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18 Octobre 2018 | 9, Heshvan 5779 | Mise à jour le 17/10/2018 à 18h03

20 octobre - Chabbat Lekh-Lekha : 18h35 - 19h40

Rubrique Culture/Télé

Noémie Halioua : « L’affaire Sarah Halimi est une histoire française»

Crédit : Hannah Assouline /cerf

Responsable des pages Culture à Actualité Juive, Noémie Halioua publie « L’affaire Sarah Halimi » (Cerf, 144 pages, 16 euros), une investigation destinée à comprendre les longs silences qui ont accompagné la mort de cette femme juive, le 4 avril 2017.

Actualité Juive : Ce livre est le produit d’une enquête fouillée sur les circonstances de l’assassinat de Sarah Halimi et ses retombées judiciaires, médiatiques et politiques. C’est aussi le résultat d’ « une insurrection intérieure ». Pourquoi vous être tant investie dans ce qui est devenu « l’affaire Sarah Halimi » ?  

Noémie Halioua. : Cette « insurrection intérieure » est en fait un sentiment d’injustice. J’ai été révoltée par la succession d’injustices dont Sarah Halimi a été victime. La barbarie du crime, la passivité des voisins, des forces de l’ordre, puis des médias et des politiques. Sans parler de la difficulté de reconnaître ce pour quoi elle a été tuée. Cet enchaînement de défaillances m’a poussée à mener un travail d’enquête, en me rendant avec William Attal (le frère de Sarah Halimi) sur les lieux du crime pour interroger les voisins et en me procurant et en étudiant les pièces du dossier d’instruction (analyse psychiatrique, procès verbaux des témoins, des policiers, etc.). Puis j’ai raconté toute cette histoire dans un livre qui se veut comme une réparation symbolique.


A.J.: Comment la famille de Sarah Halimi a-t-elle vécu ces onze mois de combat pour faire reconnaître la vérité ? 

N.H. : Je ne peux pas répondre pour elle, mais ce qui est certain, c’est que perdre un être cher dans ces circonstances est une souffrance innommable. Et que la non-reconnaissance du caractère antisémite du crime par la justice, qui a duré pendant près d’un an, est une douleur supplémentaire qui n’était sans doute pas nécessaire. 


A.J.: Quelles relations entretenait Sarah Halimi avec Kobili Traoré avant cette nuit du 4 avril 2017? 

N.H. : Sarah Halimi vivait dans le même immeuble que son tueur depuis une dizaine d’années : elle au troisième et lui, à l’étage du dessous, avec sa famille. Sarah Halimi et Kobili Traoré ne se fréquentaient pas et n’avaient rien en commun. Elle était une retraitée paisible, sans histoire, qui avait consacrée sa vie à ses enfants et à la crèche qu’elle avait dirigée rue Pavée, quand le jeune homme de 27 ans s’était surtout fait connaître des services de police pour vol, violence, trafic de drogues, détention d’arme à feu…  Elle avait confié à ses proches qu’elle avait « peur » de lui et ne « respirait » que lors de ses séjours en prison. Par ailleurs la soeur de Kobili Traoré avait bousculé la plus jeune fille de madame Halimi dans les escaliers en la traitant de « sale juive ». 



« Ce livre veut être une réparation symbolique »


A.J.: De quoi ce meurtre est-il le nom ?

N.H. : L’affaire Sarah Halimi est une histoire française en ce qu’elle symptomatise différents maux de l’époque que nous vivons. La banalisation de l’ultraviolence, la psychiatrisation des criminels, la difficulté pour les juifs de vivre dans les cités, mais plus spécifiquement encore : le déni face à la montée de l’islamisme. Un islamisme rampant, mortifère qui porte en lui un nouvel antisémitisme puissant, et une intolérance à tout ce qui n’est pas lui. 


A.J.: Comment expliquez-vous l’indifférence médiatique pour cette affaire, jusqu’à la prise de parole d’Emmanuel Macron lors de la cérémonie à la mémoire de la Rafle du   Vel d’Hiv, le 16 juillet ? 

N.H. :  Que la justice prenne son temps pour investiguer est une chose naturelle et compréhensible, mais comme le remarque justement Elisabeth Badinter dans un entretien à L’Express, la question est de savoir pourquoi les journalistes n’ont pas enquêté comme je l’ai fait pour ce livre. Pourquoi ils ne se sont pas saisis du sujet alors que justement il comportait tant de parts d’ombre ? Cela s’explique sans doute par le contexte politique. Je rappelle dans le livre que Sarah Halimi a été assassinée le 4 avril, à quelques jours de l’élection présidentielle. Cette indifférence est sans doute une excessive prudence : la crainte consciente ou non, que le crime soit instrumentalisé par le Front National. 


A.J.: Comment a été accueillie cette enquête dans laquelle vous pointez la responsabilité de plusieurs acteurs dans certaines défaillances ?

 N.H. : Avec un certain malaise d’une part, car ce livre met en quelque sorte les pieds dans le plat. Mais aussi avec une certaine bienveillance, puisque je suis invitée dans différents médias pour en parler et pour faire perdurer la mémoire de Sarah Halimi.

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