Default profile photo

20 Mai 2018 | 6, Sivan 5778 | Mise à jour le 17/05/2018 à 12h39

Rubrique Moyen-Orient/Monde

Les terroristes aiment-ils le bitcoin ?

L’évolution forcée de l’Etat islamique pourrait amener l’organisation à s’intéresser de plus près aux crypto-monnaies.

Des risques qui entourent la circulation sans régulation du bitcoin, il est assurément le plus grave. Peut-être aussi le moins problématique à l’heure actuelle mais la prudence est de mise pour les années à venir. Le bitcoin échappera-t-il aux réseaux terroristes ? Comment ceux-ci peuvent-ils profiter des opportunités offertes par les crypto-monnaies en général ? Comment les Etats peuvent-ils faire face à cette menace d’un nouveau genre ? 
C’est le genre d’histoires qui défraie la chronique. Zoobia Shahnaz a 27 ans et vit à Long Island. A la mi-décembre, la justice a inculpé cette Américaine d’origine pakistanaise pour fraude et blanchiment, après qu’elle eut converti la somme de 85 000 dollars en partie en bitcoins. Destinataire : l’Etat islamique. Dans un communiqué, le Département de la justice américaine note que ces « transactions ont été conçues pour éviter les exigences de déclaration de transactions financières, pour dissimuler l’identité, la source et la destination des sommes d’argent obtenues de façon illicite et finalement pour bénéficier à Daech ».
 Un cas exemplaire ? Depuis 2015, plusieurs tentatives de transfert de crypto-devises à l’Etat islamique ont été repérées, notamment depuis la bande de Gaza ou l’Indonésie. Dès 2015, le Ibn Taymiyya Media Center attire l’attention des services de renseignement israéliens et occidentaux avec la campagne « Jahezona », « équipe nous » en arabe. L’ITMC se présente comme l’organe de communication digitale du Conseil Consultatif des Moudjahidin dans les environs de Jérusalem (Majlis al Shura al Mujahideen fi Aknan Bayt al Maqdis), une structure regroupant diverses organisations salafistes installées à Gaza. Dans une note publiée en 2016 sur le site The Cipher Brief, Yaya Fanusie, ancien analyste en contre-terrorisme à la CIA, revient sur les origines du « premier exemple vérifié par l’Etat d’un groupe terroriste utilisant le bitcoin ». Les fonds récoltés devaient servir à l’achat d’armes pour le « calife » Abou Bakr Al Baghdadi et ses ouailles en Syrie et en Irak. Début 2016, Europol estimait néanmoins que « le recours au bitcoin pour les activités terroristes n’avait pas été confirmé par les forces de l’ordre ». Les adeptes du califat ou d’Al Qaïda n’y auraient pas trouvé les mêmes avantages que les réseaux criminels.

Les fonds récoltés devaient servir à l’achat d’armes pour le « calife »

Pourquoi ? Trois chercheurs de la RAND Corporation, éminent think tank militaire américain, y voient là la conséquence du mode d’organisation de l’Etat islamique. « Le modèle de revenus basé sur le territoire restreint la possibilité du groupe à utiliser la crypto-monnaie, en partie parce que celle-ci est difficile à convertir dans une forme qui pourrait être rapidement utilisée dans les zones contrôlées par l’EI ». A l’inverse, une organisation comme le Hezbollah au Liban, avec ses connexions dans le milieu des stupéfiants, notamment en Amérique du Sud, pourrait trouver quelques intérêts à utiliser le bitcoin pour certaines de ses activités.

La situation n’est pas pour autant figée. Les revers de Daech en Irak et en Syrie seraient susceptibles de changer la donne à moyen terme. C’est la thèse d’Olivia McCoy du Council of Foreign Relations pour qui les défaites militaires et la « désétatisation » de l’Etat islamique pourrait le conduire à chercher à générer « davantage d’investissements étrangers d’individus ou de mouvements de charité, des versements que les crypto-monnaies sont adaptées à faciliter ». Le bitcoin pourrait alors connaître un printemps plus sombre. 

Powered by Edreams Factory