Default profile photo

21 Janvier 2018 | 5, Shevat 5778 | Mise à jour le 18/01/2018 à 13h49

Rubrique Judaïsme

Le ‘Kodech’… Une matière pas comme les autres !

(DR)

Les perspéctives de la semaine par le rabbin Yona Ghertman

Beaucoup de parents et d’enseignants de kodech (étude juive) s’interrogent sur la manière adéquate pour développer l’amour de l’étude chez les enfants et les adolescents. Certes il n’existe pas de recette miracle et universelle, notamment car chaque enfant est unique. Chaque caractère étant différent, certaines méthodes seront efficaces pour les uns et inefficaces pour les autres. N’est-ce pas ce que Shlomo HaMelekh enseigne dans cet adage bien connu du Livre des Proverbes (22, 6) : « Eduque chaque enfant selon sa voie » ?

Une fois ce postulat posé, il importe néanmoins de réfléchir à la meilleure démarche générale, dont les détails devront être adaptés en fonction des personnalités des ‘élèves’. L’écueil à éviter en premier lieu me semble être la transposition des contraintes scolaires au domaine de l’étude. Par ‘contraintes’, je ne fais pas référence à l’assiduité, aux révisions et au programme. Au contraire, il s’agit d’efforts indispensables pour la réussite. Les Sages du Talmud eux-mêmes recommandent de réviser chaque leçon 101 fois (‘Haguiga 9b), ce qui est en réalité une jolie façon de rappeler qu’un sujet ne peut jamais être assimilé totalement. Il faut régulièrement revenir dessus… 

Aussi par ‘contraintes’, je fais surtout référence au cadre dans lequel se déroule l’approche du Kodech. En dehors des récréations, rares sont les enfants ou adolescents qui prennent plaisir au travail scolaire… Et ceci est totalement sain ! Dans l’objectif d’avoir des bonnes notes, il y aura chez les bons éléments une écoute attentive en classe, puis un investissement personnel constant à la maison où ils se pencheront sur leurs devoirs devant les bureaux de leurs chambres. On apprend aux élèves à travailler afin d’obtenir un résultat. Mais combien verront la matière étudiée comme une finalité en elle-même, et non uniquement comme un moyen permettant d’obtenir un futur diplôme ?

Par conséquent, je préconise d’amener l’enfant au Beth haMidrash (maison d’étude). Il s’agit d’un endroit dans lequel les gens viennent volontairement, dans le seul but d’étudier. Cela n’a rien à voir avec une bibliothèque, dans laquelle règne obligatoirement le silence le plus absolu. Non. Au Beth haMidrash, on débat de sujets talmudiques avec vigueur et passion, le ton monte souvent, mais sans aucune animosité. 

Lorsqu’un enfant se trouve plongé dans ce monde, qu’il y étudie avec son père ou avec un enseignant, il ressent cette atmosphère toute particulière. Il y ressent la passion de l’étude. Il constate alors la spécificité du Kodech par rapport aux autres matières : l’étude n’est pas un moyen d’accéder à un objectif, mais une finalité en elle-même. Réfléchir sur la Torah, sur ce que D.ieu nous demande, et par-là, sur le sens de la vie, tel est l’essence du limoud (étude). Amener un enfant au Beth haMidrash pour y étudier avec lui, c’est lui faire prendre progressivement conscience de cela… non par des discours théoriques, mais grâce à une expérience concrète.

Une petite anecdote pour conclure : un enfant habituellement assez turbulent vient régulièrement étudier avec son père au Beth haMidrash du Collel que je fréquente moi-même à Nice (C.E.J). Lorsqu’il s’y trouve, il est particulièrement sage. Un jour il me l’a fait remarquer, en constatant que son comportement était différent lorsqu’il venait étudier. Je lui ai répondu avec un sourire que son constat a été fait avant lui par les Sages du Talmud : « Si le mauvais penchant s’accroche à toi, amène-le au Beth Hamidrash » (Kidouchin 30b). Il n’y a pas de secrets… A partir du moment où on développe l’amour de l’étude chez l’enfant, même ses distractions favorites deviennent vaines durant ce moment privilégié.

Powered by Edreams Factory