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19 Juillet 2018 | 7, Av 5778 | Mise à jour le 19/07/2018 à 12h42

21 Juillet - Chabat Dévarim - Chabbat 'Hazon : 21h26 - 22h44

Rubrique Judaïsme

Parachat Vaéra : Tiré des eaux

Nous avons défini, la semaine dernière, Moché rabbénou (1), comme un homme de paix parce qu’il était né circoncis et que la maison s’était remplie de lumière au moment de sa naissance. Mais que nous inspire le nom même de Moché ? Quelle qualité nous révèle-t-il puisque l’on sait qu’un nom reflète l’identité profonde d’une personne ?

Nous avions défini la paix comme la capacité à réunir des contraires sur un mode harmonieux. En règle générale, deux éléments contraires ne peuvent s’associer mais chez Moché la chose était possible. On retrouve cette dualité dans son nom. Il porte ce nom car « il fut tiré des eaux » (2). Nous avons ici deux paramètres : l’eau et la terre ferme. L’eau parce qu’il flottait dans un berceau sur l’eau du Nil, quand la fille du Pharaon le trouva, et la terre ferme parce qu’il y fut déposé après avoir été tiré de l’eau. Et comme nous allons l’expliquer, ces deux éléments sont opposés.


Accomplir la volonté de D.ieu


L’eau symbolise le principe de la Rigueur (la Guévoura) parce qu’elle cache ce qui se trouve en elle, comme le concept de rigueur qui est restriction, retenue et voile, alors que la terre ferme évoque la notion de Bonté (’Hessed). La terre ferme est visible par tous. Elle ne cache rien comme la Bonté qui exprime l’idée de don à la vue de tous. En règle générale, chaque être humain est animé par l’une de ces deux tendances. De ce fait, dans ses choix, ses opinions ou ses tendances naturelles, il se comportera selon l’une d’entre elles. Il est alors évident que son comportement ne sera pas « vérité » puisque inspiré par ce qu’il est, en tant qu’être humain. Pour Moché, c’est complètement différent. Il cumule les deux tendances ! Il est à la fois Bonté et Rigueur parce que chez lui ce n’est pas sa nature qui s’exprime mais la volonté de D.ieu. Il est au-delà de toute subjectivité. Il sera capable d’être bon envers un Juif maltraité par un Egyptien comme rigoureux envers le Pharaon en lui infligeant les plaies d’Egypte, tout cela étant dicté par la volonté divine et rien d’autre. Cette capacité à cumuler deux idées contraires se retrouve dans les trois lettres de son nom, hçm qui sont les initiales (Chamaï) et (Hillel). Chamaï et Hillel furent deux grandes Maîtres de la Michna. Le premier avait une tendance qui le poussait à la rigueur dans ses décisions de loi alors que le second, Hillel, réfléchissait et agissait sur un mode de bonté. Quant à Moché, il était capable de dépasser cette dichotomie.


Au-delà du poids de l’exil


Ajoutons ce dernier point qui va dans le sillage de notre idée. Dans la symbolique juive, l’eau évoque aussi le monde matériel. Quand le texte nous apprend que Moché fut tiré des eaux, cela signifie que Moché, à la différence des autres hommes, n’a aucune relation avec la matérialité. Il en est totalement séparé (tiré). Bien plus, le poids de l’exil ne l’affecte nullement. Etant au-delà de l’obscurité du monde matériel, il sera alors en mesure de libérer son peuple. 



Notes

(1) Littéralement « Moché notre Maître »

(2) La racine verbale hébraïque de ce prénom est « macho » qui signifie « tirer ».

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