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23 Février 2018 | 8, Adar 5778 | Mise à jour le 21/02/2018 à 18h26

Rubrique Judaïsme

Parachat Michpatim : Le mensonge

C’est dans notre paracha qu’est mentionné l’interdit du mensonge qui reste l’un des fondements de la vie en société. Car si l’homme ment à son prochain, l’équilibre social, fondé sur la confiance mutuelle, se fissure rapidement. Et le Talmud prouvera à de nombreuses reprises que le mensonge se retrouve à tous les échelons de la société. Mais la formulation de cet interdit intrigue nos commentateurs.

Il n’est pas dit « Tu ne mentiras pas » ou « Le mensonge est mauvais » mais « D’une parole de mensonge éloigne-toi » (1). Et là, deux détails nous interpellent. Pourquoi faut-il s’éloigner du mensonge et pas simplement ne pas dire du mensonge ? Le second détail, c’est la présence d’un mot, en apparence superflu : le mot « parole ». N’aurait-il pas été plus simple d’évoquer simplement le mot « mensonge ? ».


Au-delà du temps


Pour comprendre la gravité du mensonge, il nous faut partir d’un texte du Talmud (2) qui nous enseigne que le sceau du Saint béni soit-Il est le mot « Emeth » qui signifie « Vérité ». La vérité, expliquent nos Maîtres, c’est la constance d’un fait. Une existence qui ne change jamais, qui est la même dans le passé, le présent et le futur, dans les mondes spirituels comme dans le monde matériel. Il est alors évident que cette réalité ne peut s’appliquer qu’à D.ieu qui ne connaît pas le changement et qui a été, qui est, et qui sera. C’est pourquoi sa signature est le mot Emeth. Dès lors, puisque nous avons l’obligation de ressembler à D.ieu, on comprend que l’on ne peut mentir, attitude contraire à la vérité. De plus, le mensonge installe dans le monde le désordre, la rupture et les conflits entre les hommes, tout ce qui s’oppose à D.ieu qui est Unité absolue.


Un mouvement constant


Devant ce constat effrayant, le désespoir pourrait nous saisir : sommes-nous capables d’atteindre le niveau de vérité du Saint béni soit-Il ? D’autant plus que lorsque D.ieu voulut créer l’homme, le Midrach nous rapporte que l’attribut de vérité voulut s’opposer à cette création parce que l’homme n’était que mensonge ! Pour répondre à une telle inquiétude, le verset vint nous rassurer : l’ordre n’est pas « Ne mens pas » mais « Eloigne toi d’une parole de mensonge ». Ce verbe nous indique un mouvement constant. D.ieu ne nous demande pas de ne pas mentir car Il sait que c’est pour nous impossible. Il n’exige de nous qu’un éloignement qui doit être quotidien : éloigne-toi et encore éloigne-toi ! Sur quelle base doit-on avancer dans cette voie ? C’est le mot « parole » associé au mot « mensonge » qui nous donne la réponse. Le mensonge n’est pas seulement le contraire de la vérité. C’est bien plus grave : toute parole est, en finesse, un mensonge car elle est souvent moqueuse, hautaine ou porteuse de médisance. Il faut donc, non seulement s’éloigner du mensonge mais de toute  parole qui pourrait nous amener à commettre le Mal. Et c’est ce que D.ieu attend de nous. La volonté humaine de se rapprocher de Lui. 


Notes


(1)  Parachath Michpatim, chapitre 23, verset 7

(2) Traité Chabbath, p. 55a

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