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25 Juin 2019 | 22, Sivan 5779 | Mise à jour le 24/06/2019 à 14h53

Rubrique Judaïsme

Elie Lemmel : « Un peu d’empathie »

(DR)

Le commentaire de la semaine par le Rav Elie lemmel, Directeur de l’Association lev La Maison de la Famille et lamed.fr

L’épisode fondateur de l'histoire du peuple juif se situe il y a plus de 3000 ans au Sinaï, quand dans le silence le plus absolu la voix d'Hachem proclame les 10 paroles. Un texte ardu nous enseigne un peu plus tard (chemot 24-10) «Et ils virent le Dieu d’Israël, et sous ses pieds se trouvait comme une brique en Saphir dont la pureté était a l’égal de la profondeur du firmament, » Dans le Talmud (Sota 17a) nos maîtres expliquent la chose suivante, « Cette brique était posée devant lui pendant toute la durée de l'exil d’Égypte avant qu'il se souvienne des souffrances qu'endurait le peuple d’Israël ; et quand celui-ci fut délivré la lumière et la joie étaient devant Lui ».

Ray Wolbe dans son livre Alé Chour fait remarquer que l'attribut divin qui se révèle par excellence au moment du don de la Torah, est celui de Tossé beol im havero » littéralement supporter le joug avec son ami, ce qui reviendrait à dire que l'expression la plus puissante de Dieu dans l'univers se situe dans la capacité d'assumer avec l'autre sa douleur et sa souffrance.

Cette capacité est l'expression la plus ultime du Hessed que l'on peut avoir vis à vis d'un tiers, Celui qui est Nossé Beol prend part véritablement à la douleur et à la souffrance de l'autre, Il la partage et la ressent à l’intérieur de lui même, L'histoire de l'autre devient quelque part aussi sa propre histoire, Il y a ici le renoncement à ce que j'appellerais son « confort psychique ».

Nos maîtres nous enseignent en effet que l'on ne prie pas de la même manière chez soi qu'au chevet d'un malade. La proximité génère un ressenti plus grand et va avoir un effet démultiplicateur sur l'intensité de la prière.  Cette posture de Nossé Beol est difficile à avoir car elle implique la création d'un lien d'amour qui nous rend proche de tout le peuple d’Israël.


Nous débarrasser des oripeaux des paroles de circonstances

Elle nous emmène aussi à partager réellement la joie de l'autre et de la lui faire ressentir. Elle nous donne la possibilité d'avoir une posture plus authentique vis-à-vis de celui qui passe un moment difficile car nous obligeant à essayer de ressentir l’immense solitude de celui qui est confronté à l’abîme de ses difficultés. Elle nous oblige à nous débarrasser des oripeaux des paroles de circonstances que l'on prononce la mine apitoyée ou réjouie suivant les différentes situations.

Elle nous oblige à être plus vrais dans les mots et les attitudes que l'on a dans nos rapports aux autres.

Il n'est pas nécessaire de faire ce travail en commençant à partager la souffrance des autres, mais peut-être en apprenant à ressentir et partager la joie des autres, à se sentir profondément heureux lors de l'annonce d'une bonne nouvelle qui concerne un tiers qui nous est parfois plus ou moins inconnu.

Cela nous amène à faire des efforts pour participer à des réjouissances malgré un planning chargé ! 

Pour cela, il faut développer encore et encore notre lien avec la totalité du peuple juif, et pour arriver à cela de manière simple je voulais vous rapporter une anecdote à propos du dernier Rabbi de Loubavitch. Lors des séances de distribution de dollars, il lui arrivait de rester parfois plusieurs heures d'affilée à les distribuer à tous ceux qui défilaient devant lui. Une personne lui demanda  « vous n’êtes pas fatigué ? », et le Rabbi de lui répondre : « On n'est jamais fatigué quand on compte des diamants ».

Oui en effet chaque membre du peuple juif est un diamant mais qui pour certains est encore enserré dans sa gangue et n'a pas encore été poli. A nous de savoir le découvrir au-delà des apparences.

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