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19 Juillet 2018 | 7, Av 5778 | Mise à jour le 19/07/2018 à 12h42

21 Juillet - Chabat Dévarim - Chabbat 'Hazon : 21h26 - 22h44

Rubrique France/Politique

Francis Kalifat : « Face au nouvel antisémitisme, la France doit compléter son arsenal législatif »

(DR)

Une semaine après le dîner du Crif, son président appelle les pouvoirs publics à mettre en actes leur constat lucide sur « les ravages de l’antisémitisme ». Et il maintient son opposition à toute réédition des pamphlets antisémites de Céline.

Actualité juive: Ce dîner du Crif avait une couleur particulière, par la présence du Président de la République, dans un lieu symbolique de son accession au pouvoir. Quel bilan en dressez-vous ?

Francis Kalifat : Sur la forme, choisir le Carrousel du Louvre permettait de faire un clin d’œil pour saluer cette première visite du chef de l’Etat au dîner du Crif, sur ce site où il a fait ses premiers pas présidentiels. Sur le fond, le bilan de la soirée est positif. Nous avons réuni 1 100 personnes – la fréquentation la plus importante depuis 33 ans – dont une importante représentation gouvernementale et politique, diplomatique, intellectuelle et médiatique. Je note également la présence de l’ensemble de la représentation religieuse de notre pays, de membres de la société civile ainsi que des représentants du judaïsme mondial, venant aussi bien des Etats-Unis, d’Amérique du Sud, de Russie, d’Ukraine que de nos voisins européens.

 

A.J.: Qu’est-ce qui a présidé à votre décision d’éditer et de distribuer une étude sur l’antisémitisme de Céline, rédigée par Pierre-André Taguieff et Annick Durafour ? Vos convives n’étaient-ils pas suffisamment informés de la radicalité de «Bagatelles pour un massacre »(1937)  ou de «L’Ecole des cadavres» (1938) ?

F.K. :Il ne s’agissait pas de mettre en doute la qualité de l’information dont ils disposaient mais de mettre en perspective et de proposer une analyse détaillé de l’antisémitisme de Céline qui, loin d’être un antisémitisme de salon, était un antisémitisme pro-hitlérien. Au moment de la préparation du dîner, nous pensions que cette polémique était derrière nous, l’éditeur Antoine Gallimard ayant annoncé reporter sine die la réédition des écrits visés, suite à l’indignation de nombreuses personnalités, notamment de Serge Klarsfeld. M. Gallimard a finalement indiqué, début mars, que le projet n’était pas abandonné. Or à nos yeux, ces pamphlets constituent une incitation à la haine antisémite et raciste.

 

A.J.: Un réexamen de l’appareil critique initial accompagnant ces écrits, une option avancée par certains historiens, pourrait-il faire infléchir votre position ?

F.K. : Quelles que soient les précautions prises, on ne pourra jamais éviter l’instrumentalisation et la récupération de ces textes par tous ceux qui attisent l’antisémitisme dans notre pays. Ces textes n’ont pas à être réédités. En revanche, les éditeurs seraient bien inspirés de réfléchir à la constitution d’un appareil critique exemplaire qui pourrait accompagner les pamphlets incriminés lorsque ceux-ci tomberont dans le domaine public en 2031.

 

A.J.: Quelle forme prendra l’Observatoire de la haine sur le Net que vous avez annoncez lors de votre discours ?

F.K. :Nous allons aspirer, grâce à un algorithme spécifique et à l’intelligence artificielle, l’ensemble de la haine antisémite qui se propage sur la Toile. Cela va nous permettre de quantifier, mesurer, classifier et analyser. Nous produirons un rapport annuel qui viendra compléter le rapport établi par le ministère de l’Intérieur sur la base des dépôts de plainte en commissariat. Nous aurons alors une vision plus complète de l’antisémitisme dans notre pays.

Notre ambition n’est pas toutefois limitée à la haine antisémite. Une fois le dispositif rodé, nous l’élargirons à l’ensemble des cyberhaines : racisme, haine anti-musulmans, homophobie, mais aussi haine de la France. Nous savons bien que ceux qui abhorrent notre pays sont souvent les mêmes qui haïssent les Juifs.

 

« Ces pamphlets constituent une incitation à la haine antisémite et raciste »

 A.J.: Le discours d’Emmanuel Macron s’inscrit-il dans la lignée de ceux de ses prédécesseurs ou y percevez-vous la trace d’une évolution ?

F.K. :La prise de conscience des ravages de l’antisémitisme dans notre pays était déjà effective sous les mandats de Nicolas Sarkozy et de François Hollande. Le discours du 7 mars témoigne de la volonté de changer les choses et de sanctionner fortement. Nous attendons désormais la mise en adéquation de cette volonté avec des décisions concrètes. J’ai proposé plusieurs pistes lors de mon intervention. Par exemple, l’adoption d’une législation sanctionnant l’antisémitisme sur Internet, à l’exemple de ce qui se fait en Allemagne. J’ai également proposé de compléter l’arsenal législatif français en adoptant la résolution votée au Parlement européen qui donne une définition en dix points de l’antisémitisme, incluant l’antisionisme. La France doit, après d’autres pays européens, prendre en compte ce nouvel antisémitisme et compléter son arsenal législatif, soit en s’inspirant de ce qui existe déjà l’étranger, soit en créant ses propres outils. Le moment est venu d’aller au-delà du constat en apportant une véritable réponse législative.  

AJ: Quid du renforcement de la sécurité des sites juifs sur le territoire ?

F.K. :Le 7 mars dernier, lors d’une réunion entre les responsables communautaires (CRIF, Consistoire, FSJU) et le ministre de l’Intérieur Gérard Colomb, nous avons insisté sur la nécessité de renforcer les mesures de sécurisation visibles aux abords des synagogues, des centres communautaires et des écoles juives, particulièrement aux heures d’entrée et de sortie des élèves. Convaincu de la nécessité de répondre au sentiment d’insécurité très présent chez les parents, le ministre a demandé au Préfet de police d’adapter le dispositif de sécurisation en fonction de la particularité du risque. 

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