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18 Octobre 2018 | 9, Heshvan 5779 | Mise à jour le 17/10/2018 à 18h03

20 octobre - Chabbat Lekh-Lekha : 18h35 - 19h40

Rubrique France/Politique

Encore un acte antisémite : on se fait un petit communiqué ? et après ?

Les perpectives de la semaine par Haim Musicant, journaliste et auteur.

« Il faut avoir le courage d’affirmer, de reconnaitre qu’il existe une nouvelle forme d’antisémitisme violente et brutale, qui s’exprime de façon ouverte sur notre territoire », a déclaré Edouard Philippe le 31 janvier à l’Assemblée nationale. Le Premier ministre réagissait ainsi à l’agression dont avait été victime deux jours auparavant un enfant juif de 8 ans à Sarcelles. Le 10 janvier, un inconnu avait entaillé au couteau dans la même ville une adolescente de 15 ans de retour du lycée Merkaz Hatorah du Raincy.

Le chef du gouvernement, qui avait affirmé au JDD qu’on ne peut « ignorer la place centrale de Céline dans la littérature française », vient de découvrir un nouvel antisémitisme. Il semble qu’il ait raté quelques épisodes. Son service de presse doit l’abonner de toute urgence à Actualité juive !

Edouard Philippe devrait lire le texte du discours d’Emmanuel Macron  lors de la commémoration de la rafle du Vel d’Hiv le 16 juillet 2017.Devant le Premier ministre d’Israël Binyamin Netanyahou, le président de la République avait proclamé : « Nous ne céderons rien à l’antisionisme, qui est la forme réinventée de l’antisémitisme ». Il avait martelé : « Un jour, parce  qu’on s’est tu, parce qu’on n’a pas voulu voir, le passage  à l’acte intervient... Alors cela devient des vies fauchées, et des gestes qui tuent ». Au cours de cette cérémonie, le chef de l’Etat avait égrené une liste de victimes, ajoutant : « Malgré les dénégations du meurtrier, la justice doit faire désormais toute la clarté sur la mort de Sarah Halimi ». On sait depuis quelques jours qu’elle n’a pas estimé que c’était un assassinat motivé par l’antisémitisme.

Mais le cœur du débat est ailleurs. 

Edouard Philippe sait-il que les actes antisémites n’ont pas cessé depuis octobre 2000, sans parler de la libération de la parole ? Que des synagogues, des écoles, des magasins, et restaurants cacher ont été attaqués ? Edouard Philippe est-il informé de toutes ces agressions physiques contre des juifs de tous âges dans la rue, le métro, à l’école, ou chez eux, comme l’année dernière chez Roger Pinto, grande figure de la communauté juive ? A-t-il demandé au ministre de l’Education nationale, qui en a parlé chez Laurent Ruquier de lui prêter le livre de Bernard Ravet, « Principal de collège ou imam de la République » ? Sait-il que plusieurs milliers d’enfants juifs ne sont plus scolarisés à l’école publique et sont partis dans le privé ? A-t-il en mémoire que des juifs ont été assassinés : Sébastien Sellam en 2003 ; Ilan Halimi en 2006 ; Myriam Monsonégo, Gabriel, Aryeh et Jonathan Sandler à l’école Ozar Hatorah de Toulouse en 2012 ; Elisa Cayat et Georges Wolinski avec la rédaction de Charlie-Hebdo, et deux  jours plus tard, Philippe Braham, Yohan Cohen, Yoav Hattab et Francois-Michel Saada à l’Hyper Cacher de la porte de Vincennes en 2015, et Sarah Halimi en 2017 ?

A-t-il mesuré que depuis 2000, plusieurs milliers de juifs ont quitté la France pour Israël ou ailleurs ?

L’immense majorité des juifs de France ne se sent plus en sécurité  dans cette France qu’elle perçoit au mieux comme indifférente. Elle exige autre chose que des communiqués sans lendemain. Elle a besoin d’actes forts et réfléchis qui s’inscrivent dans un plan d’action réaliste. Elle espère que la police, la justice, l’éducation nationale agissent avec détermination. Elle doit sentir que l’ensemble de la société est à ses côtés. Sinon, il ne faudra pas parler de territoires perdus de la République, mais de territoires occupés. 

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