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27 Mai 2022 | 26, Iyyar 5782 | Mise à jour le 04/08/2020 à 22h39

Rubrique France/Politique

Exclu Actuj

Maître Jean-Alex Buchinger, avocat des enfants de Sarah Halimi : « Il s’agit ni plus ni moins de la reconnaissance d’une évidence »

(DR)

Maître Jean-Alex Buchinger se bat depuis près d’un an pour que la juge reconnaisse le caractère antisémite du meurtre. C’est désormais chose faite. Le 27 février, une source judiciaire a confirmé que la juge retenait désormais cette circonstance aggravante.

Actualité juive: Nous venons d’apprendre que le juge, après un interrogatoire avec l’assassin, a décidé de reconnaître le caractère antisémite du meurtre de Sarah Halimi ? Qu’évoque pour vous cette décision ?

M. Buchinger : C’est un énorme soulagement en premier lieu pour la famille de Sarah Halimi, mais également pour toute la communauté Juive qui était dans l’incompréhension la plus totale face à ce déni. Il s’agit ni plus moins de la reconnaissance d’une évidence. Les insultes telles que « tu es le Sheitan », les cris d’Allah Ouakbar qui ponctuaient les coups portés à la malheureuse victime, la récitation par le meurtrier de Sourates du Coran, tous ces éléments relatés par les témoins massés dans la cour de l’immeuble ne pouvaient laisser de doute à personne quant au caractère antisémite de l’assassinat. Il aura fallu attendre près d’un an pour que la Juge se rende à l’évidence, et ce, suite à la saisie de la cour d’appel de Paris, tant par le parquet que par les enfants de Sarah Halimi. On était en droit d’espérer que la cour d’appel de Paris rende un arrêt conforme aux réquisitions du Parquet, tant en ce qui concerne la circonstance aggravante d’antisémitisme que de la demande de reconstitution du meurtre, à laquelle le juge avait opposé un refus. La décision certes tardive prise aujourd’hui par la Juge d’Instruction évitera à la cour d’appel de Paris d’avoir à se substituer à elle.          


A.J.: Est-il possible de reconnaître le caractère antisémite sans reconnaître l’assassinat et donc la préméditation du crime ?

M. Buchinger : Si le caractère antisémite ne pouvait faire aucun doute, de même la séquestration, la torture et les actes de barbarie qui ont précédé le meurtre par défenestration de Sarah Halimi sont tout aussi incontestables. Et pourtant la Juge  d’Instruction les a totalement ignorés  lors de la mise en examen initiale. L’assassin était le voisin de sa victime depuis une dizaine d’années. Il savait qu’elle était juive pratiquante, pour la côtoyer régulièrement. Pour commettre son crime barbare, il a fallu qu’il se rende dans l’appartement  d’amis maliens comme lui, situé dans l’immeuble voisin pour passer de leur balcon  à celui de sa victime qu’il a surprise dans son sommeil. L’assassinat de  Sarah Halimi, c’est-à-dire le meurtre avec préméditation est indiscutablement une évidence qui ne peut échapper au magistrat instructeur. Il n’est pas concevable de vouloir prétendre  que le meurtrier, ainsi qu’il tente de le faire croire dans son interrogatoire, aurait découvert la judéité de sa victime uniquement en pénétrant dans son appartement et en découvrant ce qu’il appelle une Torah et un chandelier. Traoré savait pertinemment qu’il se rendait  chez sa voisine d’immeuble et aucunement dans l’appartement d’une inconnue. Il est donc pour le moins surprenant qu’une telle évidence n’ait pas immédiatement été prise en compte par le magistrat instructeur  

   

A.J.: Le procès s’amorce pour 2019… Quels éléments méritent encore d’être clarifiés selon vous ?

M. Buchinger : Cette requalification en acte antisémite est une avancée significative mais encore insuffisante. Il serait incohérent de ne pas renvoyer Traoré devant la cour d’assises du chef d’assassinat précédé de séquestration, de torture et d’actes de barbarie, avec la circonstance aggravante que le meurtre a été accompagné de propos de nature à porter atteinte à l’honneur et à la considération de la victime, du fait de son appartenance à la religion juive. J’ai bon espoir que les faits qui parlent d’eux-mêmes, finiront par être ainsi requalifiés. Ce procès se tiendra très certainement devant la cour d’assises de Paris avant la fin de l’année 2019. La reconnaissance de cette circonstance aggravante d’antisémitisme permet désormais aux institutions   communautaires  dont l’objet est notamment la lutte contre l’antisémitisme de se constituer parties civiles et d’être présentes au procès.


A.J.: M. Buchinger, faisons un point juridique sur la notion de « circonstance aggravante d’antisémitisme ». Que signifie-t-elle précisément ?

M. Buchinger : L’article 132-76 du Code Pénal dispose notamment que tout crime et délit précédé, accompagné ou suivi, de propos ou d’actes de toute nature portant atteinte à l’honneur ou à la considération de la victime, à raison de son appartenance ou de sa non appartenance à une religion, voit le maximum de la peine encourue très lourdement augmenté.

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