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20 Mai 2018 | 6, Sivan 5778 | Mise à jour le 17/05/2018 à 12h39

Rubrique France/Politique

Frédéric Potier : « Un engagement personnel très fort du Premier ministre »

(DILRAH)

Edouard Philippe présentait lundi, au Musée national de l’histoire de l’immigration à Paris, le nouveau plan gouvernemental contre le racisme et l’antisémitisme. Un dispositif axé sur la lutte contre la haine sur Internet et la meilleure prise en charge de la parole des victimes, explique le délégué interministériel à la lutte contre le racisme, l’antisémitisme et la haine anti-LGBT, Frédéric Potier.

Actualité juive : Le premier ministre, Edouard Philippe, a tenu hier un discours aux accents très personnels, démarrant son intervention par le souvenir d’un repas de famille au cours duquel il avait été témoin d’une remarque antisémite. Compte-t-il s’investir sur ces questions, comme l’avait fait son prédécesseur Manuel Valls ? 

Frédéric Potier : Absolument. Il existe un engagement personnel très fort du Premier ministre sur ces questions. C’est un des rares sujets sur lesquels « il peut s’énerver », a-t-il rappelé lundi. Il souhaite avoir sur ces sujets des résultats et qu’on ne se contente pas de discours. Cet engagement est le gage pour la DILCRAH que cette politique sera une priorité des différents ministères. 


A.J.: Dans son rapport d’évaluation du dernier plan, l’Inspection générale de l’Administration constatait que seuls 23 des 40 actions annoncées en 2015 avaient été effectivement mises en œuvre. Comment éviter que ce nouveau plan ne connaisse le même sort ? 

F.P. : Nous avons essayé de resserrer nos actions en les concentrant sur les actions qui nous paraissent essentielles. D’où cet axe mis par le nouveau plan sur Internet aux niveaux français et européen. 

 

A.J.: Cette évolution du cadre  juridique français, en parallèle d’une action à l’échelle européenne, vise à contraindre les plateformes numériques à agir plus rapidement contre le déferlement de ce « torrent de boue » haineux. Va-t-on adopter le modèle allemand, parfois jugé trop répressif ? 

F.P. : Le président de la République a déclaré lors du dîner du Crif, le 7 mars, que c’était « un exemple inspirant ». Il peut nous guider, notamment en ce qui concerne les mesures relatives au retrait des données illicites et des sanctions, inédites à ce niveau (qui peuvent aller jusqu’à 50 millions d’euros d’amende). Il faut que nous puissions les évaluer et étudier ce qui est transposable en France. 

Les Allemands débattent eux-mêmes sur le niveau de contrainte qu’ils font peser sur les plateformes et sur le niveau des sanctions. C’est pour cette raison que le Président a nommé une mission sur la haine sur Internet pilotée par Karim Amellal, la députée Laëtitia Avia (LREM) et Gil Taïeb. Cela nous permettra de fixer nos propres points d’équilibre entre liberté d’expression et régulation des contenus. 


A.J.: De nombreux acteurs de terrain soulignent les difficultés que peuvent parfois rencontrer les victimes pour faire reconnaître le caractère antisémite ou raciste de leur agression. Comment ce plan peut-il y remédier ? 

F.P. : Il est très important de mieux prendre en compte la parole des victimes. Nous allons lancer dès cette année une expérimentation avec la mise en place d’un réseau d’enquêteurs et de magistrats formés pour lutter contre la haine. Sur la base de cette expérimentation, nous pourrons réviser nos procédures d’audition et de rédaction des procès-verbaux. L’idée est de faciliter la reconnaissance des circonstances aggravantes dans les cas d’antisémitisme, de racisme ou d’homophobie. Autre mission, confiée à l’Institut national des hautes études de la sécurité et de la justice, celle d’étudier le système britannique ou scandinave où l’on s’appuie sur les qualificatifs posés par les victimes ou l’entourage de celles-ci. 

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