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21 Mai 2018 | 7, Sivan 5778 | Mise à jour le 17/05/2018 à 12h39

Rubrique Judaïsme

Parachat Yitro. Une vie fragilisée

Depuis le 18 Janvier, se sont ouverts les Etats généraux de la bioéthique, auxquels chaque citoyen français pourra participer. Au cœur de ces débats, un seul mot : la vie. Mais presque inéluctablement, il sera aussi question de la mort et de la frontière si fragile entre ces deux concepts. Et quand les progrès de la science propulsent l’homme vers des territoires inconnus, la vigilance morale est de rigueur, bien plus qu’elle ne l’était auparavant. Le texte des dix commandements viendra conforter cette vigilance.

Lorsque les dix commandements furent donnés, ils furent présentés en deux groupes : cinq d’un côté et cinq de l’autre. Rien n’étant laissé au hasard, on peut aisément accepter l’idée qu’un lien rapproche deux commandements qui se font face. Ainsi pour l’étude qui nous occupe aujourd’hui, il nous faudra comprendre le rapport entre le commandement de croire en D.ieu et l’interdiction de tuer.


L’origine de notre vie


Sur une base élémentaire, cette équivalence nous apprend qu’il existe en chaque homme une présence de D.ieu qui différencie l’homme du reste de la création (1) et que par un meurtre, on efface cette présence. Mais plus encore. L’un des aspects de la croyance en D.ieu, est la conviction qu’en créant l’homme, D.ieu lui a assigné une mission bien spécifique qu’il doit mener à bien. En mettant fin à sa vie, on bouleverse l’agencement de la création et donc, on affaiblit notre croyance. Allons plus loin. Si l’existence de D.ieu est placée avant l’interdit du meurtre, c’est pour nous rappeler que seul D.ieu est à l’origine de notre vie : nous ne disposons pas du corps pour y mettre fin comme bon nous semble. Au début de notre réflexion, nous avons évoqué la frontière fragile entre la vie et la mort parce que sans la conscience de l’existence de D.ieu, l’homme peut faire tout et n’importe quoi pour, au final, prendre la mort comme de la vie. Expliquons-nous.


Ecarter D.ieu


Parmi les concepts qui seront, sans doute, évoqués, celui du suicide assisté occupe une place de plus en plus prépondérante. Il consiste simplement à aider un être humain à mettre un terme à sa vie. L’idée est révolutionnaire parce qu’elle inverse les données de l’existence. On glisse lentement dans une voie où la vie (le fait d’aider) entraîne la mort en toute légitimité. On tue par amour ! Et la cause s’impose comme une évidence : une société qui écarte D.ieu de son horizon moral va se créer une conscience à géométrie variable qu’elle sera en droit de modifier en fonction de l’intérêt du moment. Cette situation dramatique, qui rejoint d’ailleurs d’autres domaines de ce gigantesque débat, nous permettra de comprendre l’un des versets les plus énigmatiques de la Thora. Il est écrit dans la parachath Nitsavim « …J’ai donné devant toi la bénédiction et la malédiction, tu choisiras la vie afin que tu vives, toi et ta descendance » (2). Comment, s’étonnent nos commentateurs, D.ieu peut-Il nous ordonner de choisir la vie ? Qui ne veut pas vivre ? La Thora ici nous avertit que sans une morale divine, l’homme peut perdre ses repères, devenir un apprenti sorcier qui fera disparaître la frontière entre le Bien et el Mal. C’est pourquoi D.ieu nous impose de choisir la vie, celle fondée sur l’esprit de la Thora. 


Notes

(1) Qui le différencie des règnes animal, végétal et minéral 

(2) Dévarim, chap. 30, verset 19

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