Default profile photo

20 Mai 2018 | 6, Sivan 5778 | Mise à jour le 17/05/2018 à 12h39

Rubrique Monde juif

Le déni polonais

(Wikipedia)

Après la Chambre Basse du Parlement Polonais, la Chambre Haute a, à son tour, adopté la loi sur la Shoah. Il ne reste plus qu’à Andrzej Duda, le président polonais, à y apposer sa signature afin qu’elle soit promulguée. Il a jusqu’au 16 février pour le faire.

Et on sait qu’il y est favorable. D’autant plus qu’il ne prendra pas le risque d’aller à l’encontre du parti ultra-conservateur Droit et Justice dont il est issu. Un parti qui remporte les législatives en octobre 2015 et qui depuis s’évertue à mettre en avant l’héroïsme polonais durant la guerre évinçant savamment leur rôle pendant la Shoah. N’a-t-il pas d’ores et déjà révoqué les dirigeants du musée de la Deuxième Guerre mondiale à Gdansk car ils ne mettaient pas assez à l’honneur l’héroïsme des Polonais ? Et fondé le premier musée des Justes polonais à Markova ? C’est d’ailleurs pendant une visite de ce musée, que Mateusz Morawiecki, le 1er ministre polonais, a déclaré comprendre l’émotion suscitée en Israël et affirmé que, bien que les Juifs fussent indissociables du patrimoine de son pays, la mort et la souffrance dans les camps de concentration nazis étaient une expérience commune des Juifs, des Polonais et d’autres nations. « Diminuer la responsabilité des auteurs réels de l’Holocauste – comprendre les nazis allemands - et l’attribuer à leurs victimes – entendre la Pologne qui pour lui fut la première victime du Reich allemand - est le pire des mensonges », a-t-il encore lancé avouant cependant que le moment choisi pour adopter la loi - la veille de la journée internationale du souvenir de la Shoah - était inappropriée. Une fois l’entrée en vigueur de la Loi, quiconque qualifiera les camps d’extermination nazis de camps polonais – de fait une déformation de la vérité - pourra être condamné à trois ans de prison. Mais où le bât blesse pour Israël et les milieux juifs c’est que la Loi cible aussi ceux qui évoqueraient la coopération des Polonais dans la Shoah.


« Diminuer la responsabilité des auteurs réels de l’Holocauste »

Or, elle est indéniable. Des centaines de milliers de Juifs ont été dénoncés, pillés et assassinés directement par des Polonais rappellent les historiens et les survivants. Et bien que Yad Vashem ait reconnu 6 700 Polonais Justes parmi les nations, ce nombre est faible par rapport à l’ampleur de la tragédie qui s’est jouée en Pologne. Rien ne semble donc plus s’opposer à ce que la Loi, qui pour d’aucuns est uniquement vouée à étouffer l’antisémitisme qui régnait avant, pendant et après la guerre, ne soit décrétée. Ni les avertissements du Secrétariat d’Etat américain, ni les appels signés par plusieurs centaines de journalistes, d’hommes politiques et citoyens polonais, juifs et non juifs. Dans un communiqué, l’ambassade d’Israël à Varsovie a déclaré que l’on assistait à un regain de l’antisémitisme sur la toile. Une manifestation de la Droite Nationaliste polonaise pour protester contre l’indignation d’Israël – un comble - a été empêchée par les autorités polonaises qui craignaient qu’elle ne nuise à l’image du pays. Sur une chaîne de télévision publique, TVP info, des commentateurs ont même ironisé sur la Shoah affirmant que les camps n’étaient ni allemands, ni polonais mais juifs. Qui alimentait et périssait dans les fours crématoires ? se sont-ils demandé en direct. La chaîne a depuis présenté ses excuses. La Pologne ne reviendra sans doute pas sur sa décision ouvrant ainsi la voie à une crise diplomatique entre Jérusalem et Varsovie. Israël a annulé la visite de Pawel Soloch, le  chef du Bureau de la Sécurité nationale polonaise qui devait arriver dimanche. Et la Pologne s’oppose à une visite que comptait effectuer, cette semaine, à Varsovie, Naftali Bennett, le ministre israélien de l’Éducation. Pourtant un témoignage publié dans la presse israélienne aurait pu mettre honorablement les deux pays d’accord. Celui de Yanina Acker, 85 ans. « J’ai été sauvée à l’âge de 7 ans grâce à un couple de voisins polonais, Zodka et Tadaos Lataviz, qui m’ont recueillie juste avant de monter, avec ma mère, dans un train de la mort, alors que mon père, a, lui, été assassiné à cause de Polonais qui l’ont dénoncé et remis aux nazis ».

Powered by Edreams Factory