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21 Juillet 2018 | 9, Av 5778 | Mise à jour le 19/07/2018 à 12h42

Rubrique Judaïsme

Allumage ‘Hanouka 5778 : Pour la beauté du geste

(DR)

Allumer des bougies et ne pas utiliser leur lumière pour s’éclairer semble tout à fait paradoxal. Pourtant, c’est bien ce qui est prévu pour les honorables bougies de ‘Hanouka…

Il est, en effet, interdit d’utiliser les lumières de ‘Hanouka, pour lire ou compter des pièces de monnaie par exemple (Choul’han Aroukh, Ora’h ‘Haïm 673, 1). Le rituel énonce bien : « Nous n’avons pas le droit de les utiliser mais seulement de les regarder », observer les bougies qui, silencieusement, se consument. La consécration des bougies s’explique par deux raisons : il est nécessaire de marquer le caractère de mitzva de ces lumières, donc de les spécifier, et donc de ne pas les utiliser. Il a été aussi conféré aux bougies de ‘Hanouka le statut de la Menora, le candélabre du Temple, dont on n’utilisait pas la lumière (ibidem Michna Beroura 8).

Il s’agit donc de prendre du temps pour regarder, examiner, contempler, saisir, ce que nous disent ces bougies de ‘Hanouka. Un verset proclame : « L’injonction, la mitzva, est une bougie ; et la Torah, une lumière ! ». Si la mitzva est une bougie et s’il est défendu d’utiliser la bougie de ‘Hanouka, cela signifie que la pratique de la Torah ne peut être envisagée pour des raisons pratiques, utilitaires ou fonctionnelles. Il ne faut pas nourrir une vision pragmatique, instrumentaliste de la Torah. Au-delà de tout ce qu’elle peut nous apporter et nous apporte au quotidien, la Torah constitue le fondement de la vie juive, la source de notre dignité, même si nous n’avons pas toujours l’intelligence pour le comprendre.

Un autre verset affirme : « L’âme de l’homme, c’est la bougie de D.ieu ». Il revient à chacun la mission de faire briller autrui, d’allumer son cœur et son esprit, d’en faire une source de lumière et de chaleur, de l’élever, de l’élever telle une flamme, de l’élever comme des parents élèvent un enfant. Car n’oublions pas que le terme « ‘Hanouka » vient de la racine ‘H-N-KH qui a donné le mot « ‘hinoukh », éducation. Cette modalité qui nous défend de tirer profit des lumières de ‘Hanouka exprime – en filigrane – que l’acte qui consiste à élever autrui ou son enfant, à en faire une lumière véritable, ne doit pas attendre de paiement, de retour. L’enfant que l’on élève, dans les deux sens du terme, ne saurait être relégué sur un plan pratique. La lumière brille ; les parents la contemplent et en retirent la plus belle des satisfactions. Ce que nous dit ici la tradition juive, c’est qu’autrui conserve sa valeur, toute sa valeur, même s’il ne nous apporte rien, surtout s’il ne nous apporte rien. C’est bien là l’une des définitions de la dignité humaine : la considération de l’être humain non comme un instrument mais comme une fin à part entière.

Il faut aussi reconnaître que souvent, le spectacle d’une personne qui s’élève ou réussit à devenir lumière peut susciter jalousie et convoitise, exciter le désir de voir celle-ci tomber dans l’obscurité. Notre halakha nous invite à regarder la personne en question, à accepter l’idée qu’elle aussi apporte sa lumière, à agréer le fait qu’autrui également offre sa contribution lumineuse au développement d’une harmonieuse société humaine, outre que celle que nous portons nous-mêmes.

Rabbi Tsvi Elimélekh de Dinov (Bené Yissaskhar  II 60b) explique que les trente-six bougies allumées à ‘Hanouka correspondent aux trente-six heures durant lesquelles la lumière primordiale brilla pour Adam, premier être créé et doté d’une conscience morale ; cette lumière fut ensuite dissimulée dans la Torah. Seuls les tsadikim, les hommes particulièrement élevés spirituellement y ont accès. En interdisant aux juifs d’étudier la Torah, les Grecs pensaient supprimer définitivement tout accès à cette lumière primordiale. Ils ont, selon l’expression du Midrach, tenté d’obscurcir les yeux d’Israël. Peut-être pouvons-nous dire que la lumière en question n’est pas d’ordre matériel mais se rattache à un mode d’existence de laquelle tout doute ou confusion concernant l’existence de D.ieu a disparu.      

Cette lumière existe mais ne fait plus partie de ce monde. Les lumières de ‘Hanouka renvoient à cette clarté primordiale qui relève de l’inaccessible pour le moment, clarté primordiale dont la vocation est, un jour, de se manifester. 

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