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15 Octobre 2018 | 6, Heshvan 5779 | Mise à jour le 11/10/2018 à 12h50

Rubrique Israël

La mise en examen de Netanyahou n'est pas pour demain

Un millier d’israéliens manifestent contre la corruption au sein du gouvernement. (Flash90.)

Après la publication des recommandations de la police préconisantl'inculpation du Premier ministre pour corruption, c'est le parquet qui devra décider de la suite à donner à ces dossiers.

A l'issue d'une journée riche en fuites et en rumeurs, la police a annoncé le 13 février en début de soirée qu'elle transmettait au Parquet les résultats de deux enquêtes menées contre le Premier ministre. Elle a parallèlement rendu publiques ses conclusions et recommandations. Elle préconise la mise en examen de M. Netanyahou pour corruption, fraude et abus de confiance dans les deux affaires où il a été mis en cause, celle des cadeaux reçus de richissimes hommes d'affaires et celle de ses conversations avec le propriétaire du quotidien Yediot Aharonot, Arnon Moses. 

Dans la première de ces deux affaires, nommée « dossier 1000 », le couple Netanyahou et leur fils Yaïr sont soupçonnés d’avoir bénéficié des cadeaux de l'homme d'affaires australien James Paker et surtout de ceux du producteur hollywoodien, Arnon Milchan. Le montant total de ces cadeaux est évalué par les enquêteurs à un million de dollars, une somme que M. Netanyahou conteste. 

Le chef du gouvernement assure qu’il s’agissait de cadeaux entre amis. Selon la presse israélienne, les enquêteurs auraient identifié des demandes précises de cadeaux, formulées par le couple. Pour établir le délit de corruption, il faut prouver que les fournisseurs de ces cadeaux ont reçu une contrepartie. La police affirme détenir des preuves d'interventions de M. Netanyahou à leur bénéfice mais ce dernier soutient n'avoir agi que dans l'intérêt de l'Etat et avoir parfois desservi les intérêts de son « bienfaiteur » Milchan lorsque c'était nécessaire. 

Le « dossier 2000 » porte sur les conversations qu'a eues le Premier ministre avec le propriétaire du quotidien Yediot Aharonot, Arnon Moses. Au cours de ces échanges, enregistrés à la demande de M. Netanyahou, le chef du gouvernement aurait cherché à obtenir du patron de presse une couverture plus favorable pour lui-même et son gouvernement. En échange, il aurait envisagé d'intervenir pour réduire l'activité du journal Israël Hayom, principal concurrent de Yediot Aharonot. Finalement, aucun accord n'a été conclu et M. Netanyahou s'est opposé à l'adoption de la loi qui devait porter atteinte à Israël Hayom.


La police affirme détenir des preuves d’interventions de M. Netanyahou


Aussitôt après la publication des recommandations de la police, M. Netanyahou est intervenu à la télévision pour rejeter les accusations portées contre lui et affirmer qu'il ne quitterait pas son poste. Contrairement à ce qui s'était passé pour Ehoud Olmert, qui avait été « lâché » par certains membres de son parti,  lorsqu'il avait été mis en cause dans plusieurs affaires de corruption, M. Netanyahou a bénéficié de nombreuses déclarations de soutien au sein de sa formation et d'un appui plus discret des membres de sa coalition, peu désireux d'affronter rapidement de nouvelles élections. 

De nombreuses voix de l'opposition ont en revanche appelé le Premier ministre à se mettre en disponibilité ou à démissionner, à la lumière des soupçons qui pèsent sur lui. Un millier de manifestants sont descendus dans la rue, le 13 février au soir, pour protester contre la corruption. Le Camp sioniste (ex-Parti travailliste) a publié un communiqué assurant  de son soutien « les enquêteurs, le commandant en chef de la police et tous ceux chargés de faire respecter la loi, qui n'ont pas craint d'enquêter sur le Premier ministre ». 

Yaïr Lapid, leader du parti Yesh Atid, a aussi appelé le Premier ministre à se retirer. Mais il a lui-même fait l'objet de nombreuses critiques lorsqu'il s'est avéré qu'il figurait parmi les témoins de l'accusation dans le dossier 1000. 

Peu de réactions, en revanche, en dehors du pays où l'on estime généralement que ces enquêtes sont des affaires intérieures israéliennes. Des leaders étrangers ont cependant envisagé un moment de remettre des visites prévues en Israël, à la lumière de la situation délicate dans laquelle se trouve le Premier ministre. 

Le sort de ces enquêtes est maintenant entre les mains du procureur général, Avishaï Mandelblit. Nommé à ce poste par Binyamin Netanyahou, il ne jouit pas de la confiance de tous. Il a cependant multiplié les déclarations louant le travail effectué par la police et annonçant que les dossiers du Premier ministre seront traités sans complaisance. 

Mais les critères du Parquet ne sont pas ceux de la police. Les magistrats doivent s'assurer que les accusations reposent sur des charges suffisantes pour être recevables devant un tribunal. Ce réexamen de tout le dossier risque de prendre du temps. 

Il faut noter que M. Netanyahou pourrait être mis en cause dans le cadre de deux autres enquêtes : le dossier 3000, sur les pots-de-vin versés autour de l'achat de sous-marins allemands – une affaire dans laquelle il ne semble pas devoir être inquiété – et le dossier 4000 sur les avantages consentis à la société de téléphonie Bezeq.

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