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24 Janvier 2021 | 11, Shevat 5781 | Mise à jour le 04/08/2020 à 22h39

Rubrique Culture/Télé

Roméo Sarfati : « C’est important de garder son identité »

(Crédit : SARAH ROBINE)

Pilier des séries « Une famille formidable » et de « Sous le soleil », Roméo Sarfati alias David Sarfati, s’est entretenu avec Actualité Juive. A cette occasion, l’acteur est revenu en exclusivité sur sa longue carrière de plusieurs décennies au sein du petit écran.

Actualité Juive: Tu interprètes le rôle de Nicolas Beaumont dans « une famille formidable » dont les aventures tiennent les téléspectateurs en haleine depuis maintenant 25 ans. Comment expliques-tu cette longévité ? 

Romeo Sarfati : « Une famille formidable » est une série atypique, dans le sens où elle n’est pas diffusée chaque semaine. Au départ, les téléspectateurs ont même dû attendre presque 2 ans pour voir la suite. Le manque a créé l’envie. Cette attente a fait qu’ils se sont attachés aux personnages et qu’ils sont heureux de les retrouver chaque année. Il a été envisagé à un moment par TF1 d’en faire une série régulière mais l’idée a vite été abandonnée, et ce n’est pas plus mal. Sinon, les auteurs sont très réactifs par rapport aux différents faits de société, du coup le téléspectateur s’identifie totalement. Et puis les gens aiment la positivité de la famille Beaumont. 


A.J.: Quelle relation as-tu avec les membres de la famille Beaumont en dehors des tournages, et est-ce que cette relation aide à retrouver cette connivence à l’antenne ? 

R.S. : Oh oui ! On est toujours très heureux de se retrouver et il y a un vrai respect entre tous les acteurs. Ce qui n’est pas si commun, c’est qu’on passe notre temps ensemble pendant toute la durée du tournage. On s’est retrouvé plusieurs années au Portugal, logés tous ensemble dans le même hôtel, on dîne, on petit déjeune ensemble, on va à la plage, on vit ensemble et je peux te dire qu’on n’est pas obligé. On est une vraie petite famille. D’ailleurs, comme dans la « vie réelle », on s’est déjà tous « embrouillé » mais comme on s’apprécie énormément, on se rabiboche très rapidement. 


A.J.: On t'a également vu pendant de nombreuses années (10 ans) dans la série « Sous le soleil ». Comment tu expliques qu'il est compliqué pour un acteur de séries TV en France de rebondir sur le grand écran aussi   naturellement que dans d'autres pays ? (Ndlr : Des acteurs comme Will Smith, Di Caprio, Johnny Depp entre autres, ont commencé par des séries)

R.S. : Alors c’est très bien que tu emploies le mot « rebondir », parce que je vais te dire ce que je ressens par rapport à ça. Aux Etats-Unis, on appelle ça un tremplin, et chaque acteur américain qui a eu un succès ne serait-ce que sur une seule série télé, qu’elle soit vendue dans le monde entier comme « Sous le soleil », ou qu’elle ait duré pendant 25 ans comme « Une famille formidable », peut être sûr d’avoir du boulot pendant le restant de sa vie. En France, ça rebondit aussi, sauf qu’on appelle ça un plongeoir !... Un plongeoir qui rebondit très haut pendant la diffusion, parce que ça marche très bien, sauf qu’après on atterrit dans une piscine vide. Voilà ce que j’ai ressenti. Mais je n'ai pas à me plaindre, j'ai bossé pour toutes les chaînes et je suis toujours dans le circuit. Il y a quelques snobs dans ce milieu mais heureusement la plupart des producteurs ou réalisateurs sont  de vrais artistes. 


A.J.: Tes personnages sont souvent un peu rebelles et écorchés. Quelle part de toi y a-t-il dans ces interprétations ? 

R.S. : J’ai fait certes quelques gardes à vue, mais j'étais jeune et c’est une époque révolue. Maintenant, si en parlant de rebelle tu parles d’insoumission, alors je me reconnais. Mon père m’a toujours appris à respecter les gens pour ce qu’ils sont et non pour ce qu’ils représentent. Je veux dire que l’« uniforme » ou le statut social ne m’oblige pas forcément à avoir du respect. Maintenant quand tu évoques le côté écorché… (un long temps). Tu sais quand tu es très jeune, et que tu perds ton frère, ton cousin dont tu es proche et ton meilleur ami, tu as des raisons d’être écorché… Et il faut beaucoup de temps pour se (re)construire. Aujourd’hui j’ai cicatrisé. Quand j’ai eu mes enfants j’ai été obligé d’être équilibré. Aujourd’hui, je suis serein et heureux de vivre. 


A.J.: Est-ce que cette image ne t'a pas joué des tours dans ta carrière? Et est-ce que les gens n’ont pas des a priori sur toi ?

R.S. : A force de jouer des personnages instables et à vif, ça pousse les gens à penser qu’on est comme ça dans la vie, alors que j’ai toujours été professionnel et respectueux pendant mes tournages. Pas plus tard que cette semaine, une directrice de casting m’a dit: « Finalement vous êtes un mec bien!... ». Il ne faut pas confondre écorché et irrespectueux. 


A.J.: En parallèle de tes activités de comédien, tu peints (des toiles sont vendues dans des ventes aux enchères) et tu chantes (un single classé dans le top 5 des morceaux les plus passés en boîte). 

R.S. : Alors attention. Je me considère vraiment comme acteur en priorité. Sauf qu’un acteur s’exprime le plus souvent avec les mots des autres. Avec la musique ou la peinture je peux m’exprimer réellement et ça fait vraiment du bien. J’ai eu la chance de travailler avec des musiciens confirmés, notamment le bassiste de Trust ou le guitariste des Rita Mitsouko. J’ai pris énormément de plaisir. Idem en peinture où j’ai pu côtoyer les plus grands artistes de « street art ». 


A.J.: Il y a un vieux réflexe communautaire. On se demande souvent si un artiste juif arrive ou a la possibilité de conjuguer sa vie professionnelle avec une pratique du judaïsme. Qu'en est-il te concernant ? 

R.S. : Ça peut être compatible avec quelques concessions malgré tout. J’ai une anecdote. Pendant « Une famille formidable » on devait tourner au centre Pompidou, et il n’y avait l’autorisation que le jour de Kippour. Donc je leur ai gentiment expliqué que je ne pourrais pas tourner ce jour-là. Ils m’ont répondu : « Si tu veux on pourra demander une dérogation au rabbin ! ». Je leur ai répondu : « Tant que tu n’auras pas le papier signé par D.ieu lui-même, je ne tournerai pas ! ». C’est important de garder son identité. Pour la cacherout par exemple, sur tous les tournages je leur dis que je suis végétarien, pour ne pas trop les embêter non plus.  


A.J.: Dans le livre de Frédéric Deban, (Ndlr : son frère dans « Sous le soleil »), j’ai lu beaucoup de chiffres te concernant. Il parle de ton QI à 143 et il t’appelle l’homme aux 3 000! (Ndlr Conquêtes)… Et quand tu es arrivé pour l’interview, j’ai un peu remarqué que les filles du bureau n’étaient pas totalement insensibles… Peux-tu nous dire un mot sur ta situation personnelle ? 

R.S. : Pour le QI c’est exact, même si ce n’est pas important. Pour le reste, je ne veux pas m’étendre. Le passé c’est le passé, avant je trouvais la liberté dans le changement aujourd'hui dans la stabilité. J'aime ma femme et tout le reste c'est du vent.

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