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22 Octobre 2018 | 13, Heshvan 5779 | Mise à jour le 17/10/2018 à 18h03

Rubrique Judaïsme

Parachath Miketz : Par amour de ses frères

(Illustration : Gustave Doré)

Le Midrash Béréchith rabba nous enseigne que Réouvène, l’aîné des fils de Yaakov, fut le premier qui introduisit, dans le monde, le concept de Téchouva, de repentir. Mais une compréhension rapide et superficielle pourrait nous amener à penser que la Téchouva ne se réduit qu’à l’abandon de la faute. Notre paracha nous apprendra que cette idée ne s’arrête pas là. Et bien plus, elle nous montrera la voie pour lire le Rambam (Maimonide) autrement.

La famine règne en terre d’Israël. De ce fait, les fils de Yaakov sont contraints de se rendre en Egypte pour acheter du blé. Là, ils sont reçus par l’intendant de toute l’Egypte qui n’est autre que Yossef, leur frère qu’ils ont vendu, il y a plus d’une quinzaine d’années. Lui, les reconnait mais eux ne le reconnaîssent pas. Yossef profite alors de l’occasion pour les mettre à l’épreuve. Il veut les emprisonner, le temps que l’un d’entre eux amène Biniamine en Egypte, le plus jeune des frères, resté en Israël, auprès de Yaakov. Les frères comprennent alors qu’ils payent à présent la vente de leur frère : « …certes nous sommes coupables envers notre frère dont nous avons vu le désespoir de son âme, lorsqu’il nous suppliait et nous n’avons pas entendu. C’est pourquoi ce malheur est venu sur nous » (1).


La force de la consolation


Devant cette prise de conscience, Réouvène, l’aîné des frères intervient mais sa réaction étonne les commentateurs : « …ne vous avais-je pas dit : ne péchez pas contre l’enfant (Yossef) ! Et vous n’avez pas écouté. Et voici que son sang est réclamé ! ». Ces mots sont déroutants : voilà que les frères regrettent leur acte et plutôt que de les féliciter, Réouvène les accuse encore plus fort ! N’aurait-il pas dû les soutenir dans ce moment de détresse ou les consoler ?


Par la force du libre arbitre 


Réouvène n’a pas d’intention négative envers ses frères. Avec sa remarque, il cherche seulement à créer chez eux un sentiment de Téchouva sincère. Quand il vit que ses frères regrettaient la faute d’avoir vendu leur frère à cause du risque de rester prisonniers en Egypte, il comprit que leur Téchouva n’était pas authentique. Car ce regret était uniquement motivé par la situation difficile qu’ils vivaient. Qu’est-ce qu’une Téchouva authentique ? C’est lorsqu’un homme revient vers D.ieu, non sous le poids d’un malheur ou d’une difficulté existentielle mais par la conscience de la gravité d’une faute. En d’autres termes, les fils de Yaakov firent Téchouva pour le malheur qui les frappait et non pour la faute en elle-même. C’est pourquoi Réouvène adresse à ses frères des reproches : non pour les blâmer gratuitement mais pour leur faire prendre conscience de la gravité de leur acte. Cette situation nous permettra de comprendre pourquoi le Rambam évoque la notion de libre arbitre en plein cœur des lois sur la Téchouva (2). A priori, ces deux notions (Téchouva et libre arbitre) n’ont aucun rapport entre elles ! En fait, le Rambam veut ici définir la qualité d’une Téchouva sincère : quand un homme revient vers D.ieu par une prise de conscience de la gravité du Mal et non pour une cause quelconque, il accomplit une Téchouva véritable. De son plein gré, par la force du libre arbitre, il s’attache à son Créateur. Sa conviction sera lors pleine et entière. 


Notes

(1) Parachath Miketz, chap. 42, verset 21.

(2) Michné Thora, Lois de la Téchouva, début du chap. 5.

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