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16 Octobre 2018 | 7, Heshvan 5779 | Mise à jour le 16/10/2018 à 14h22

Rubrique Judaïsme

Le point Halaha: pourquoi il ne faut pas positionner sa Hanoukia trop haut

(Flash90.)

Si on a positionné la ‘hanoukia à une hauteur de vingt coudées et plus (9, 60 cm environ), on ne s’est pas acquitté de l’obligation d’allumer les lumières de ‘Hanouka (Choul’han Aroukh, Ora’h ‘Haïm 671, 6).

La raison rapportée pour expliquer cette modalité évoque la faculté visuelle de l’être humain : l’œil ne peut voir clairement un objet situé à une hauteur de vingt coudées et plus (ibidem Michna Beroura 28).

Le Rav Rubinstein (Cheérite Mena’hem I p. 143) propose un commentaire lumineux de cette loi : la ‘hanoukia représente le miracle. Si les lumières sont placées trop haut, inaccessibles au regard, cela signifie que le miracle n’est pas à notre portée. Or, le miracle peut être suscité par les efforts spirituels de chacun. L’individu en tant que tel possède en lui une parcelle de prodige. Tel est le sens de l’importante notion de « pirsoumé dénissa », de diffuser le miracle, d’en faire la promotion, nous dit le Rav Rubinstein : il s’agit de montrer que chacun peut aider à la réalisation du prodige, participer au salut des juifs et du monde.

 Il y a aussi une autre idée sous-jacente à cette modalité : accomplir la mitzva et la mettre à distance, appliquer le rite tout en en restant éloigné, mener une vie dite religieuse tout en estimant que cette dimension spirituelle et morale ne doit surtout pas prendre trop de place dans l’existence, c’est ne pas s’acquitter de la mitzva en en retirant tout le vécu pour l’âme et son sens profond. C’est un lien de proximité qui doit nous rattacher à la pratique des injonctions de la Torah car c’est elle qui constitue le socle premier de l’identité juive.


Discrétion

Le mode de vie spécifique au peuple juif ne saurait nous être étranger. Au contraire, « cette mitzva que Je t’ordonne aujourd’hui ne relève pas de l’inaccessible pour toi et elle n’est pas éloignée. Elle ne se situe pas au ciel pour que tu dises : qui montera pour nous vers le ciel, la prendra pour nous pour nous la faire entendre et que nous l’accomplissions ?... La chose est proche de toi… » (Deutéronome 30, 11 à 14). Il suffit parfois de s’approcher de la Torah pour se rendre compte que c’est son encre qui coule dans les veines du peuple juif.

On peut aussi ajouter que l’une des qualités de la bonne action accomplie se concentre sans la discrétion dans laquelle elle a été réalisée. On ne prend pas de la hauteur, on ne s’enorgueillit pas de la lumière que l’on a allumée, du bien qu’on a semé, de l’homme que l’on a soulagé. C’est pourquoi on ne peut placer la ‘hanoukia à vingt coudées et plus. La mission qui nous a été confiée est bien trop importante pour se permettre une autosatisfaction stérile et paralysante. On retrouve un peu la même idée concernant l’injonction de la soucca : si elle est haute de vingt coudées et plus, elle est disqualifiée. On ne saurait se montrer hautain et suffisant en accomplissant les préceptes de la Torah ni en retirer un quelconque sentiment de fierté. C’est dans l’humilité que se joue la vie juive ; c’est dans la discrétion que se dessine la réussite de la vocation offerte à nos ancêtres sur le mont Sinaï, et jusqu’à nous, parvenue.

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