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24 Septembre 2018 | 15, Tishri 5779 | Mise à jour le 21/09/2018 à 13h05

Rubrique Judaïsme

Mikael Journo : Vivre et savoir-vivre

La réflexion de la semaine par Mikael Journo, Rabbin de Chasseloup –laubat, aumonier général des hôpitaux de France, secrétaire général de l'association des Rabbins Français.

l n'est pas rare de nos jours de constater que les actes élémentaires de la civilité ne sont plus respectés. Il suffit de monter dans un autobus plein pour constater qu'une personne âgée aura du mal à avoir quelqu'un lui proposer son siège. Même munie d'une carte de priorité on s'aperçoit que les regards des gens assis tendent à se perdre dans le vague pour ne pas répondre à la demande de la personne âgée. Il serait facile dans cette chronique de faire un long inventaire des actes de la vie courante qui témoignent d'une indifférence notoire aux autres. La politesse appartient à ces actes de civilité qui peut être, ne constituent pas un acte moral essentiel mais  qui néanmoins témoignent de la force et de la valeur d'une société. En fait, être poli avec les autres, leur porter du respect repose sur des obligations sociales qui souvent aident une société à avancer avec plus de sérénité et plus de repères. La politesse joue cet effet d'intégration sociale à un groupe qui peut réduire l'agressivité.

   Dans une relation cela permet de créer une réciprocité qui  met de l'huile dans les rouages. Ainsi tous les actes de bienséances placent les interlocuteurs dans de bonnes conditions de dialogue. Cela signifie que les acteurs sociaux ont choisi de partager des valeurs qui facilitent les projets qu'ils auront à mener ensemble. C'est pourquoi, toutes les sociétés élaborent des systèmes de savoir-vivre afin qu'elles puissent survivre et mieux vivre ensemble. Mais si la bienséance d'une société ne repose que sur l'hypocrisie ou les apparences, elles se transforment rapidement en rituel illusoire qui la fera exploser. L'ensemble des rites de bonnes relations seront efficaces si ils participent d'un contrat mutuel entre les membres qui appartiennent au même groupe. Lorsque la bienséance ne sert qu'à masquer le pouvoir établi il n'est pas rare que leur transgression conduise à terme à leur remise en cause. 


« La politesse joue cet effet d'intégration sociale à un groupe qui peut réduire l'agressivité.»

La seconde  concerne le savoir être et le savoir-vivre. Ainsi, en hébreu, vivre de son labeur est inséparable du savoir-vivre. Il semble qu'il ne suffit pas de prier avec ferveur pour se sentir exonérer d'une conduite dans une vie quotidienne exemplaire. Être indifférent aux souffrances de nos contemporains, de ceux qui sont proches de nous, ne donne pas à la prière toute sa force et toute sa richesse.

Au sujet  de la tour de Babel que les hommes ont construite "pour atteindre le ciel" et "pour se faire un nom": Citons la question de Rashi (Genèse 11,9)  "Qui a commis la plus grande transgression ? La génération du déluge qui n'avait pas cherché à se rebeller contre D.ieu, ou la génération de Babel qui l’a fait" ?

Les premiers qui étaient des voleurs et se disputaient entre eux furent anéantis par le déluge, tandis que les seconds, qui cohabitaient fraternellement, ont été épargnés malgré leur impiété. Comment interpréter et commenter ce texte de Rashi? Des hommes unis dans l'erreur commettent évidemment un acte orgueilleux et répréhensible. Mais il est destructeur  pour une société de voir ses membres se détester, se combattre en vue d'une vaine conquête du pouvoir ; se conduire vis-à-vis des autres avec morgue et suffisance sous prétexte que l'on se croit  supérieur aux autres. Il n'y a pas pour D.ieu de différence entre les hommes. 

Nos plus grands sages ont souvent su se montrer humble et modeste  avec leurs contemporains.

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