forme moderne de l’antisémitisme.

Eliette Abecassis & Benjamin Lacombe, « A l’ombre du Golem », Flammarion jeunesse, 25 euros

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