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19 Juillet 2018 | 7, Av 5778 | Mise à jour le 19/07/2018 à 12h42

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Rubrique Culture/Télé

Hommage à Josy Eisenberg Zal : Le grand passeur du petit écran

A travers les siècles, les hommes ont cherché à communiquer des idées, à transmettre des enseignements, à raconter leur histoire, à pérenniser leurs souvenirs, à travers des moyens de diffusion nouveaux, inédits, originaux, surprenants.

Imaginons la grande révolution de l’invention de l’imprimerie, par Gutenberg, au milieu du XVe siècle. Pour la première fois dans l’histoire, des hommes qui, depuis des siècles, lisaient de lourds parchemins et de gros volumes manuscrits en papyrus, ont disposé d’un objet révolutionnaire : le livre imprimé. Le sociologue Marshall MacLuhan parle d’une nouvelle donne dans l’histoire des communications : la « galaxie Gutenberg ». Les hommes devenaient des lecteurs de la page imprimée, vecteur nouveau de culture, de débats, de polémiques. La naissance de la télévision constitue, dans l’histoire de la civilisation humaine, une incroyable et prodigieuse  mutation. Les lecteurs devenaient des spectateurs de la vie, de l’événement, de l’histoire en train de se réaliser. 

Ce fut, selon l’expression de certains sociologues, la naissance de la « galaxie MacLuhan », un phénomène d’une ampleur psychologique et culturelle extraordinaire. Dans le monde juif européen, un homme comprit, très vite, la signification du petit écran pour la culture et pour la formation d’une conscience spirituelle et historique pour le Juif moderne. Dans sa vision, le peuple juif, peuple du Livre, ne devait pas s’enfermer dans un refus crispé et frileux de la nouvelle forme de communication de masse, mais, bien au contraire, utiliser ce nouvel outil au service d’une renaissance culturelle juive. Face à lui, d’autres voix se levèrent pour dire leur angoissante inquiétude, ou leur foncière hostilité à la petite boîte à images du salon familial. 

Josy Eisenberg, rabbin d’une communauté parisienne, comprit ce que signifiait pour  des Juifs souvent isolés, loin de toute vie intellectuelle judaïque, une télévision au service de la foi et de la tradition d’Israël. La télévision comme un lien entre des hommes et la culture millénaire de leurs ancêtres. Dans l’intimité du  foyer, des milliers des familles pouvaient, pour la première fois, « voir » le judaïsme en action, contempler les images émouvantes des cérémonies juives, la joie du Seder de Pessah, les progrès exceptionnels des pionniers du désert du Néguev, les portraits des grands penseurs du judaïsme contemporain. Un nouveau monde s’ouvrait à leurs yeux. Ce petit écran était une porte d’entrée dans les grandes idées juives de notre temps, avec des penseurs comme Emmanuel Levinas, André Neher, Léon Askenasi, Eliane Amado Levi-Valensi, Armand Abecassis, Daniel Epstein, Charles Mopsik. Les émissions de Josy Eisenberg seront, un jour, étudiées par les historiens du judaïsme contemporain comme la naissance d’un nouveau canal de circulation des idées en milieu  juif. Pour le rabbin Eisenberg, le monde audiovisuel n’est pas l’ennemi du monde du livre : les deux sphères, celles de la vue et de l’écoute, celles de la lecture se complètent et s’intègrent. Des centaines de livres juifs furent connus du grand public grâce  à des émissions où l’image était au service de la lettre, où les paroles mettaient en valeur la force et l’intensité de l’écriture.  La clairvoyance culturelle du rabbin Eisenberg  se décline dans un espace beaucoup plus vaste que le seul judaïsme français. Des milliers de téléspectateurs français  de toute origine,  religion ou sensibilité suivirent les émissions religieuses du dimanche matin. Le judaïsme, dans sa richesse spirituelle plurielle,  fut ainsi connu d’un public plus vaste. L’expérience d’émissions comme « A Bible ouverte » fut reconnue comme une entreprise pionnière dans la république des images : une programmation religieuse, tolérante, humaniste, cultivée, éclairée, ouverte, universaliste, loin de tout fanatisme, de toute hostilité, de toute crispation. La foi sans la haine. Les principes sans le dogmatisme. La croyance sans la superstition. Une ouverture à la beauté, la profondeur, la puissance du message juif. Dans le monde, quelques rares  intellectuels et artistes ont compris que le petit écran n’était pas seulement l’instrument d’un divertissement passager et superficiel, mais une fenêtre pour comprendre le monde dans lequel nous vivons. Parmi ces rares personnalités d’exception, figure, dans une place privilégiée, Josy Eisenberg. L’hommage à son intuition créatrice  est, vraiment, mérité.

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